Fragment Vanité n° 3 / 38 – Papier original : RO 83-2

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Vanité n° 17 p. 5 / C2 : p. 17

Éditions savantes : Faugère I, 235, CLXXXIV / Havet I.4 bis / Brunschvicg 410 / Tourneur p. 168-8 / Le Guern 13 / Maeda I p. 79 / Lafuma 15 / Sellier 49

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Bibliographie

 

CICÉRON, Tusculanes, V, 40.

CROQUETTE Bernard, Pascal et Montaigne, p. 3.

MONTAIGNE, , Essais, I, XIX, Que philosopher, c’est apprendre à mourir, éd. Balsamo et alii, p. 89.

PLUTARQUE, Vie de Paul Émile, LVI, tr. Amyot, éd. G. Walter, Pléiade, I, p. 606-607.

TITE-LIVE, Histoire romaine, XXXIX-XLV.

 

Éclaircissements

 

Persée roi de Macédoine, Paul Émile.

On reprochait à Persée de ce qu’il ne se tuait pas.

 

Voir Grandeur 13 (Laf. 117, Sel. 149), qui se rapporte à la même anecdote, mais où la situation de Persée est mise en relief par celle de Paul Émile, ce qui suppose un degré supérieur d’élaboration dans la pensée. Car qui se trouve malheureux de n’être pas roi sinon un roi dépossédé. Trouvait-on Paul Émile malheureux de n’être pas consul ? au contraire tout le monde trouvait qu’il était heureux de l’avoir été, parce que sa condition n’était pas de l’être toujours. Mais on trouvait Persée si malheureux de n’être plus roi, parce que sa condition était de l’être toujours qu’on trouvait étrange de ce qu’il supportait la vie. Dans ce fragment, Pascal écrit de Paul Émile que tout le monde trouvait qu’il était heureux de l’avoir été [sc. consul], parce que sa condition n’était pas de l’être toujours, en raison du fait institutionnel que la charge de consul est annuelle. En revanche, le titre de roi que la défaite de Pydna ôtait à Persée se porte, au moins dans le principe, pour toute la vie.

La situation évoquée est celle du roi dépossédé, qui répond aussi à la logique de la liasse Grandeur.

On : le mot on se retrouve dans Grandeur 13 ; dans ce dernier fragment, on s’oppose à nous, qui désigne manifestement les chrétiens qui connaissent la corruption de la nature humaine. On désigne l’opinion publique, à laquelle la réponse de Paul Émile à la requête de Persée apporte une expression cinglante.

 

Paul Émile et Persée

Sur Persée et son vainqueur Paul Émile (Lucius Æmilius Paulus), voir les notices de G. Walter dans Historiens romains, César, Pléiade, p. 842-843 et 597.

Lucius Æmilius Paulus (Paul Émile, ou Paul-Émile) né en 227, consul en 183, fut envoyé faire la guerre en Espagne, et dirigea la guerre de Macédoine à 60 ans. Il redressa une situation mal engagée, et remporta sur le roi Persée une éclatante victoire à Pydna (22 juin 168). Il ravagea ensuite l’Épire, et suivant Polybe versa au trésor public 6 000 talents confisqués aux Grecs, somme qui suffit pour dispenser les Romains d’impôts pendant plus d’un siècle.

Persée fut roi de Macédoine de 181 à 168 avant Jésus-Christ. Il entreprit de libérer la Grèce du joug romain, tenant les généraux ennemis en échec jusqu’en168, date à laquelle Paul Émile prit les opérations en main et infligea aux Macédoniens la cuisante défaite de Pydna. Persée, abandonné de son entourage, se livra aux Romains avec ses enfants ; il figura au triomphe de Paul Émile. D’après Plutarque, Vie de Paul Émile, XXXIII, Persée demanda à Paul Émile de ne pas être traîné dans le cortège ; le général lui répondit que cela était auparavant en son pouvoir, et l’était encore, s’il le voulait. Persée n’échappa pas au triomphe : d’après Plutarque, « il marchait en arrière de ses enfants et de leur suite, portant des vêtements de deuil et chaussé à la mode de son pays. Il paraissait hébété et semblable à quelqu’un qui aurait perdu la tête ». On le fit enfermer dans un cachot, où il vécut deux ans et mourut, de faim ou abattu par des soldats commis à sa garde.

L’histoire de Persée est rapportée dans Tite-Live, Histoire romaine, XXXIX-XLV.

Cicéron, Tusculanes, V, 40, d’après GEF XIII, p. 310. « Mais accumulons sur un seul homme tous ces accidents ; supposons-le atteint dans sa vue et dans son ouïe et accablé des douleurs les plus vives. [...] Le port est là, tout près, puisque la mort est un asile éternel où tout sentiment disparaît. [...] Paul Émile dit à Persée qui le suppliait de ne pas être mené à son triomphe : La chose est en ton pouvoir. »

D’après Plutarque, Vie de Paul Émile, LVI, tr. Amyot, éd. G. Walter, Pléiade, I, p. 606-607 : « L’on dit bien que Persée envoya devers Émile le requérir et supplier qu’il ne fût point ainsi mené par la ville, en la montre du triomphe ; mais Émile, se moquant, comme il méritait, de sa lâcheté et faiblesse de cœur, répondit : Cela auparavant était, et encore est en sa puissance, s’il veut, lui donnant assez à entendre qu’il devait plutôt choisir la mort, que de souffrir, lui vivant, une telle ignominie ».

Montaigne, Essais, I, XIX, Que philosopher, c’est apprendre à mourir, éd. Balsamo et alii, p. 89. « La préméditation de la mort, est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir, il a désappris à servir. Il n’y a rien de mal en la vie, pour celui qui a bien compris que la privation de la vie n’est pas mal. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et contrainte. Paulus Æmilius répondit à celui que ce misérable roi de Macédoine son prisonnier lui envoyait, pour le prier de ne le mener pas en son triomphe, Qu’il en fasse la requête à soi-même. » Montaigne ne donne pas le nom de Persée. Voir Croquette Bernard, Pascal et Montaigne, p. 3.