Preuves par les Juifs V  – Papier original : RO 214-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 52 p. 249 / C2 : p. 465

Éditions savantes : Faugère II, 196, XIX et 322, XIX  / Michaut 455 et 456 / Brunschvicg 618 et 572 / Tourneur p. 324-1 / Le Guern 425 / Lafuma 456 et 457 (série X) / Sellier 696

 

 

 

Ceci est effectif :

Pendant que tous les philosophes se séparent en différentes sectes, il se trouve en un coin du monde des gens qui sont les plus anciens du monde, déclarant que tout le monde est dans l’erreur, que Dieu leur a révélé la vérité, qu’elle sera toujours sur la terre. En effet toutes les autres sectes cessent, celle‑là dure toujours, et depuis quatre mille ans ils déclarent qu’ils tiennent de leurs ancêtres que l’homme est déchu de la communication avec Dieu dans un entier éloignement de Dieu. Mais qu’il a promis de les racheter, que cette doctrine serait toujours sur la terre, que leur loi a double sens.

Que durant mille six cents ans ils ont eu des gens qu’ils ont crus prophètes qui ont prédit le temps et la manière.

Que quatre cents ans après ils ont été épars partout, parce que Jésus-Christ devait être annoncé partout.

Que Jésus-Christ est venu en la manière et au temps prédit.

Que depuis les Juifs sont épars partout en malédiction et subsistant néanmoins.

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Hypothèse des apôtres fourbes.

Le temps clairement.

La manière obscurément.

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Cinq preuves de figuratifs.

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2 000

{

1 600   — Prophètes.

   400   — Épars.

 

 

Ce fragment présente un sommaire des principaux points que Pascal veut développer sur le destin du peuple juif dans l’histoire universelle. La mission prophétique d’Israël ordonne la chronologie de son histoire, des origines au mouvement prophétique et à l’avènement du Messie et à la dispersion à l’époque de Pascal.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Ordre 1 (Laf. 1, Sel. 37). La qualité de témoins fait qu'il faut qu'ils soient toujours, et partout, et misérables.

Ordre 6 (Laf. 8, Sel. 42). Ordre.

Voir ce qu’il y a de clair dans tout l’état des Juifs et d’incontestable.

Fondement 1 (Laf. 223, Sel. 256). Il faut mettre au chap. des fondements ce qui est en celui des figuratifs touchant la cause des figures. Pourquoi Jésus-Christ prophétisé en son premier avènement ? pourquoi prophétisé obscurément en la manière.

Loi figurative 11 (Laf. 255, Sel. 287). Les prophéties qui ont prédit le temps sont claires, celles qui ont prédit la qualité du Messie sont obscures. (barré verticalement)

Dieu, pour rendre le Messie connaissable aux bons et méconnaissable aux méchants, l’a fait prédire en cette sorte. Si la manière du Messie eût été prédite clairement, il n’y eût point eu d’obscurité, même pour les méchants.

Si le temps eût été prédit obscurément, il y eût eu obscurité même pour les bons, car la bonté de leur cœur ne leur eût pas fait entendre que par exemple ם signifie 600 ans. Mais le temps a été prédit clairement et la manière en figures.

Par ce moyen les méchants, prenant les biens promis pour matériels, s’égarent malgré le temps prédit clairement, et les bons ne s’égarent pas.

Car l’intelligence des biens promis dépend du cœur qui appelle bien ce qu’il aime, mais l’intelligence du temps promis ne dépend point du cœur. Et ainsi la prédiction claire du temps et obscure des biens ne déçoit que les seuls méchants.

Loi figurative 25 (Laf. 270, Sel. 301). Dieu n’ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple qui en était indigne et ayant voulu néanmoins les produire afin qu’elles fussent crues, il en a prédit le temps clairement et les a quelquefois exprimées clairement mais abondamment en figures afin que ceux qui aimaient les choses figurantes s’y arrêtassent et que ceux qui aimaient les figurées les y vissent.

Loi figurative 29 (Laf. 274, Sel. 305). Preuve des deux testaments à la fois.

[...] Que l’Écriture a deux sens que Jésus-Christ et les apôtres ont donnés dont voici les preuves.

1. Preuve par l’Écriture même.

2. Preuves par les rabbins. Moïse Maymon dit qu’elle a deux faces prou[vées] et que les prophètes n’ont prophétisé que de Jésus-Christ.

3. Preuves par la Cabale.

4. Preuves par l’interprétation mystique que les rabbins mêmes donnent à l’Écriture.

5. Preuves par les principes des rabbins qu’il y a deux sens.

Qu’il y a deux avènements du Messie, glorieux ou abject selon leur mérite.

Que les prophètes n’ont prophétisé que du Messie. La loi n’est pas éternelle, mais doit changer au Messie.

Qu’alors on ne se souviendra plus de la mer Rouge.

Que les juifs et les gentils seront mêlés.

Ce fragment comporte une partie barrée : 6. Preuves par la clef que Jésus-Christ et les apôtres nous en donnent.

Perpétuité 3 (Laf. 281, Sel. 313). Cette religion qui consiste à croire que l’homme est déchu d’un état de gloire et de communication avec Dieu en un état de tristesse, de pénitence et d’éloignement de Dieu, mais qu’après cette vie on serait rétabli par un Messie qui devait venir, a toujours été sur la terre. Toutes choses ont passé et celle-là a subsisté pour laquelle sont toutes choses.

