Fragment Fondement n° 5 / 21  – Papier original : RO 47-2

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Fondement n° 281’ p. 117-117 v° / C2 : p. 143-144

Éditions de Port-Royal : Chap. XVIII - Dessein de Dieu de se cacher aux uns, et de se découvrir aux autres : 1669 et janvier 1670 p. 141-142 et 144  / 1678 n° 13 p. 140 et n° 19 p. 142

Éditions savantes : Faugère II, 282, XXIV / Havet XX.9 et 10 / Brunschvicg 751 / Tourneur p. 251-1 / Le Guern 213 / Lafuma 228 / Sellier 260

 

 

 

Que disent les prophètes de Jésus-Christ ? Qu’il sera évidemment Dieu ? Non, mais qu’il est un Dieu véritablement caché, qu’il sera méconnu, qu’on ne pensera point que ce soit lui, qu’il sera une pierre d’achoppement, à laquelle plusieurs heurteront, etc.

Qu’on ne nous reproche donc plus le manque de clarté puisque nous en faisons profession. Mais, dit-on, il y a des obscurités et sans cela on ne serait pas aheurté à Jésus-Christ. Et c’est un des desseins formels des prophètes : excaeca.

 

 

Dans ce fragment, Pascal récuse l’une des objections les plus courantes qui soient faites à la religion chrétienne, savoir que la Révélation n’a pas été faite de manière claire, et que les prophéties messianiques sont remplies d’obscurités. Il répond que, loin d’être pertinente, cette objection méconnaît un fait fondamental, un fondement, c’est que cette obscurité est volontaire de la part des prophètes. Ce principe obligera Pascal à montrer que cette obscurité n’est pourtant pas complète, et que l’interprétation des livres prophétiques permet de trouver la lumière nécessaire : ce sera l’objet de la liasse Que la loi était figurative.

Excaeca : (trad.) aveuglez.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

A P. R. 1 (Laf. 149, Sel. 182). A P.R. Commencement, après avoir expliqué l’incompréhensibilité.

[...] Voyons ce que fera la sagesse de Dieu.

N’attendez point, dit-elle, ô hommes, ni vérité, ni consolation des hommes. Je suis celle qui vous ai formés et qui puis seule vous apprendre qui vous êtes.

Mais vous n’êtes plus maintenant en l’état où je vous ai formés. J’ai créé l’homme saint, innocent, parfait ; je l’ai rempli de lumière et d’intelligence, je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L’œil de l’homme voyait alors la majesté de Dieu. Il n’était pas alors dans les ténèbres qui l’aveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l’affligent.

Commencement 13 (Laf. 163, Sel. 195). Un homme dans un cachot, ne sachant pas si son arrêt est donné, n’ayant plus qu’une heure pour l’apprendre, cette heure suffisant s’il sait qu’il est donné pour le faire révoquer. Il est contre nature qu’il emploie cette heure-là, non à s’informer si l’arrêt est donné , mais à jouer au piquet.

Ainsi il est surnaturel que l’homme, etc. C’est un appesantissement de la main de Dieu.

Ainsi non seulement le zèle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais l’aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas.

Fondement 9 (Laf. 232, Sel. 264). On n’entend rien aux ouvrages de Dieu si on ne prend pour principe qu’il a voulu aveugler les uns et éclaircir les autres.

Fondement 10 (Laf. 233, Sel. 265). J.-C. ne dit pas qu’il n’est pas de Nazareth pour laisser les méchants dans l’aveuglement, ni qu’il n’est pas fils de Joseph.

Fondement 12 (Laf. 235, Sel. 267). J.-C. est venu aveugler ceux qui voient clair et donner la vue aux aveugles, guérir les malades, et laisser mourir les sains appeler à pénitence et justifier les pécheurs, et laisser les justes dans leurs péchés, remplir les indigents et laisser les riches vides.

Fondement 13 (Laf. 236, Sel. 268). Aveugler, éclaircir.

Saint Augustin. Montaigne. Sebonde.

Il y a assez de clarté pour éclairer les élus et assez d’obscurité pour les humilier. Il y a assez d’obscurité pour aveugler les réprouvés et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables.

Fondement 14 (Laf. 237, Sel. 269). Si J.-C. n’était venu que pour sanctifier, toute l’Écriture et toutes choses y tendraient et il serait bien aisé de convaincre les infidèles. Si J.-C. n’était venu que pour aveugler toute sa conduite serait confuse et nous n’aurions aucun moyen de convaincre les infidèles, mais comme il est venu In sanctificationem et in scandalum,comme dit Isaïe, nous ne pouvons convaincre les infidèles. Et ils ne peuvent nous convaincre, mais par là même nous les convainquons, puisque nous disons qu’il n’y a point de conviction dans toute sa conduite de part ni d’autre.

Fondement 20 (Laf. 242, Sel. 275). Que Dieu s’est voulu cacher.

