Fragment Raisons des effets n° 11 / 21 - Papier original :  RO 231-3

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Raisons des effets n° 122 p. 33 v° / C2 : p. 51

Éditions de Port-Royal : Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janv. 1670 p. 326 / 1678 n° 11 p. 321

Éditions savantes : Faugère I, 219, CXXXI / Havet V.2 ter / Michaut 496 / Brunschvicg 335 / Tourneur p. 190-3 / Le Guern 85 / Lafuma 92 / Sellier 126

 

 

 

Raison des effets.

 

Il est donc vrai de dire que tout le monde est dans l’illusion, car encore que les opinions du peuple soient saines, elles ne le sont pas dans sa tête. Car il pense que la vérité est où elle n’est pas. La vérité est bien dans leurs opinions, mais non pas au point où ils se figurent. Il est vrai qu’il faut honorer les gentilshommes, mais non pas parce que la naissance est un avantage effectif, etc.

 

 

 

Le fragment est encadré par deux ligatures, c’est-à-dire deux expressions qui renvoient à des textes rédigés d’autre part par Pascal. Il commence par un donc qui marque une forme de conclusion et finit par un etc., qui fait référence à des discours sur le respect dû aux grands, que l’on trouve ailleurs dans les Pensées. Pascal travaille donc ici sur un point et une articulation particulièrement délicate de l’argumentation de Raison des effets, qui touche les opinions du peuple. Il réside dans la distinction entre la vérité objective d’une pensée et la vérité de la manière dont elle est pensée : les opinions du peuple sont saines en ce sens qu’elles coïncident avec la vérité et ne causent donc pas de trouble social, mais elles ne sont pas vraies dans la manière dont elles sont pensées, dans sa tête, car il pense que la vérité est où elle n’est pas.

 

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Fragments connexes

 

Raisons des effets 9 (Laf. 90, Sel. 124). Raison des effets. Gradation. Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi‑habiles les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière. Les dévots, qui ont plus de zèle que de science, les méprisent, malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu’ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure.

Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu’on a de lumière.

Raisons des effets 12 (Laf. 93, Sel. 127). Raison des effets. Renversement continuel du pour au contre.

Nous avons donc montré que l’homme est vain par l’estime qu’il fait des choses qui ne sont point essentielles. Et toutes ces opinions sont détruites.

Nous avons montré ensuite que toutes ces opinions sont très saines et qu’ainsi toutes ces vanités étant très bien fondées, le peuple n’est pas si vain qu’on dit. Et ainsi nous avons détruit l’opinion qui détruisait celle du peuple.

Mais il faut détruire maintenant cette dernière proposition et montrer qu’il demeure toujours vrai que le peuple est vain, quoique ses opinions soient saines, parce qu’il n’en sent pas la vérité où elle est et que, la mettant où elle n’est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très mal saines.

Raisons des effets 19 (Laf. 101, Sel. 134). Le peuple a les opinions très saines.

 

Mots-clés : MondePeupleIllusionOpinionsVéritéPointGrandsNaissanceAvantageHonneur.