Prophéties II   – Papier original : RO 329 r° / v° et 333-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 68 p. 267-267 v°  / C2 : p. 485-485 v°

Éditions savantes : Faugère II, 296, XXVIII / Havet XXV.169 / Michaut 586 / Brunschvicg 711 / Tourneur p. 326 / Le Guern 449 / Lafuma 484 (série XIII) / Sellier 719

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Bibliographie

 

 

CHÉDOZEAU Bernard, L’univers biblique catholique au siècle de Louis XIV. La Bible de Port-Royal, I, Les Préfaces de l’Ancien Testament, Paris, Champion, 2013

Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme, Paris, Cerf, 1993.

GOYET Thérèse, “La méthode prophétique selon Pascal”, in Méthodes chez Pascal, Paris, P.U.F., 1979, p. 63-74.

MESNARD Jean, Les Pensées de Pascal, 2e éd., Paris, SEDES-CDU, 1993.

Pascal, Pensées, opuscules et lettres, éd. P. Sellier, Paris, Garnier, 2011.

SELLIER Philippe, Pascal et saint Augustin, Paris, Colin, 1970.

 

 

Éclaircissements

 

Prédictions des choses particulières.

 

On peut penser que Pascal entend par ce titre la même chose que dans la liasse Figures particulières.

Les figures particulières sont des figures qui, contrairement aux grandes prophéties messianiques de l’Ancien Testament, n’ont pas pour objet direct d’annoncer l’arrivée du Messie en Jésus-Christ.

Mesnard Jean, Les Pensées de Pascal, 2e éd., Paris, SEDES-CDU, 1993, p. 276 sq. Voir le fragment Laf. 819, Sel. 660, qui développe et explique l’idée de prophéties particulières : elles sont internes à l’Ancien Testament, sans cesser pour autant de se trouver en correspondance avec le Nouveau : Les prophéties mêlées des choses particulières et de celles du Messie afin que les prophéties du Messie ne fussent pas sans preuve et que les prophéties particulières ne fussent pas sans fruit.

Pascal, Pensées, opuscules et lettres, éd. P. Sellier, Paris, Garnier, 2011, p. 65 sq. Le miracle subsistant des prophéties. Il existe une sorte de relais des prophéties : inconnus, sans crédit, les prophètes ont imposé leur autorité divine grâce aux prophéties ou aux figures particulières : ils ont annoncé tel événement de détail qui s’est réalisé ; ainsi était accréditée leur révélation essentielle, l’annonce des temps messianiques. Les Juifs du temps du Christ auraient donc pu reconnaître en lui le Messie attendu, si leur cœur avait été pur et attentif.

Gouhier Henri, Blaise Pascal. Commentaires, 2e éd., p. 216-217. L’accomplissement des prophéties particulières, comme celles que Jacob mourant annonçant l’avenir de ses enfants, sert par des vérifications visibles à l’œil nu de promesses très concrètes, de preuve à l’authenticité des prophéties à double sens dont elles sont voisines. Il s’agit d’isoler les prédictions dont la lettre s’est trouvée vérifiée et auxquelles on ne saurait vraiment attribuer une signification spirituelle. Mais toute prophétie est pour Pascal messianique.

Cette conception des figures particulières semble avoir été une idée de Pascal qui a frappé ses amis de Port-Royal.

OC I, éd. J. Mesnard, p. 895, § 28, extrait du Recueil de choses diverses, f° 344 v° ; Lesaulnier Jean, Port-Royal insolite. Édition critique du Recueil de choses diverses, Klincksieck, Paris, 1992. « M. Pascal remarque une chose : que les prophètes ont prédit de certaines choses qui sont arrivées afin d’autoriser celles qu’ils diraient du Messie. Ainsi il ne faut pas peut-être rapporter tout à Jésus-Christ, comme font quelques-uns ».