Les hommes dans le premier âge du monde ont été emportés dans toutes sortes de désordres, et il y avait cependant des saints comme Énoch, Lamech et d’autres qui attendaient en patience le Christ promis dès le commencement du monde. Noé a vu la malice des hommes au plus haut degré et il a mérité de sauver le monde en sa personne par l’espérance du Messie, dont il a été la figure. Abraham était environné d’idolâtries quand Dieu lui a fait connaître le mystère du Messie qu’il a salué de loin. Au temps d’Isaac et de Jacob, l’abomination était répandue sur toute la terre, mais ces saints vivaient en leur foi, et Jacob mourant et bénissant ses enfants s’écrie par un transport qui lui fait interrompre son discours : J’attends, ô mon Dieu, le sauveur que vous avez promis, salutare tuum expectabo domine.

Les Égyptiens étaient infectés et d’idolâtrie et de magie, le peuple de Dieu même était entraîné par leur exemple. Mais cependant Moïse et d’autres voyaient celui qu’ils ne voyaient pas, et l’adoraient en regardant aux dons éternels qu’il leur préparait.

Les Grecs et les Latins ensuite ont fait régner les fausses déités, les poètes ont fait cent diverses théologies, les philosophes se sont séparés en mille sectes différentes. Et cependant, il y avait toujours au cœur de la Judée des hommes choisis qui prédisaient la venue de ce Messie qui n’était connu que d’eux. Il est venu enfin en la consommation des temps, et depuis on a vu naître tant de schismes et d’hérésies, tant renverser d’États, tant de changements en toutes choses, et cette Église qui adore celui qui a toujours été adoré a subsisté sans interruption, et ce qui est admirable, incomparable et tout à fait divin, c’est que cette religion qui a toujours duré a toujours été combattue. Mille fois elle a été à la veille d’une destruction universelle, et toutes les fois qu’elle a été en cet état Dieu l’a relevée par des coups extraordinaires de sa puissance. Et ce qui est étonnant est qu’elle s’est maintenue sans fléchir et plier sous la volonté des tyrans, car il n’est pas étrange qu’un État subsiste lorsque l’on fait quelquefois céder ses lois à la nécessité. Mais que...

Preuves de Jésus-Christ 13 (Laf. 310, Sel. 341). Preuv. de Jésus‑Christ.

L’hypothèse des apôtres fourbes est bien absurde. Qu’on la suive tout au long, qu’on s’imagine ces douze hommes assemblés après la mort de Jésus‑Christ faisant le complot de dire qu’il est ressuscité ! Ils attaquent par là toutes les puissances. Le cœur des hommes est étrangement penchant à la légèreté, au changement, aux promesses, aux biens. Si peu que l’un de ceux‑là se fût démenti par tous ces attraits, et qui plus est par les prisons, par les tortures et par la mort, ils étaient perdus. Qu’on suive cela.

Preuves de Jésus-Christ 14 (Laf. 311, Sel. 342). C’est une chose étonnante et digne d’une étrange attention de voir ce peuple juif subsister depuis tant d’années et de le voir toujours misérable, étant nécessaire pour la preuve de Jésus-Christ, et qu’il subsiste pour le prouver et qu’il soit misérable puisqu’ils l’ont crucifié. Et quoiqu’il soit contraire d’être misérable et de subsister, il subsiste néanmoins toujours malgré sa misère.

Prophéties 15 (Laf. 335, Sel. 368). La plus grande des preuves de Jésus-Christ sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu, car l'événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l'Église jusques à la fin. Aussi Dieu a suscité des prophètes durant mille six cents ans et pendant quatre cents ans après il a dispersé toutes ces prophéties avec tous les juifs qui les portaient dans tous les lieux du monde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance de Jésus-Christ dont l'Évangile devant être cru de tout le monde, il a fallu non seulement qu'il y ait eu des prophéties pour le faire croire mais que ces prophéties fussent par tout le monde pour le faire embrasser par tout le monde.

Preuves par discours III (Laf. 436, Sel. 688). Antiquité des Juifs.

Preuves par les Juifs IV (Laf. 454, Sel. 694). Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, où voici ce que je trouve d’effectif.

Je ne parle point ici des miracles de Moïse, de Jésus-Christ et des apôtres, parce qu’ils ne paraissent pas d’abord convaincants et que je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.

Il est certain que nous voyons en plusieurs endroits du monde, un peuple particulier séparé de tous les autres peuples du monde qui s’appelle le peuple juif.

Pensées diverses (Laf. 793, Sel. 646). Dès là cette religion m’est aimable et je la trouve déjà assez autorisée par une si divine morale, mais j’y trouve de plus :

Je trouve d’effectif que depuis que la mémoire des hommes dure, voici un peuple qui subsiste plus ancien que tout autre peuple. Il est annoncé constamment aux hommes qu’ils sont dans une corruption universelle, mais qu’il viendra un Réparateur. Que ce n’est pas un homme qui le dit, mais une infinité d’hommes, et un peuple entier, prophétisant et fait exprès durant quatre mille ans ; leurs livres dispersés durant quatre cents ans. Enfin eux sans idoles ni roi. Un peuple entier le prédit avant sa venue, un peuple entier l’adore après sa venue.

 

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