Fragment Morale chrétienne n° 4 / 25  – Papier original : RO 405-5

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Morale n° 361 p. 177 / C2 : p. 209

Éditions de Port-Royal : Chap. III - Veritable Religion prouvée par les contrarietez : 1669 et janvier 1670 p. 43  / 1678 n° 20 p. 46

Éditions savantes : Faugère II, 144, IX / Havet XII.16 / Brunschvicg 524 / Tourneur p. 290-4 / Le Guern 335 / Lafuma 354 / Sellier 386

 

 

 

Il n’y a point de doctrine plus propre à l’homme que celle‑là qui l’instruit de sa double capacité de recevoir et de perdre la grâce à cause du double péril où il est toujours exposé, de désespoir ou d’orgueil.

 

 

Ce fragment sert de contrepoint et de complément du fragment Morale chrétienne 1 (Laf. 351, Sel. 383) : si le christianisme, qui ordonne à l’homme de reconnaître qu’il est vil et même abominable, et lui ordonne de vouloir être semblable à Dieu, paraît étrange, il n’en est pas moins la doctrine qui convient le mieux à la nature de l’homme. Pascal l’explique en remontant à la théologie augustinienne de la grâce, telle qu’il l’a exposée dans les Écrits qu’il lui a consacrés. La morale chrétienne ne consiste pas en un ensemble de prescriptions éthiques, mais dans la soumission à la grâce, qui seule peut éviter à l’homme de tomber dans les vices contraires du désespoir et de la présomption. Elle se résume au fond dans l’idée des deux délectations : à la charité engendrée par la grâce s’opposent ces deux produits de la concupiscence qui lui est contraire : l’orgueil et le désespoir.

 

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Fragments connexes

 

Excellence 5 (Laf. 192, Sel. 225). La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l’orgueil. La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu parce que nous y trouvons, et Dieu et notre misère.

Morale chrétienne 1 (Laf. 351, Sel. 383). Le christianisme est étrange ; il ordonne à l’homme de reconnaître qu’il est vil et même abominable, et lui ordonne de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel contrepoids cette élévation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait horriblement abject.

Morale chrétienne 2 (Laf. 352, Sel. 384). La misère persuade le désespoir. L’orgueil persuade la présomption.

 

Mots-clés : CapacitéDésespoirDoctrineDoubleGrâceHommeOrgueilPropre.