Fragment Loi figurative n° 3 / 31  – Papier original : RO 39-7

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Loi figurative n° 297 p. 125 / C2 : p. 151

Éditions savantes : Faugère II, 249, XIII / Brunschvicg 674 / Tourneur p. 256-3 / Le Guern 231 / Lafuma 247 / Sellier 279

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Bibliographie

 

 

MARIN Louis, “Réflexions sur la notion de modèle chez Pascal”, Revue de métaphysique et de morale, 1967, p. 87-108.

MESNARD Jean, Les Pensées de Pascal, p. 73-74.

MESNARD Jean, “La théorie des figuratifs dans les Pensées de Pascal”, in La culture du XVIIe siècle, Paris, Presses Universitaires de France, 1992, p. 426-453.

NORMAN Buford, “L'idée de règle chez Pascal”, in Méthodes chez Pascal, Paris, P.U.F., 1979, p. 87-100.

 

 

Éclaircissements

 

Figuratives.

 

Le féminin pluriel de cet adjectif s’explique sans doute par le fait qu’un terme tel qu’expressions est sous-entendu. D’autres fragments portent le même titre. Voir Loi figurative 5 (Laf. 249, Sel. 281) et Loi figurative 6 (Laf. 250, Sel. 282).

 

Fais toutes choses selon le patron qui t’a été montré en la montagne. Sur quoi saint Paul dit que les Juifs ont peint les choses célestes.

 

La formule est adressée, dans l’Exode, parmi les « ordonnances touchant la construction du tabernacle et de l’arche, de la table des pains et du chandelier d’or » (titre de la Bible de Port-Royal), c’est-à-dire des objets sacrés qui furent emportés dans l’exode, et déposés, après l’arrivée dans la Terre promise, dans le temple de Jérusalem.

Exode, XXV, 40. « Inspice, et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est » ; « Considérez bien toutes choses, et faites tout selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne » (Tr. Sacy). La montagne dont il est ici question est le mont Sinaï, où Moïse reçut la loi divine.

Le latin Fac secundum exemplar quod tibi ostensum est in monte a été repris dans le fragment Laf. 826, Sel. 667.

Ce passage est cité dans saint Paul, Épître aux Hébreux, VIII, 3-5 ; Paul écrit bien dans ce passage que les Juifs ont peint les choses célestes : « Car tout pontife est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes. C’est pourquoi il est nécessaire que celui-ci ait aussi quelque chose qu’il puisse offrir. Si donc c’était quelqu’une des choses qui sont sur la terre, il n’aurait point du tout été prêtre, vu qu’il y en a déjà pour offrir des dons selon la loi. Et qui rendent en effet à Dieu le culte qui consiste en des figures et des ombres des choses du ciel, ainsi que Dieu dit à Moïse lorsqu’il devait dresser le tabernacle : Ayez soin de faire tout selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne. » (tr. Sacy).

Commentaire de Sacy : « Un savant interprète [Estius] croit que ces paroles ne montrent pas seulement que Dieu fit voir à Moïse une image sensible de tout ce qu’il lui ordonnait de faire ; mais même qu’il lui découvrit toutes les vérités de la loi nouvelle, qui étaient marquées comme sous des crayons obscurs, par toutes ces ombres et ces figures de l’ancienne loi, dont Dieu l’avait rendu le dispensateur. »

Ce principe fonde la théorie des figures dans les Pensées sur deux passages de l’ancien et du nouveau Testaments.

Exemplar : original, type, exemple, modèle.

Patron : chez les artisans, signifie un modèle sur lequel ils taillent, ils règlent leur besogne. Les tailleurs ont des patrons de papier sur lesquels ils coupent les habits. Arnauld, dans son Des vraies et des fausses idées, XVI, Œuvres, XXXVIII, p. 268, rappelle que « les tapissières ont un patron qu’elles appellent rude, où les diverses nuances d’une certaine couleur sont marquées par des couleurs toutes différentes, afin qu’elles ne s’y trompent pas ». Patron se dit aussi d’un modèle, de l’idée que nous nous proposons d’imiter. Les orateurs qui se sont formés sur Cicéron et Démosthène ont pris de bons patrons (Furetière). L’idée est donc complexe : il faut entendre par patron un modèle au sens où le patron donne le plan ou l’image qui doit servir à définir la structure de ce que l’on réalise. Mais il signifie aussi l’idéal que l’on se propose d’imiter, ou vers la ressemblance duquel on cherche à viser.