Pascal a expliqué la nature spécifique de ces prophéties dans le fragment Perpétuité 4 (Laf. 282, Sel. 314). Perpétuité. Le Messie a toujours été cru. La tradition d’Adam était encore nouvelle en Noé et en Moïse. Les prophètes l’ont prédit depuis en prédisant toujours d’autres choses dont les événements qui arrivaient de temps en temps à la vue des hommes marquaient la vérité de leur mission et par conséquent celle de leurs promesses touchant le Messie. J.-C. a fait des miracles et les apôtres aussi qui ont converti tous les païens et par là toutes les prophéties étant accomplies le Messie est prouvé pour jamais.

Voir aussi Havet, éd. Pensées, II, Delagrave, 1866, p. 29, donne les prophètes mêlés de choses particulières... Commentaire : pour Pascal, tout ce qui ne conduit pas au Christ et à la grâce est sans fruit. Mais ces prophéties particulières ne sont plus sans fruit du moment qu’elles donnent crédit à celles qui annoncent le Messie.

L’idée a été reprise par J.-J. Duguet au XVIIIe siècle. Voir Duguet Jacques-Joseph, Règles pour l’intelligence des saintes Écritures, Paris, Jacques Estienne, 1716, p. 26-28.

« Il y a même des prophéties d’événements temporels, qui ne paraissent point susceptibles d’un sens spirituel, mais qui servent de preuve à l’accomplissement des prophéties qui regardent Jésus-Christ. [...] Il y en a qui prédisent Jésus-Christ, les unes plus clairement, et les autres avec plus d’obscurité. Il y en a d’autres qui ne servent que de soutien aux premières. Elles sont mêlées à dessein avec celles-ci, pour les autoriser et pour leur servir de preuves. Elles ne promettent pas Jésus-Christ : mais elles sont caution de la vérité de celles qui le promettent.

Isaïe pour être cru dans tout ce qu’il dit du Sauveur, prédit beaucoup de choses qui doivent arriver dans peu d’années. Il prépare ainsi à la foi des mystères éloignés, par l’accomplissement des prédictions plus prochaines ; et il ne marque en détail ce que Dieu lui révèle sur les Moabites, les Iduméens, les Égyptiens et les autres peuples, que pour convaincre les incrédules, que ce que Dieu lui découvre dans un avenir plus reculé, n’est pas moins certain ; et pour affermir l’espérance de ceux qui attendent la rédemption d’Israël. Il n’est donc pas nécessaire de chercher Jésus-Christ dans toutes les prophéties où l’on ne peut le découvrir : mais il est très important de ne les pas séparer de celles où il est prédit, parce qu’elles ne sont employées que pour les soutenir ; et que sans Jésus-Christ, elles n’auraient eu aucune place dans l’Écriture, qui ne regarde que lui. »

Goyet Thérèse, “La méthode prophétique selon Pascal”, in Méthodes chez Pascal, p. 63-74.

 

Ils étaient étrangers en Égypte, sans aucune possession en propre, ni en ce pays‑là, ni ailleurs,

Il n’y avait pas la moindre apparence ni de la royauté qui y a été si longtemps après, ni de ce Conseil souverain des soixante-dix juges, qu’ils appelaient le synedrin, qui ayant été institué par Moïse a duré jusqu’au temps de Jésus‑Christ. Toutes ces choses étaient aussi éloignées de leur état présent qu’elles le pouvaient être. (texte barré verticalement)

 

Ils : le peuple juif.

