Dossier de travail - Fragment n° 8 / 35  – Papier original : RO 77-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 6 p. 191 v° / C2 : p. 2

Éditions de Port-Royal : Chap. II - Marques de la véritable religion : 1669 et janvier 1670 p. 26  /

1678 n° 11 p. 24-25

Le texte complet a été ajouté dans l’édition de 1678 : Chap. XV - Preuves de Jésus-Christ par les prophéties : 1678 n° 12 p. 124-125

Éditions savantes : Faugère II, 202, [XXII] / Havet XVIII.18 / Brunschvicg 617 / Tourneur p. 300-5 / Le Guern 369 / Lafuma 390 / Sellier 9

 

 

 

Perpétuité.

 

Qu’on considère que depuis le commencement du monde l’attente ou l’adoration du Messie subsiste sans interruption, qu’il s’est trouvé des hommes qui ont dit que Dieu leur avait révélé qu’il devait naître un Rédempteur qui sauverait son peuple. Qu’Abraham est venu ensuite dire qu’il avait eu révélation qu’il naîtrait de lui par un fils qu’il aurait, que Jacob a déclaré que de ses douze enfants il naîtrait de Juda, que Moïse et les prophètes sont venus ensuite déclarer le temps et la manière de sa venue. Qu’ils ont dit que la loi qu’ils avaient n’était qu’en attendant celle du Messie, que jusque-là elle serait perpétuelle, mais que l’autre durerait éternellement, qu’ainsi leur loi ou celle du Messie dont elle était la promesse seraient toujours sur la terre, qu’en effet elle a toujours duré, qu’enfin est venu Jésus-Christ dans toutes les circonstances prédites. Cela est admirable.

 

 

Ce fragment est un sommaire des chefs enfermés dans le chapitre de la perpétuité de la prophétie, une sorte d’abrégé de discours sur l’histoire universelle, ordonné selon une progression et un enchaînement qui en marquent le caractère extraordinaire et convaincant.

Pourquoi ce papier n’est-il pas dans Perpétuité ? Soit il est en attente de classement, soit Pascal a voulu faire entrer dans ses réflexions sur la corruption de la nature un sommaire des thèmes associés à la perpétuité.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Voir la liasse Perpétuité.

Loi figurative 11 (Laf. 255, Sel. 287). Dieu, pour rendre le Messie connaissable aux bons et méconnaissable aux méchants l’a fait prédire en cette sorte, si la manière du Messie eût été prédite clairement il n’y eût point eu d’obscurité même pour les méchants.

Si le temps eût été prédit obscurément il y eût eu obscurité même pour les bons ne leur eût pas fait entendre que par exemple le ם signifie 600 ans. Mais le temps a été prédit clairement et la manière en figures.

Par ce moyen les méchants prenant les biens promis pour matériels s’égarent malgré le temps prédit clairement et les bons ne s’égarent pas.

Car l’intelligence des biens promis dépend du cœur qui appelle bien ce qu’il aime, mais l’intelligence du temps promis ne dépend point du cœur. Et ainsi la prédiction claire du temps et obscure des biens ne déçoit que les seuls méchants.

Loi figurative 21 (Laf. 266, Sel. 297). On pourrait peut-être penser que quand les prophètes ont prédit que le sceptre ne sortirait point de Juda jusqu’au roi éternel ils auraient parlé pour flatter le peuple et que leur prophétie se serait trouvée fausse à Hérode. Mais pour montrer que ce n’est pas leur sens, et qu’ils savaient bien au contraire que ce royaume temporel devait cesser, ils disent qu’ils seront sans roi et sans prince. Et longtemps durant. Osée.

Perpétuité 3 (Laf. 281, Sel. 313). Perpétuité.

Cette religion qui consiste à croire que l’homme est déchu d’un état de gloire et de communication avec Dieu en un état de tristesse, de pénitence et d’éloignement de Dieu, mais qu’après cette vie nous serons rétablis par un Messie qui devait venir, a toujours été sur la terre.

Dossier de travail (Laf. 392, Sel. 11). Figures.

Dieu voulant se former un peuple saint, qu’il séparerait de toutes les autres nations, qu’il délivrerait de ses ennemis, qu’il mettrait dans un lieu de repos a promis de le faire et a prédit par ses prophètes le temps et la manière de sa venue.