On doit rapprocher patron de modèle, que l’on rencontre plus souvent chez Pascal. L’idée de modèle a été brillamment étudiée par Louis Marin, “Réflexions sur la notion de modèle chez Pascal”, Revue de métaphysique et de morale, 1967, p. 87-108, à propos des fragments des Pensées relatifs au jugement esthétique dans le fragment Laf. 585-587, Sel. 486. Le modèle de l’agrément y est défini par un certain rapport entre notre nature faible ou forte telle qu’elle est et la chose qui nous plaît. Voir­ aussi, sur la notion de modèle, Mesnard Jean, Les Pensées de Pascal, 2e éd., p. 79 sq., et Norman Buford, “L'idée de règle chez Pascal”, Méthodes chez Pascal, p. 87-100.

Dans le présent contexte, le terme de patron répond plutôt à celle de copie, en ce sens que les vérités spirituelles ont, selon Pascal, servi de modèle pour la loi juive, qui n’en est qu’une figure. Voir l’article de Mesnard Jean, “La théorie des figuratifs dans les Pensées de Pascal” : la loi juive n'a pas selon Pascal d'autre rôle que de figurer la religion chrétienne. Moïse a établi la religion juive sur le modèle de la religion chrétienne dont il a eu la révélation au mont Sinaï. Voir Laf. 826, Sel. 667. Pascal enlève aux institutions juives toute portée proprement religieuse et les réduit à l'état de signe : Les institutions juives sont absurdes et inutiles en elles-mêmes, et n’ont nulle valeur pédagogique. Seuls les spirituels pouvaient voir que la loi n'avait pas sa valeur en elle-même et discerner le seul précepte non figuratif d'aimer Dieu.

Laf. 826, Sel. 667. Fac secundum exemplar quod tibi ostensum est in monte.

La religion des Juifs a donc été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie et la vérité du Messie a été reconnue par la religion des Juifs qui en était la figure.

Dans les Juifs la vérité n’était que figurée ; dans le ciel elle est découverte.

Dans l’Église elle est couverte et reconnue par le rapport à la figure.

Loi figurative 9 (Laf. 253, Sel. 285). Figures. J.-C. leur ouvrit l’esprit pour entendre les Écritures. Deux grandes ouvertures sont celles-là : 1. Toutes choses leur arrivaient en figures.

Il en résulte que les cérémonies imposées par la loi juive ne sont que des copies à travers lesquelles il faut savoir reconnaître les réalités spirituelles qui en sont la véritable fin. Pascal résume cette idée dans le fragment Loi figurative 23 (Laf. 268, Sel. 299). Figures. La lettre tue - Tout arrivait en figures - Il fallait que le Christ souffrît - Un Dieu humilié - Voilà le chiffre que saint Paul nous donne. Et plus bas dans le même fragment : Circoncision du cœur, vrai jeûne, vrai sacrifice, vrai temple : les prophètes ont indiqué qu’il fallait que tout cela fût spirituel.

Aussi est-il nécessaire de traduire pour ainsi dire les textes bibliques, en remontant des énoncés dont la signification littérale est purement charnelle, à leur signification, qui répond aux réalités spirituelles.

Loi figurative 25 (Laf. 270, Sel. 301). Figures. [...] Le monde ayant vieilli dans ces erreurs charnelles. J.-C. est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l’éclat attendu, et ainsi ils n’ont pas pensé que ce fût lui. Après sa mort saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure, que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l’esprit, que les ennemis des hommes n’étaient pas leurs Babyloniens, mais leurs passions, que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié, que la circoncision du corps était inutile, mais qu’il fallait celle du cœur, que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel, etc.