Fragment Commencement n° 2 / 16  – Papier original : RO 63-11

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Commencement n° 217 p. 77 / C2 : p. 103

Éditions de Port-Royal : Chap. VIII - Image d’un homme qui s’est lassé de chercher Dieu : 1669

                                    et janv. 1670 p. 64 / 1678 n° 1 p. 65-66

Éditions savantes : Faugère II, 19 / Havet XIV.1  / Brunschvicg 211 / Tourneur p. 225-1 / Le Guern 141 / Lafuma 151 / Sellier 184

 

 

 

Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables, misérables comme nous, impuissants comme nous. Ils ne nous aideront pas. On mourra seul.

Il faut donc faire comme si on était seul. Et alors bâtirait‑on des maisons superbes, etc. On chercherait la vérité sans hésiter. Et si on le refuse, on témoigne estimer plus l’estime des hommes, que la recherche de la vérité.

 

 

Pascal retrouve un moment certains accents de Vanité et de Misère pour tourner amèrement en dérision la manière dont les hommes cherchent un divertissement dans les liens de la société soit que l’on attende des autres un soutien dans les temps de grand malheur, soit que l’on cherche à les éblouir par d’ambitieuses réalisations. La solitude réelle de la condition humaine dans l’épreuve de la mort, présentée sous le mode tragique, dément toutefois la gaieté apparente du mot plaisant. Cette méditation sur la société de son temps est discrètement inspirée par la Bible, notamment par les sombres accents de l’Ecclésiaste.

 

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Fragments connexes

 

Ordre 3 (Laf. 5, Sel. 39). Une lettre d’exhortation à un ami pour le porter à chercher. Et il répondra : Mais à quoi me servira de chercher ? Rien ne paraît. Et lui répondre : Ne désespérez pas. Et il répondrait qu’il serait heureux de trouver quelque lumière, mais que selon cette religion même, quand il croirait ainsi, cela ne lui servirait de rien et qu’ainsi il aime autant ne point chercher. Et à cela lui répondre : La machine.

Commencement 8 (Laf. 158, Sel. 190). Par les partis vous devez vous mettre en peine de rechercher la vérité, car si vous mourez sans adorer le vrai principe vous êtes perdu. Mais, dites‑vous, s’il avait voulu que je l’adorasse il m’aurait laissé des signes de sa volonté. Aussi a‑t‑il fait, mais vous les négligez. Cherchez-les donc ; cela le vaut bien.

Transition 3 (Laf. 198, Sel. 229). En voyant l’aveuglement et la misère de l’homme, en regardant tout l’univers muet et l’homme sans lumière abandonné à lui‑même, et comme égaré dans ce recoin de l’univers sans savoir qui l’y a mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j’entre en effroi comme un homme qu’on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s’éveillerait sans connaître et sans moyen d’en sortir. Et sur cela j’admire comment on n’entre point en désespoir d’un si misérable état. Je vois d’autres personnes auprès de moi d’une semblable nature. Je leur demande s’ils sont mieux instruits que moi. Ils me disent que non et sur cela ces misérables égarés, ayant regardé autour d’eux et ayant vu quelques objets plaisants s’y sont donnés et s’y sont attachés. Pour moi je n’ai pu y prendre d’attache et considérant combien il y a plus d’apparence qu’il y a autre chose que ce que je vois j’ai recherché si ce Dieu n’aurait point laissé quelque marque de soi. 

Pensées diverses (Laf. 626, Sel. 519). Recherche du vrai bien.

Le commun des hommes met le bien dans la fortune et dans les biens du dehors ou au moins dans le divertissement.

Les philosophes ont montré la vanité de tout cela et l’ont mis où ils ont pu.

Pensées diverses (Laf. 668, Sel. 547). Chacun est un tout à soi‑même, car lui mort le tout est mort pour soi. Et de là vient que chacun croit être tout à tous. Il ne faut pas juger de la nature selon nous mais selon elle.

 

2e ms Guerrier (Laf. 984, Sel. 781). Mort soudaine seule à craindre, et c’est pourquoi les confesseurs demeurent chez les grands.

 

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