Dossier de travail - Fragment n° 7 / 35  – Papier original : RO 485-4

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 5 p. 191-191 v° / C2 : p. 2

Éditions savantes : Faugère II, 325, XXIV / Havet XXV.176 / Brunschvicg 794 / Tourneur p. 300-4 / Le Guern 368 / Lafuma 389 / Sellier 8

 

 

 

Pourquoi Jésus-Christ n’est‑il pas venu d’une manière visible au lieu de tirer sa preuve des prophéties précédentes ?

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Pourquoi s’est‑il fait prédire en figures ?

 

 

Pascal pose ici deux questions ou deux objections qui peuvent être proposées par toute personne qui prend connaissance de la doctrine des prophéties messianiques.

Primo : l’avènement du Messie visant à la Révélation de la véritable religion, il eût été apparemment plus efficace que Jésus-Christ apparaisse aux hommes dans sa gloire, de manière immédiatement et certainement reconnaissable, au lieu de procéder en se faisant annoncer par avance par la voix des prophètes, au risque de n’être pas reconnu pour ce qu’il était vraiment (ce qui est arrivé en effet pour les Juifs qui ne l’ont pas reconnu, et pour les païens).

Secundo : en admettant que des raisons solides aient imposé de recourir à la voix des prophètes, pourquoi ceux-ci n’ont-ils pas annoncé clairement le Messie spirituel, au lieu de l’annoncer en termes figuratifs, alors qu’ils exposaient les hommes à prendre ces métaphores à la lettre, et à les induire en erreur (ce qui a aussi été le cas pour les esprits que Pascal appelle charnels) ?

Ces deux objections reviennent à une seule : pourquoi le Christ ne s’est-il pas montré aux hommes dans une clarté qui n’eût laissé place à aucun doute ?

La réponse tient essentiellement dans la doctrine du Dieu caché, Deus absconditus, et dans la nécessité de la préservation des Écritures par un peuple témoin insoupçonnable.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Fondement 1 (Laf. 223, Sel. 256). Il faut mettre au chapitre des fondements ce qui est en celui des figuratifs touchant la cause des figures. Pourquoi Jésus-Christ prophétisé en son premier avènement, pourquoi prophétisé obscurément en la manière.

Fondement 5 (Laf. 228, Sel. 260). Que disent les prophètes de Jésus-Christ ? qu'il sera évidemment Dieu ? non mais qu'il est un Dieu véritablement caché, qu'il sera méconnu, qu'on ne pensera point que ce soit lui, qu'il sera une pierre d'achoppement, à laquelle plusieurs heurteront, etc.

Qu'on ne nous reproche donc plus le manque de clarté puisque nous en faisons profession. Mais, dit-on, il y a des obscurités et sans cela on ne serait pas aheurté à Jésus-Christ. Et c'est un des desseins formels des prophètes : excaeca.

Loi figurative 11 (Laf. 255, Sel. 287). Dieu, pour rendre le Messie connaissable aux bons et méconnaissable aux méchants l’a fait prédire en cette sorte, si  la manière du Messie eût été prédite clairement il n’y eût point eu d’obscurité  même pour les méchants.

Si le temps  eût été prédit obscurément il y eût eu obscurité même pour les bonsne leur eût pas fait entendre que par exemple le ם signifie 600 ans. Mais le temps a été prédit clairement et la manière en figures.

Par ce moyen les méchants prenant les biens promis pour matériels s’égarent malgré le temps prédit clairement et les bons ne s’égarent pas.

Car l’intelligence des biens promis dépend du cœur qui appelle bien ce qu’il aime, mais l’intelligence du temps promis  ne dépend point du cœur. Et ainsi la prédiction claire du temps et obscure des biens ne déçoit que les seuls méchants.

Preuves de Jésus-Christ 11 (Laf. 308, Sel. 339). Jésus-Christ sans biens, et sans aucune production au-dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions, il n’a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. Ô qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse ! [...] Qu’on considère cette grandeurlà dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandonnement, dans sa secrète résurrection et dans le reste. On la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). [...] les hommes sont dans les ténèbres et dans l'éloignement de Dieu, qu'il s'est caché à leur connaissance, que c'est même le nom qu'il se donne dans les Écritures, Deus absconditus et, enfin, si elle travaille également à établir ces deux choses : que Dieu a établi des marques sensibles dans l'Église pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement ; et qu'il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu'il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur.

Prophéties VII (Laf. 499, Sel. 736). Quel homme eut jamais plus d’éclat ?

Le peuple juif tout entier le prédit avant sa venue. Le peuple gentil l’adore après sa venue.

Ces deux peuples gentil et juif le regardent comme leur centre.

Et cependant quel homme jouit jamais moins de cet éclat ?

Prophéties VIII (Laf. 502, Sel. 738). Raison pourquoi figures.

R. Ils avaient à entretenir un peuple charnel et à le rendre dépositaire du testament spirituel. (texte barré verticalement)

Il fallait que pour donner foi au Messie il y eût eu des prophéties précédentes et qu’elles fussent portées par des gens non suspects et d’une diligence et fidélité et d’un zèle extraordinaire et connu de toute la terre.

Pour faire réussir tout cela Dieu a choisi ce peuple charnel auquel il a mis en dépôt les prophéties qui prédisent le Messie comme libérateur et dispensateur des biens charnels que ce peuple aimait.

Et ainsi il a eu une ardeur extraordinaire pour ses prophètes et a porté à la vue de tout le monde ces livres qui prédisent leur Messie assurant toutes les nations qu’il devait venir et en la manière prédite dans les livres qu’ils tenaient ouverts à tout le monde. Et ainsi ce peuple déçu par l’avènement ignominieux et pauvre du Messie ont été ses plus cruels ennemis, de sorte que voilà le peuple du monde le moins suspect de nous favoriser et le plus exact et zélé qui se puisse dire pour sa loi et pour ses prophètes qui les porte incorrompus.

De sorte que ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus-Christ qui leur a été en scandale sont ceux qui portent les livres qui témoignent de lui et qui disent qu’il sera rejeté et en scandale, de sorte qu’ils ont marqué que c’était lui en le refusant et qu’il a été également prouvé et par les justes juifs qui l’ont reçu et par les injustes qui l’ont rejeté, l’un et l’autre ayant été prédit.

[...] Voilà donc quelle a été la conduite de Dieu. Ce sens est couvert d’un autre en une infinité d’endroits et découvert en quelques‑uns rarement, mais en telle sorte néanmoins que les lieux où il est caché sont équivoques et peuvent convenir aux deux, au lieu que les lieux où il est découvert sont univoques et ne peuvent convenir qu’au sens spirituel.

De sorte que cela ne pouvait induire en erreur et qu’il n’y avait qu’un peuple aussi charnel qui s’y pût méprendre.

Car quand les biens sont promis en abondance qui les empêchait d’entendre les véritables biens, sinon leur cupidité qui déterminait ce sens aux biens de la terre. Mais ceux qui n’avaient de bien qu’en Dieu, les rapportaient uniquement à Dieu.

Pensées diverses (Laf. 793, Sel. 646). Il est juste qu'un Dieu si pur ne se découvre qu'à ceux dont le cœur est purifié.

 

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