Preuves par les Juifs VI  – Fragment n° 12 / 15 – Le papier original est perdu

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 63 p. 257 / C2 : p. 473

Éditions savantes : Faugère II, 86, XVII / Havet XXIV.10 bis, XXV.32 ter / Brunschvicg 406, 137, 74 bis / Le Guern 442 à 444 / Lafuma 477 à 479 (série XI) / Sellier 712 à 714

 

 

 

L’orgueil contrepèse et emporte toutes les misères. Voilà un étrange monstre et un égarement bien visible. Le voilà tombé de sa place, il la cherche avec inquiétude : c’est ce que tous les hommes font. Voyons qui l’aura trouvée.

 

Sans examiner toutes les occupations particulières, il suffit de les comprendre sous le divertissement.

 

Pour les philosophes, deux cent quatre‑vingts souverains biens.

 

 

Ces notes esquissent différentes sections d’argumentation relatives à la misère de l’homme, au divertissement et aux égarements des philosophes.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Misère 20 (Laf. 71, Sel. 105). Contradiction.

Orgueil, contrepesant toutes les misères. Ou il cache ses misères, ou s’il les découvre, il se glorifie de les connaître.

Divertissement 4 (Laf. 136, Sel. 168). Divertissement.

Souverain bien 2 (Laf. 148, Sel. 181). Qu’est‑ce donc que nous crie cette avidité et cette impuissance, sinon qu’il y a eu autrefois dans l’homme un véritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide, et qu’il essaie inutilement de remplir de tout ce qui l’environne, recherchant des choses absentes le secours qu’il n’obtient pas des présentes, mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable, c’est‑à‑dire que par Dieu même.

Lui seul est son véritable bien. Et depuis qu’il l’a quitté, c’est une chose étrange qu’il n’y a rien dans la nature qui n’ait été capable de lui en tenir la place : astres, ciel, terre, éléments, plantes, choux, poireaux, animaux, insectes, veaux, serpents, fièvre, peste, guerre, famine, vices, adultère, inceste. Et depuis qu’il a perdu le vrai bien, tout également peut lui paraître tel, jusqu’à sa destruction propre, quoique si contraire à Dieu, à la raison et à la nature tout ensemble.

Les uns le cherchent dans l’autorité, les autres dans les curiosités et dans les sciences, les autres dans les voluptés.

A P. R. 1 (Laf. 149, Sel. 182). Les grandeurs et les misères de l’homme sont tellement visibles qu’il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu’il y a quelque grand principe de grandeur en l’homme et qu’il y a un grand principe de misère.

Il faut encore qu’elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés.

Il faut que pour rendre l’homme heureux elle lui montre qu’il y a un Dieu, qu’on est obligé de l’aimer, que notre vraie félicité est d’être en lui, et notre unique mal d’être séparé de lui, qu’elle reconnaisse que nous sommes pleins de ténèbres qui nous empêchent de le connaître et de l’aimer, et qu’ainsi nos devoirs nous obligeant d’aimer Dieu et nos concupiscences nous en détournant nous sommes pleins d’injustice. Il faut qu’elle nous rende raison de ces oppositions que nous avons à Dieu et à notre propre bien. Il faut qu’elle nous enseigne les remèdes à ces impuissances et les moyens d’obtenir ces remèdes. Qu’on examine sur cela toutes les religions du monde et qu’on voie s’il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse.

Sera-ce les philosophes qui nous proposent pour tout bien les biens qui sont en nous ? Est-ce là le vrai bien ? Ont-ils trouvé le remède à nos maux ? est-ce avoir guéri la présomption de l’homme que de l’avoir mis à l’égal de Dieu ? Ceux qui nous ont égalé aux bêtes et les mahométans qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien, même dans l’éternité, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences ?

Quelle religion nous enseignera donc à guérir l’orgueil, et la concupiscence ? Quelle religion enfin nous enseignera notre bien, nos devoirs, les faiblesses qui nous en détournent, la cause de ces faiblesses, les remèdes qui les peuvent guérir, et le moyen d’obtenir ces remèdes. Toutes les autres religions ne l’ont pu. Voyons ce que fera la sagesse de Dieu.

Morale chrétienne 1 (Laf. 351, Sel. 383). Le christianisme est étrange ; il ordonne à l’homme de reconnaître qu’il est vil et même abominable, et lui ordonne de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel contrepoids cette élévation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait horriblement abject.

Dossier de travail (Laf. 408, Sel. 27). Une lettrede la folie de la science humaine et de la philosophie. [...] 280 sortes de souverain bien dans Montaigne.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). Cette négligence en une affaire où il s’agit d’eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m’irrite plus qu’elle ne m’attendrit ; elle m’étonne et m’épouvante : c’est un monstre pour moi.

Preuves par discours II (Laf. 428, Sel. 682). Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse, et dont il faut faire sentir l’extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en la leur représentant à eux-mêmes, pour les confondre par la vue de leur folie.

Pensées diverses (Laf. 625, Sel. 518)L’injustice.

Que la présomption soit jointe à la misère, c’est une extrême injustice.

Pensées diverses (Laf. 626, Sel. 519). Recherche du vrai bien.

Le commun des hommes met le bien dans la fortune et dans les biens du dehors ou au moins dans le divertissement. Les philosophes ont montré la vanité de tout cela et l’ont mis où ils ont pu

Pensées diverses (Laf. 674, Sel. 553). Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre force, mais par le contrepoids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout entre deux vents contraires. Ôtez un de ces vices nous tombons dans l’autre.

Pensées diverses (Laf. 748, Sel. 621), pour comparer la crainte du chrétien et celle de l’incrédule. Objection. Ceux qui espèrent leur salut sont heureux en cela, mais ils ont pour contrepoids la crainte de l’enfer.

Réponse. Qui a plus de sujet de craindre l’enfer, ou celui qui est dans l’ignorance s’il y a un enfer, et dans la certitude de la damnation s’il y en a ; ou celui qui est dans une certaine persuasion qu’il y a un enfer, et dans l’espérance d’être sauvé s’il est.

 

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