Il n’y avait pas la moindre apparence : il n’était pas possible de prévoir avec quelque vraisemblance…

Synedrin : voir Pensées, éd. Sellier, p. 399, n. 2. Synedrin est la graphie de Grotius pour Sanhedrin dans le De veritate religionis christianae. Mais ce n’est pas le cas dans la traduction française. Le mot Sanhédrin désigne des cours de justice qui se sont tenues à partir de la dernière période du second Temple. Voir sur ce point l’article Sanhédrin du Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, p. 1023-1025. Le Talmud en fait remonter l’institution aux soixante-dix sages choisi par Moïse (Nombre, XI, 24). Il semble qu’à l’origine le Sanhédrin ait été composé de prêtres et présidé par le grand prêtre ; les prêtres aristocrates auraient été peu à peu remplacés par des pharisiens. Ses pouvoirs administratifs et politiques étaient assez étendus ; ils s’étendaient notamment au droit de prendre des mesures coercitives à l’encontre de ceux qui se livraient à des activités de propagande sectaire : p. 1024. Jésus-Christ a comparu devant le Sanhédrin : voir Matthieu, XXVI, 57 sq. ; Marc, XIV, 53 sq. ; Luc, XXII, 66 sq. ; Jean, XVIII, 19 sq.

La royauté et le Sanhédrin sont les institutions qui ont assuré l’indépendance politique et juridique du peuple juif (voir plus bas les termes gouverneur et législateur), par opposition à la période de la servitude en Égypte, puis aux dominations assyrienne et romaine.

 

lorsque Jacob, mourant et bénissant ses douze enfants, leur déclare qu’ils seront possesseurs d’une grande terre, et prédit particulièrement à la famille de Juda que les rois qui les gouverneraient un jour seraient de sa race et que tous ses frères seraient ses sujets,

que même le Messie qui devait être l’attente des nations naîtrait de lui, et que la royauté ne serait point ôtée de Juda, ni le gouverneur et le législateur de ses descendants, jusqu’à ce que ce Messie attendu arrivât dans sa famille. (texte barré verticalement)

 

Sur cette prophétie, voir les explications du fragment Prophéties I (Laf. 483, Sel. 718). Ce sont, comme l’indique la Bible de Port-Royal, les dernières paroles prophétiques de Jacob, qui, avant de mourir, prédit à chacun de ses enfants ce qui doit lui arriver. Que la royauté ne serait point ôtée de Juda, ni le gouverneur et le législateur de ses descendants, jusqu’à ce que ce Messie attendu arrivât dans sa famille : sur la prophétie de Jacob et le sceptre ôté de la cuisse, voir Prophéties I. Commentaire de Sacy sur la prophétie de Jacob : « Cette prophétie, selon le consentement des plus savants Interprètes, enferme certainement le terme de la venue du Messie, comme la plupart des Hébreux le reconnaissent, aussi bien que la Paraphrase Chaldaïque. »

Preuves de Jésus-Christ 19 (Laf. 317, Sel. 348). J.-C. prédit quant au temps et à l’état du monde. Le duc ôté de la cuisse, et la 4e monarchie. Duc signifie par figure le sceptre royal.

Genèse, XLIX, 8-10. « Juda, te laudabunt fratres tui : manus tua in cervicibus inimicorum tuorum, adorabunt te filii patris tui. 9. Catulus leonis Juda : ad praedam, fili mi, ascendisti : requiescens accubuisti ut leo, et quasi leaena, quis suscitabit eum ? Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est : et ipse erit expectatio gentium ». Traduction de la Bible de Port-Royal : « Juda, vos frères vous loueront, votre main mettra sous le joug vos ennemis ; les enfants de votre père vous adoreront. 9. Juda est un jeune lion. Vous vous êtes levé, mon fils, pour ravir la proie. En vous reposant vous vous êtes couché comme un lion et une lionne : qui osera le réveiller ? 10. Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que celui qui doit être envoyé soit venu ; et c’est lui qui sera l’attente des nations. »

Lhermet Joseph, Pascal et la Bible, p. 242. Passage traduit d’après la Bible de Louvain, qui donne « Juda, Faon de lion, tu es monté à la proie, mon fils…, as geü comme le lion et comme la lionnesse. Qui l’éveillera ? ». Pascal en conserve les archaïsmes. Lhermet transcrit le texte de Pascal comme suit : « Juda, faon de lion, vous êtes monté à la proie, ô mon fils, et vous êtes couché comme un lion et comme une lionnesse : qui l’éveillera ? ». Cependant, la suite du texte ne peut pas être prise de la Bible de Louvain, qui donne : « Le sceptre ne sera ôté de Juda, ne le duc de sa cuisse, jusques à ce que celui qui doit être envoyé, vienne ; et il sera l’attente des Gentils ». Le nom de Silo n’apparaît pas.