S’il n’y avait qu’une religion Dieu y serait bien manifeste.

S’il n’y avait des martyrs qu’en notre religion de même.

Dieu étant ainsi caché toute religion qui ne dit pas que Dieu est caché n’est pas véritable, et toute religion qui n’en rend pas la raison n’est pas instruisante. La nôtre fait tout cela. Vere tu es deus absconditus.

Prophéties 23 (Laf. 344, Sel. 376). Que peut-on avoir sinon de la vénération d’un homme qui prédit clairement des choses qui arrivent et qui déclare son dessein et d’aveugler et d’éclaircir et qui mêle des obscurités parmi des choses claires qui arrivent.

Prophéties 26 (Laf. 347, Sel. 379). Prophétie.

Que les Juifs réprouveraient J.-C. et qu’ils seraient réprouvés de Dieu par cette raison ; que la vigne élue ne donnerait que du verjus ; que le peuple choisi serait infidèle, ingrat et incrédule. Populum non caedentem et contradicentem.

Que Dieu les frappera d’aveuglement et qu’ils tâtonneront en plein midi comme des aveugles.

Qu’un précurseur viendrait avant lui.

Preuves par discours I (Laf. 418, Sel. 680). Qui blâmera donc les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison; ils déclarent en l'exposant au monde que c'est une sottise, stultitiam, et puis vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas. S'ils la prouvaient ils ne tiendraient pas parole. C'est en manquant de preuve qu'ils ne manquent pas de sens.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). Sur le Dieu caché.

Preuves par les Juifs VI (Laf. 469, Sel. 706). Dieu a fait servir l’aveuglement de ce peuple au bien des élus.

Prophéties V (Laf. 487, Sel. 734). Pendant la durée du Messie.

[...] Il doit aveugler les sages et les savants. Is. 6. - Is. 8. 29. - Is. 29. - Is. 61. et annoncer l’évangile aux pauvres et aux petits, ouvrir les yeux des aveugles et rendre la santé aux infirmes - et mener à la lumière ceux qui languissent dans les ténèbres. Is. 61.

Prophéties VIII (Laf. 502, Sel. 738). Raison pourquoi figures.

R. Ils avaient à entretenir un peuple charnel et à le rendre dépositaire du testament spirituel.

Il fallait que pour donner foi au Messie il y eût eu des prophéties précédentes et qu’elles fussent portées par des gens non suspects et d’une diligence et fidélité et d’un zèle extraordinaire et connus de toute la terre.

Pour faire réussir tout cela Dieu a choisi ce peuple charnel auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie comme libérateur et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimait.

Et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes et a porté à la vue de tout le monde ces livres qui prédisent leur Messie assurant toutes les nations qu’il devait venir et en la manière prédite dans les livres qu’ils tenaient ouverts à tout le monde. Et ainsi ce peuple déçu par l’avènement ignominieux et pauvre du Messie ont été ses plus cruels ennemis, de sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser et le plus exact et zélé qui se puisse dire pour sa loi et pour ses prophètes qui les porte incorrompus.

De sorte que ceux qui ont rejeté et crucifié J.-C. qui leur a été en scandale sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui et qui disent qu’il sera rejeté et en scandale, de sorte qu’ils ont marqué que c’était lui en le refusant et qu’il a été également prouvé et par les justes juifs qui l’ont reçu et par les injustes qui l’ont rejeté, l’un et l’autre ayant été prédit.

Pensées diverses (Laf. 594, Sel. 491). Conduite générale du monde envers l’Église. Dieu voulant aveugler et éclairer.

Pensées diverses (Laf. 781, Sel. 644). Préface de la seconde partie. [...] Ce n’est pas de cette sorte que l’Écriture qui connaît mieux les choses qui sont de Dieu en parle. Elle dit au contraire que Dieu est un Dieu caché et que depuis la corruption de la nature il les a laissés dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par J.-C. hors duquel toute communication avec Dieu est ôtée. Nemo novit patrem nisi filius et cui filius voluit revelare. 

C’est ce que l’Écriture nous marque quand elle dit en tant d’endroits que ceux qui cherchent Dieu le trouvent. Ce n’est point de cette lumière qu’on parle comme le jour en plein midi. On ne dit point que ceux qui cherchent le jour en plein midi ou de l’eau dans la mer en trouveront et ainsi il faut bien que l’évidence de Dieu ne soit pas telle dans la nature. Aussi elle nous dit ailleurs : vere tu es deus absconditus.

Miracles II (Laf. 834, Sel. 422). Raison pourquoi on ne croit point.

Joh. 12. 37.

Cum autem tanta signa fecisset non credebant in eum. Ut sermo Isaïae impleretur. Excaecavit etc.

Haec dixit Isaïas quando vidit gloriam ejus et locutus est de eo.

 

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