Fragment Fondement n° 18 / 21  – Papier original : RO 49-7

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Fondement n° 292 p. 119 v° / C2 : p. 147

Éditions de Port-Royal : Chap. XIII - Que la Loi était figurative : 1669 et janvier 1670 p. 100 / 1678 n° 11 p. 101

Éditions savantes : Faugère II, 146, XIII / Havet XVI.10 / Michaut 131 / Brunschvicg 765 / Tourneur p. 254-1 / Le Guern 226 / Lafuma 241 / Sellier 273

 

 

 

Source des contrariétés.

 

Un Dieu humilié, et jusqu’à la mort de la croix. Deux natures en Jésus-Christ. Deux avènements. Deux états de la nature de l’homme. Un Messie triomphant de la mort par sa mort.

 

 

Ce bref fragment présente la source des contrariétés qui se trouvent non seulement dans la nature de l’homme (qui ont été exposées dans les premières liasses classées), mais dans  toute la religion chrétienne (on y retrouve évoquée une idée déjà formulée dans la liasse A P. R.). Pascal y revient dans plusieurs autres textes, qui eux aussi traitent de ces fondements qui donnent à la religion du Christ son aspect paradoxal. La brièveté du texte est compensée par la présence de mots-clés qui figurent parmi les plus importants de toutes les Pensées.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

A P. R. 1 (Laf. 149, Sel. 182). Prosopopée de la Sagesse de Dieu : Vous n’êtes plus maintenant en l’état où Je vous ai formés. J’ai créé l’homme saint, innocent, parfait. Je l’ai rempli de lumière et d’intelligence. Je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L’œil de l’homme voyait alors la majesté de Dieu. Il n’était pas alors dans les ténèbres qui l’aveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l’affligent. Mais il n’a pu soutenir tant de gloire sans tomber dans la présomption, il a voulu se rendre centre de lui-même et indépendant de mon secours. Il s’est soustrait de ma domination et, s’égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en lui-même, je l’ai abandonné à lui, et révoltant les créatures qui lui étaient soumises je les lui ai rendues ennemies, en sorte qu’aujourd’hui l’homme est devenu semblable aux bêtes et dans un tel éloignement de moi qu’à peine lui reste-t-il une lumière confuse de son auteur, tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées. Les sens indépendants de la raison et souvent maîtres de la raison l’ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures ou l’affligent ou le tentent, et dominent sur lui ou en le soumettant par leur force ou en le charmant par leur douceur, ce qui est une domination plus terrible et plus injurieuse.

Fausseté 18 (Laf. 220, Sel. 253). Nulle autre religion n’a proposé de se haïr, nulle autre religion ne peut donc plaire à ceux qui se haïssent et qui cherchent un être véritablement aimable. Et ceux-là s’ils n’avaient jamais ouï parler de la religion d’un Dieu humilié l’embrasseraient incontinent.

Loi figurative 9 (Laf. 253, Sel. 285). Figures.

J.-C. leur ouvrit l’esprit pour entendre les Écritures.

Deux grandes ouvertures sont celles-là. 1. Toutes choses leur arrivaient en figures. Vere Israelitae, Vere liberi, Vrai pain du ciel.

2. - Un Dieu humilié jusqu’à la croix. Il a fallu que le Christ ait souffert pour entrer en sa gloire, qu’il vaincrait la mort par sa mort. Deux avènements.

Loi figurative 15 (Laf. 260, Sel. 291). Combien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprennent à connaître le sens caché, et principalement quand les principes qu’ils en prennent sont tout à fait naturels et clairs ? C’est ce qu’a fait J.-C. Et les apôtres. Ils ont levé le sceau. Il a rompu le voile et a découvert l’esprit. Ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l’homme sont ses passions, que le rédempteur serait spirituel et son règne spirituel, qu’il y aurait deux avènements, l’un de misère pour abaisser l’homme superbe, l’autre de gloire pour élever l’homme humilié, que J.-C. serait Dieu et homme.

Loi figurative 16 (Laf. 261, Sel. 292). Le temps du premier avènement [...] prédit, le temps du second ne l’est point, parce que le premier devait être caché, le second devait être éclatant, et tellement manifeste que ses ennemis mêmes le devaient reconnaître.

Loi figurative 23 (Laf. 268, Sel. 299). Figures. La lettre tue. Tout arrivait en figures. Il fallait que le Christ souffrît. Un Dieu humilié. Voilà le chiffre que saint Paul nous donne.

Loi figurative 29 (Laf. 274, Sel. 305). Preuves par les principes des Rabbins qu’il y a deux sens, qu’il y a deux avènements du Messie, glorieux ou abject selon leur mérite.

Preuves de Jésus-Christ 11 (Laf. 308, Sel. 339). J.-C. sans biens, et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions. Il n’a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. O qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse. [...]

Il eût été inutile à N.-S. J.-C. pour éclater dans son règne de sainteté, de venir en roi, mais il y est bien venu avec l’éclat de son ordre.

Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de J.-C., comme si cette bassesse était du même ordre duquel est la grandeur qu’il venait faire paraître.

Qu’on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandonnement, dans sa secrète résurrection et dans le reste. On la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas.

Pensées diverses (Laf. 733, Sel. 614). L’Église a toujours été combattue par des erreurs contraires. Mais peut-être jamais en même temps comme à présent, et si elle en souffre plus à cause de la multiplicité d’erreurs, elle en reçoit cet avantage qu’ils se détruisent.

Elle se plaint des deux, mais bien plus des calvinistes à cause du schisme.

Il est certain que plusieurs des deux contraires sont trompés. Il faut les désabuser.

La foi embrasse plusieurs vérités qui semblent se contredire, temps de rire de pleurer, etc. responde ne respondeas etc.

La source en est l’union des deux natures en J.-C.

Et aussi les deux mondes. La création d’un nouveau ciel et nouvelle terre. Nouvelle vie, nouvelle mort.

Toutes choses doublées et les mêmes noms demeurant.

Et enfin les deux hommes qui sont dans les justes. Car ils sont les deux mondes, et un membre et image de J.-C. Et ainsi tous les noms leur conviennent de justes pécheurs, mort vivant, vivant mort, élu réprouvé, etc.

Il y a donc un grand nombre de vérités, et de foi et de morale qui semblent répugnantes et qui subsistent toutes dans un ordre admirable.

La source de toutes les hérésies, est l’exclusion de quelques-unes de ces vérités.

 

Mots-clés : AvènementCroixDieuHommeHumilierJésus-ChristMessieMortNatureTriomphe.