De même, la Vulgate donne « Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, et ipse erit expectatio gentium ». Pensées, éd. Havet, II, p. 13, tr de la Vulgate : « Le sceptre ne sera pas ôté de Juda, ni le chef ne sera pas pris hors de sa race, jusqu’à ce que vienne celui qui doit être envoyé et qui doit être l’attente des nations ».

Sur le mot Silo, ou Schiloh, qui apparaît dans les textes anciens et que l’on interprète ordinairement comme le Messie, voir les explications fournies dans le fragment précédent.

 

Ce même Jacob, disposant de cette terre future comme s’il en eût été maître, en donne une portion à Joseph plus qu’aux autres. Je vous donne, dit‑il, une part plus qu’à vos frères. Et bénissant ses deux enfants Éphraïm et Manassé que Joseph lui avait présentés, l’aîné Manassé à sa droite et le jeune Éphraïm à sa gauche, il met ses bras en croix et, posant la main droite sur la tête d’Éphraïm et la gauche sur Manassé, il les bénit en sorte. Et sur ce que Joseph lui représente qu’il préfère le jeune, il lui répond avec une fermeté admirable, « je le sais bien mon fils, je le sais bien, mais Éphraïm croîtra tout autrement que Manassé », ce qui a été en effet si véritable dans la suite, qu’étant seul presque aussi abondant que dix lignées entières qui composaient tout un royaume, elles ont été ordinairement appelées du seul nom d’Éphraïm.

 

Voir Figures particulières 2 (Laf. 350, Sel. 382). Joseph croise ses bras et préfère le jeune, où Pascal confond Joseph et Jacob. Voir Sellier Philippe, Pascal et saint Augustin, p. 479-480, et n. 68 : c’est Jacob et non Joseph qui croise les bras. Voir p. 489, n. 22 et 23.

Cette bénédiction de Jacob, Genèse, XLVIII, v. 13-19, ne doit pas être confondue avec celle de Genèse, XLIX, 8 sq. Voir La Bible de Jérusalem, p. 91. Les gestes de bénédiction sont efficaces par eux-mêmes et la main droite apporte plus que la gauche. Ces bénédictions sont plutôt des oracles : le patriarche dévoile le destin de ses fils et des tribus qui portent leur nom. La prééminence donnée à Juda et l’honneur fait à la maison de Joseph (Ephraïm et Manassé) indiquant une époque où ces tribus jouaient ensemble un rôle prépondérant dans la vie nationale.

Genèse, XLVIII, 1-22.