Preuves par les Juifs III (Laf. 453, Sel. 693). Pour montrer que les vrais juifs et les vrais chrétiens n’ont qu’une même religion.

La religion des juifs semblait consister essentiellement en la paternité d’Abraham, en la circoncision, aux sacrifices, aux cérémonies, en l’arche, au temple, en Jérusalem, et enfin en la loi et en l’alliance de Moïse.

Je dis qu’elle ne consistait en aucune de ces choses, mais seulement en l’amour de Dieu et que Dieu réprouvait, toutes les autres choses.

Que Dieu n’acceptera point la parenté d’Abraham. Que les Juifs seront punis de Dieu comme les étrangers s’ils l’offensent.

[...] Que les étrangers seront reçus de Dieu comme les juifs s’ils l’aiment.

[...] Que les vrais Juifs ne considéraient leur mérite que de Dieu et non d’Abraham.

[...] Que la circoncision du cœur est ordonnée.

[...] Que Dieu dit qu’il le ferait un jour.

[...] Que les Juifs, manque de cet amour, seraient réprouvés pour leurs crimes et les païens élus en leur place.

[...] Que les biens temporels sont faux et que le vrai bien est d’être uni à Dieu.

[...] Que leurs fêtes déplaisaient à Dieu. Amos. 5. 21.

Que les sacrifices des Juifs déplaisent à Dieu [...] même de la part des bons.

[...] Que les sacrifices des païens seront reçus de Dieu. Et que Dieu retirera sa volonté des sacrifices des Juifs.

[...] Que Dieu fera une nouvelle alliance par le Messie et que l’ancienne sera rejetée.

[...] Que le temple serait rejeté.

[...] Que les sacrifices seraient rejetés et d’autres sacrifices purs établis.

Que l’ordre de la sacrificature d’Aaron serait réprouvé et celle de Melchisedech introduite par le Messie.

[...] Que cette sacrificature serait éternelle.

[...] Que Jérusalem serait réprouvée et Rome admise.

[...] Que le nom des Juifs serait réprouvé et un nouveau nom donné.

[...] Que ce dernier nom serait meilleur que celui de Juifs et éternel.

Preuves par les Juifs IV (Laf. 454, Sel. 694). Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, où voici ce que je trouve d’effectif.

[...] Je trouve donc ce peuple grand et nombreux sorti d’un seul homme, qui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu’ils disent tenir de sa main ils soutiennent qu’ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères. Que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu, qu’ils sont tous abandonnés à leurs sens et à leur propre esprit. Et que de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux et de religions et de coutumes. Au lieu qu’ils demeurent inébranlables dans leur conduite, mais que Dieu ne laissera point éternellement les autres peuples dans ces ténèbres, qu’il viendra un Libérateur, pour tous, qu’ils sont au monde pour l’annoncer aux hommes, qu’ils sont formés exprès pour être les avant-coureurs et les hérauts de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples à s’unir à eux dans l’attente de ce Libérateur.

La rencontre de ce peuple m’étonne, et me semble digne de l’attention.

Je considère cette loi qu’ils se vantent de tenir de Dieu et je la trouve admirable. C’est la première loi de toutes et de telle sorte qu’avant même que le mot de loi fût en usage parmi les Grecs, il y avait près de mille ans qu’ils l’avaient reçue et observée sans interruption. Ainsi je trouve étrange que la première loi du monde se rencontre aussi la plus parfaite, en sorte que les plus grands législateurs en ont emprunté les leurs comme il paraît par la loi des 12 tables d’Athènes qui fut ensuite prise par les Romains et comme il serait aisé de le montrer, si Josèphe et d’autres n’avaient assez traité cette matière.

Preuves par les Juifs VI (Laf. 482, Sel. 717). Preuves.

[...] 9. La perpétuité : nulle religion n’a la perpétuité.

Miracles III (Laf. 892, Sel. 446). J’aime mieux suivre Jésus-Christ qu’aucun autre parce qu’il a le miracle, prophétie, doctrine, perpétuité, etc.

Miracles III (Laf. 894, Sel. 448). Les trois marques de la religion : la perpétuité, la bonne vie, les miracles.

 

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