Fragment Divertissement n° 6 / 7 – Papier original : RO 142-3

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Divertissement n° 191 p. 59 / C2 : p. 83

Éditions de Port-Royal : Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janv. 1670 p. 323 / 1678 n° 3 p. 318

Éditions savantes : Faugère II, 40, V / Havet VI.58 / Brunschvicg 166 / Tourneur p. 205-3 (voir p. 213) / Le Guern 128 / Lafuma 138 / Sellier 170

 

 

 

Divertissement.

 

La mort est plus aisée à supporter sans y penser que la pensée de la mort sans péril.

 

 

 

La mort, selon le fragment Souverain bien 2 (Laf. 148, Sel. 181), est un « comble éternel » de malheur, dont plusieurs moralistes, du temps de Pascal, conviennent qu’on ne peut la regarder en face. Toutefois, on fait généralement peser la réprobation sur l’inconscience qui consiste à se voiler la face devant la mort, et le lecteur perçoit dans le fragment Divertissement 2 (Laf. 133, Sel. 166), les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser, une certaine ironie à l’égard de ce qui peut évoquer le personnage de Gribouille. Mais dans Divertissement 6, Pascal prend paradoxalement la défense de cette attitude irrationnelle en apparence, en montrant qu’elle a sa cohérence : si, même lorsqu’on n’est pas en risque de mourir, la seule pensée de la mort est plus insupportable, que la mort même, il semble cohérent de préférer l’oublier que de tenter de la regarder en face.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

Vanité 17 (Laf. 29, Sel. 63). Ferox gens nullam esse vitam sine armis rati.

Ils aiment mieux la mort que la paix, les autres aiment mieux la mort que la guerre.

Toute opinion peut être préférable à la vie, dont l’amour paraît si fort et si naturel.

Vanité 24 (Laf. 37, Sel. 71). Métiers. La douceur de la gloire est si grande qu’à quelque objet qu’on l’attache, même à la mort, on l’aime.

Divertissement 2 (Laf. 133, Sel. 166). Divertissement. Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser.

Divertissement 4 (Laf. 136, Sel. 168). Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu’ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères qui nous en détournent, mais la chasse nous en garantit. Et ainsi le conseil qu’on donnait à Pyrrhus de prendre le repos qu’il allait chercher par tant de fatigues, recevait bien des difficultés.

Dossier de travail (Laf. 414, Sel. 33). Misère. La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement. Et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l’ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d’en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort.

Preuves par les prophéties VII (Laf. 491, Sel. 736). Nature corrompue. L’homme n’agit point par la raison, qui fait son être.

Pensées diverses (Laf. 716, Sel. 594). Craindre la mort hors du péril, et non dans le péril, car il faut être homme.

 

Laf. 984, Sel. 781 (Ms Guerrier et Joly de Fleury). Mort soudaine seule à craindre, et c’est pourquoi les confesseurs demeurent chez les grands.

 

Mots-clés : MortPenséePéril.