« His ita transactis, nuntiatum est Joseph quod aegrotaret pater suus : qui assumptis duobus filiis Manasse et Ephraim ire perrexit. 2. Dictumque est seni : Ecce filius tuus Joseph venit ad te. Qui confortatus sedit in lectulo. 3. Et ingresso ad se ait : Deus omnipotens apparuit mihi in Luza, quae est in terra Chanaan : benedixitque mihi, 4. et ait : Ego te augebo et multiplicabo, et faciam te in turbas populorum, daboque tibi terram hanc, et semini tuo post te, in possessionem sempiternam. 5. Duo igitur filii tui, qui nati sunt tibi in terra Aegypti antequam huc venirem ad te, mei erunt : Ephraïm et Manasses, sicut Ruben et Simeon reputabuntur mihi. 6. Reliquos autem quos genueris post eos, tui erunt et nomine fratrum suorum vocabuntur in possessionibus suis. 7. Mihi enim quando veniebam de Mesopotamiam, mortua est Rachel in terra Chanaan in ipso itinere, eratque vernum tempus : et ingrediebar Ephratam et sepelivi eam juxta viam Ephratae, quae alio nomine appellatur Bethleem. 8. Videns autem filios ejus dixit ad eum : Qui sunt isti ? 9. Respondit : Filii mei sunt, quos donavit mihi Deus in hoc loco. Adhuc, inquit, eos ad me ut benedicam illis. 10. Oculi enim Israël caligabant prae nimia senectute, et clare videre non poterat. Applicitosque ad se deosculatus, et circumplexus eos, 11. dixit ad filium suum : Non sum fraudatus aspectu tuo : insuper ostendit mihi Deus semen tuum. 12. Cumque tulisset eos Joseph de gremio patris, adoravit pronus in terram. 13. Et posuit Ephraïm ad dexteram suam, id est ad sinistram Israël : Manassen vero in sinistra sua, ad dexteram scilicet patris, applicuitque ambos ad eum. 14. Qui extendens manum dexteram, posuit super caput Ephraïm minoris fratris : sinistram autem super caput Manasse, qui major natu erat, commutans manus. 15. Benedixitque Jacob Joseph et ait : Deus in cujus conspectu ambulaverunt patres mei Abraham et Isaac, Deus qui pascit me ab adolescentia mea usque in praesentem diem ; 16. Angelus, qui eruit me de cunctis malis, benedicat pueris istis ! Et invocetur super eos nomen meum, nomina quoque patrum meorum Abraham et Isaac, et crescant in multitudinem super terram. 17. Videns autem Joseph quod posuisset pater suus dexteram manum super caput Ephraim, graviter accepit : et apprehensam manum patris levare conatus est de capite Ephraïm, et transferre super caput Manasse. 18. Dixitque ad patrem : Non ita convenit, pater, quia hic est primogenitus ; pone dexteram tuam super caput ejus. 19. Qui renuens ait : Scio, fili mi, scio : et iste quidem erit in populos et multiplicabitur : sed frater ejus minor major erit illo, et semen illius crescet in gentes. 20. Benedixitque eis in tempore illo, dicens : In te benedicetur Israël, atque dicetur : Faciat tibi Deus sicut Ephraïm et sicut Manasse. Constituitque Ephraïm ante Manassen. 21. Et ait ad Ioseph filium suum : En ego morior, et erit Deus vobiscum, reducetque vos ad terram patrum vestrorum. 22. Do tibi partem unam extra fratres tuos, quam tuli de manu Amorrhaei in gladio et arcu meo ».

Traduction de Port-Royal :

