Fragment Prophéties n° 27 / 27  – Papier original : RO 270-3

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Prophéties n° 360 p. 171 v° / C2 : p. 206

Éditions savantes : Faugère II, 272, V / Havet XXV.161 / Brunschvicg 718 / Tourneur p. 289-1 / Le Guern 329 / Lafuma 348 / Sellier 380

______________________________________________________________________________________

 

 

Bibliographie

 

 

ERNST Pol, Approches pascaliennes, Gembloux, Duculot, 1970.

LHERMET Joseph, Pascal et la Bible, Paris, Vrin, 1931.

 

 

Éclaircissements

 

Le fragment indique un paradoxe ou une contradiction apparente qui doit normalement jouer contre les prophéties : un règne éternel a été promis par Dieu à Juda ; mais il n’a pas été réellement perdurable. Les impies, dit le commentaire de la Bible de Port-Royal, en tirent argument pour soutenir que les promesses faites par Dieu au peuple juif se sont avérées vaines.

Mais Pascal présente les choses un peu différemment, afin de changer la portée de l’argument : un règne éternel a bien été prophétisé à Juda, mais il a été aussi dit par les prophètes qu’il n’est pas accompli temporellement. De ce fait, on passe de la simple constatation historique d’un fait, à un problème d’interprétation et de conciliation de deux textes. Ce n’est pas un fait qui s’oppose à un discours prophétique, ce sont deux discours prophétiques qui se contredisent, l’un annonçant l’éternité du règne de Juda, l’autre annonçant sa fin. En appliquant le principe d’habileté, on en conclut qu’il faut réduire la contradiction en cherchant un sens figuré qui concilie ces deux énoncés. Il suffit alors de s’appuyer sur l’adverbe temporellement, et de dire : puisque ce n’est pas temporellement, il faut l’entendre spirituellement. Le commentaire de la Bible de Port-Royal sur ce passage indique en quel sens on peut l’interpréter : Dieu a bien promis de « multiplier à l’infini la race du vrai David », mais il faut l’entendre des chrétiens, « qui sont engendrés en Jésus-Christ par le baptême », « et les lévites qui nous marquent cette multitude innombrable de ministres de l’Église qui se succèdent continuellement les uns aux autres durant tout le cours des siècles ». « Et c’est ainsi qu’il a plu à la divine sagesse de confondre les blasphèmes des impies, qui osaient dire que les deux races, la royale et la sacerdotale que le Seigneur avait choisies pour la conduite de son peuple et le ministère de la religion étaient détruites contre sa parole. Car elles ne furent détruites temporellement qu’afin qu’elles fussent établies spirituellement d’une manière d’autant plus auguste et plus sainte, que le même fils de David qui était Dieu renfermait en sa personne les deux dignités éminentes et de roi et de pontife. »

 

Le règne éternel de la race de David. (2. Chron.)

 

II Paralipomènes (Chroniques), VII, 18 : « Suscitabo thronum regni tui, sicut pollicitus sum David patri tuo, dicens : Non auferetur de stirpe tua vir, qui sit princeps in Israël » ; « Je conserverai le trône de votre règne à votre race, ainsi que je l’ai promis à David votre père, lorsque je lui dis : Vous aurez toujours des successeurs de votre race, qui seront princes en Israël. »

 

par toutes les prophéties et avec serment. Et n’est point accompli temporellement. Jér. 33. 20.

 

Jérémie XXXIII, 20-21 : « Haec dicit Dominus : Si irritum potest fieri pactum meum cum die, et pactum meum cum nocte, ut non sit dies et nox in tempore suo, 21. Et pactum meum irritum esse poterit cum David servo meo, ut non sit ex eo filius qui regnet in throno ejus, et Levitae et Sacerdotes ministri mei » ; « Voici ce que dit le Seigneur : si l’on peut rompre l’alliance que j’ai faite avec le jour, et l’alliance que j’ai faite avec la nuit, pour empêcher que le jour et la nuit ne paraissent chacun en son temps, 21. on pourra rompre aussi l’alliance que j’ai faite avec mon serviteur David, et empêcher qu’il ne naisse de lui un fils qui règne sur son trône, et que les lévites et les prêtres ne soient mes ministres. »