Fragment Fondement n° 3 / 21  – Papier original : RO 45-2

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Fondement n° 279-280 p. 117 / C2 : p. 143

Éditions de Port-Royal : Chap. XVIII - Dessein de Dieu de se cacher aux uns, et de se découvrir aux autres : 1669 et janvier 1670 p. 144-145  / 1678 n° 22 p. 143

Éditions savantes : Faugère II, 372, XXXVI ; II, 369, XXX / Havet XX.16 ; XXIV.4 / Brunschvicg 789 et 523 / Tourneur p. 250-4 / Le Guern 211 / Lafuma 225 et 226 / Sellier 258

 

 

 

Comme Jésus-Christ est demeuré inconnu parmi les hommes, ainsi sa vérité demeure parmi les opinions communes sans différence à l’extérieur. Ainsi l’Eucharistie parmi le pain commun.

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Toute la foi consiste en Jésus-Christ et en Adam et toute la morale en la concupiscence et en la grâce.

 

 

Pascal construit une analogie entre le caractère caché du Christ, celui de la Vérité parmi les vérités communes et celui de l’Eucharistie dans le pain commun.

Sous-jacente à ce fragment se trouve une notion essentielle chez Pascal, celle du discernement. Pascal le dit dans De l’esprit géométrique, II, De l’art de persuader, § 29, OC III, éd. J. Mesnard, p. 427. « Rien n’est plus commun que les bonnes choses : il n’est question que de les discerner ; et il est certain qu’elles sont toutes naturelles et à notre portée, et même connues de tout le monde. Mais on ne sait pas les distinguer. Ceci est universel. » Contrairement à ce que l’on croit ordinairement, le vrai et le bien ne sont pas inconnus, et encore moins complètement absents : ils sont méconnus, en ce sens qu’ils sont sous les yeux de tout le monde, mais que la raison humaine a si bien brouillé les idées de l’homme qu’il est devenu incapable de les reconnaître. C’est donc non pas d’invention que l’homme a besoin dans ces domaines, mais de discernement, pour séparer les fausses idées de la vérité. De la même manière, il faut savoir reconnaître la grandeur du Christ parmi les fausses grandeurs des hommes, et dans l’Eucharistie la présence réelle du Christ sous les espèces du pain. Ce fragment est donc lié au thème fondamental du Dieu caché.

La signification du fragment trouve son unité dans la personne, la prédication et la présence surnaturelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, qui demandent toutes à être discernées des erreurs ou des fausses apparences qui les entourent.

Le deuxième texte est peut-être associé au premier par le fait que la vérité de la foi et de la morale se reconnaissent en des éléments dont la simplicité devrait rendre le discernement facile ; et pourtant on constate que ces choses si simples échappent à la plupart des hommes.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

Misère 9 (Laf. 60, Sel. 94). Sur quoi fondera-t-il l’économie du monde qu’il veut gouverner ? Sera-ce sur le caprice de chaque particulier ? Quelle confusion ! sera-ce sur la justice ? il l’ignore. Certainement s’il la connaissait il n’aurait pas établi cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les mœurs de son pays. L’éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples. Et les législateurs n’auraient pas pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des perses et allemands. On la verrait plantée par tous les états du monde, et dans tous les temps, au lieu qu’on ne voit rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat, trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité. En peu d’années de possession les lois fondamentales changent, le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne. Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

Ils confessent que la justice n’est pas dans ces coutumes, mais qu’elle réside dans les lois naturelles communes en tout pays. Certainement ils le soutiendraient opiniâtrement si la témérité du hasard qui a semé les lois humaines en avait rencontré au moins une qui fût universelle. Mais la plaisanterie est telle que le caprice des hommes s’est si bien diversifié qu’il n’y en a point.

Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant qu’un homme ait droit de me tuer parce qu’il demeure au-delà de l’eau et que son prince a querelle contre le mien, quoique je n’en aie aucune avec lui.

Il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison corrompue a tout corrompu.

Preuves de Jésus-Christ 3 (Laf. 300, Sel. 331). J.-C. dans une obscurité (selon ce que le monde appelle obscurité), telle que les historiens n’écrivant que les importantes choses des états l’ont à peine aperçu.

Preuves de Jésus-Christ 11 (Laf. 308, Sel. 339). J.-C. sans biens, et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions. Il n’a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. O qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse.

[...] Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de J.-C., comme si cette bassesse était de l’ordre de sa du même ordre duquel est la grandeur qu’il venait faire paraître.

Qu’on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandonnement, dans sa secrète résurrection et dans le reste. On la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). Si cette religion se vantait d’avoir une vue claire de Dieu, et de la posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu’on ne voit rien dans le monde qui la montre avec cette évidence. Mais puisqu’elle dit au contraire, que les hommes sont dans les ténèbres et dans l’éloignement de Dieu, qu’il s’est caché à leur connaissance, que c’est même le nom qu’il se donne dans les Écritures, Deus absconditus [...] quel avantage peuventils tirer, lorsque dans la négligence où ils font profession d’être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre, puisque cette obscurité où ils sont, et qu’ils objectent à l’Église, ne fait qu’établir une des choses qu’elle soutient, sans toucher à l’autre, et établit sa doctrine, bien loin de la ruiner ?

Pensées diverses (Laf. 530, Sel. 455). Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment.

Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment ; de sorte qu’on ne peut distinguer entre ces contraires. L’un dit que mon sentiment est fantaisie, l’autre que sa fantaisie est sentiment. Il faudrait avoir une règle. La raison s’offre mais elle est ployable à tous sens.

Et ainsi il n’y en a point.

Pensées diverses (Laf. 699, Sel. 577). Quand tout se remue également rien ne se remue en apparence ; comme en un vaisseau, quand tous vont vers le débordement nul n’y semble aller. Celui qui s’arrête fait remarquer l’emportement des autres, comme un point fixe.

 

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