Fragment Raisons des effets n° 9 / 21 - Papier original :  RO 231-2

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Raisons des effets n° 120 p. 33 v° / C2 : p. 50-51

Éditions de Port-Royal : Chap. XXIX - Pensées Morales : 1669 et janv. 1670 p. 275 / 1678 n° 2 p. 267-268

Éditions savantes : Faugère I, 218, CXXXVII / Havet V.2 / Michaut 495 / Brunschvicg 337 / Tourneur p. 190-3 / Le Guern 83 / Lafuma 90 / Sellier 124

 

 

 

Raison des effets.

 

Gradation. Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi‑habiles les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière. Les dévots, qui ont plus de zèle que de science, les méprisent, malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles, parce qu’ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure.

Ainsi se vont les opinions succédant du pour au contre, selon qu’on a de lumière.

 

 

 

Pascal présente dans ce fragment une typologie des mentalités qui développe et précise celle du fragment Raisons des effets 3 (Laf. 83, Sel. 117), sur le problème particulier de l’estime et du respect que l’on doit aux grands et aux princes. Les manières de penser s’y succèdent sous la forme d’une gradation, dans laquelle les opinions se succèdent, les degrés pairs et impairs s’opposant comme des contraires, mais les rangs pairs coïncidant les uns avec les autres, de même que les rangs impairs.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

Vanité 2 (Laf. 14, Sel. 48). Les vrais chrétiens obéissent aux folies néanmoins, non pas qu’ils respectent les folies, mais l’ordre de Dieu qui pour la punition des hommes les a asservis à ces folies. Omnis creatura subjecta est vanitati, liberabitur. Ainsi saint Thomas explique le lieu de saint Jacques pour la préférence des riches, que s’ils ne le font dans la vue de Dieu ils sortent de l’ordre de la religion.

Vanité 31 (Laf. 44-45, Sel. 78). Il faudrait avoir une raison bien épurée pour regarder comme un autre homme le grand seigneur environné, dans son superbe sérail, de quarante mille janissaires.

Misère 9 (Laf. 60, Sel. 94). L’art de fronder, bouleverser les états est d’ébranler les coutumes établies en sondant jusque dans leur source pour marquer leur défaut d’autorité et de justice. Il faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l’état qu’une coutume injuste a abolies.

Raisons des effets 3 (Laf. 83, Sel. 117). Le monde juge bien des choses, car il est dans l’ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l’homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis. Mais c’est une ignorance savante, qui se connaît. Ceux d’entre‑deux, qui sont sortis de l’ignorance naturelle et n’ont pu arriver à l’autre, ont quelque teinture de cette science suffisante et font les entendus. Ceux‑là troublent le monde et jugent mal de tout. Le peuple et les habiles composent le train du monde, ceux‑là le méprisent et sont méprisés. Ils jugent mal de toutes choses, et le monde en juge bien.

Raisons des effets 10 (Laf. 91, Sel. 125). Raison des effets. Il faut avoir une pensée de derrière, et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple.

Raisons des effets 12 (Laf. 93, Sel. 127). Raison des effets.

Renversement continuel du pour au contre.

Nous avons donc montré que l’homme est vain par l’estime qu’il fait des choses qui ne sont point essentielles. Et toutes ces opinions sont détruites.

Nous avons montré ensuite que toutes ces opinions sont très saines, et qu’ainsi toutes ces vanités étant très bien fondées, le peuple n’est pas si vain qu’on dit. Et ainsi nous avons détruit l’opinion qui détruisait celle du peuple.

Mais il faut détruire maintenant cette dernière proposition et montrer qu’il demeure toujours vrai que le peuple est vain, quoique ses opinions soient saines, parce qu’il n’en sent pas la vérité où elle est et que la mettant où elle n’est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très malsaines.

Pensées diverses (Laf. 598, Sel. 495). 4 sortes de personnes, zèle sans science, science sans zèle, ni science ni zèle, et zèle et science.

Les trois premiers le condamnent, les derniers l’absolvent et sont excommuniés de l’Église, et sauvent néanmoins l’Église.

Zèle, lumière.

Pensées diverses (Laf. 797, Sel. 650). Roi, et tyran. J’aurai aussi mes pensées de derrière la tête.

 

Mots-clés : OpinionGradationPeupleDemi-habileHabileDévotParfait chrétienZèleScienceNaissanceGrandsMéprisRespectLumière.