« Après cela on vint dire à Joseph que son père était malade : et menant avec lui ses deux fils, Manassé et Éphraïm, il l’alla voir. 2. On dit donc à Jacob : Voici votre fils Joseph qui vient vous trouver. Jacob reprenant ses forces, se mit en son séant dans son lit. 3. Et il dit à Joseph lorsqu’il fut entré : Le Dieu tout-puissant qui m’a apparu à Luza qui est au pays de Chanaan m’a béni, 4. et il m’a dit : J’augmenterai de plus en plus le nombre de vos descendants ; je vous rendrai chef d’une multitude de peuples ; et je vous donnerai cette terre et à votre race après vous, afin que vous la possédiez pour jamais. 5. C’est pourquoi vos deux fils Éphraïm et Manassé que vous avez eus en Égypte avant que je vinsse ici avec vous, seront à moi, et ils seront mis au nombre de mes enfants, comme Ruben et Siméon. 6. Mais les autres que vous aurez ensuite seront à vous, et les terres qu’ils posséderont porteront le nom de leurs frères. 7. Car lorsque je revenais de Mésopotamie, je perdis Rachel, qui mourut en chemin au pays de Chanaan : c’était au printemps à l’entrée d’Éphrata, et je l’enterrai sur le chemin d’Ephrata, qui s’appelle aussi Bethléhem. 8. Alors Jacob voyant les fils de Joseph, lui demanda : Qui sont ceux-ci ? 9. Joseph lui répondit : Ce sont mes enfants, que Dieu m’a donnés en ce pays-ci. Approchez-les de moi, dit Jacob, afin que je les bénisse. 10. Car les yeux d’Israël s’étaient obscurcis à cause de sa grande vieillesse, et il ne pouvait bien voir. Les ayant donc fait approcher de lui, il les embrassa et les baisa ; 11. Et il dit à son fils : Dieu m’a voulu donner la joie de vous voir, et il ajoute encore celle de voir vos enfants. 12. Joseph les ayant retirés d’entre les bras de son père, adora en se prosternant en terre. 13. Et ayant mis Ephraïm à sa droite, c’est-à-dire, à la gauche de son père, et Manassé à sa gauche, c’est-à-dire à la droite de son père, il les approcha tous deux de Jacob, 14. lequel étendant la main droite, la mit sur la tête d’Ephraïm qui était le plus jeune, et mit sa main gauche sur la tête de Manassé qui était l’aîné, changeant ainsi de main. 15. Et bénissant les enfants de Joseph, il dit : Que le Dieu devant lequel ont marché mes pères Abraham et Isaac, le Dieu qui me nourrit depuis ma jeunesse jusqu’à ce jour ; 16. que l’ange qui m’a délivré de tous maux bénisse ces enfants, qu’ils portent mon nom et les noms de mes pères Abraham et Isaac, et qu’ils multiplient sur la terre jusqu’à l’infini. 17. Mais Joseph voyant que son père avait mis sa main droite sur la tête d’Ephraïm, en eut de la peine ; et prenant la main de son père, il tâcha de la lever de dessus la tête d’Ephraïm, pour la mettre sur celle de Manassé : 18. en disant à Jacob : Vos mains ne sont pas bien, mon père ; car celui-ci est l’aîné ; mettez votre main droite sur sa tête. 19. Mais Jacob refusant de le faire, lui dit : Je le sais bien, mon fils, je le sais bien : celui-ci sera aussi chef des peuples, et sa race se multipliera ; mais son frère qui est le plus jeune sera plus grand que lui, et sa postérité se multipliera dans les nations. 20. Jacob les bénit donc alors, et dit à Ephraïm : Israël sera béni en vous, et on dira : Que Dieu vous bénisse comme Éphraïm et Manassé. Ainsi il mit Ephraïm devant Manassé. 21. Il dit ensuite à Joseph son fils : Vous voyez que je m’en vais mourir ; Dieu sera avec vous, et il vous ramènera au pays de vos pères. 22. Je vous donne de plus qu’à vos frères cette part de mon bien que j’ai gagnée sur les Amorrhéens, avec mon épée et mon arc. »

Note de l’édition de Port-Royal : « Luza est le lieu où Jacob vit en songe cette échelle mystérieuse sur laquelle Dieu était appuyé. Et pour cette raison, il appela ce même lieu Bethel, c’est-à-dire Maison de Dieu. »

Voir le commentaire de Port-Royal dans Genèse, ch. XLVIII. Explication historique. « Jacob étendant sa main droite, la mit sur la tête d’Ephraïm qui était le plus jeune. Joseph avait mis son fils Manassé à la droite de son père, et Ephraïm à sa gauche, afin que Jacob bénît l’aîné de la main droite, et le puîné de la gauche. Mais Jacob changea de main, et bénit Ephraïm de la main droite ; parce qu’il prévoyait par une lumière divine, qu’Ephraïm serait plus grand que Manassé. On voit en effet dans l’Écriture, que c’est d’Ephraïm qu’est sorti Josué, qui fit entrer le peuple Hébreu dans la terre promise. Et depuis la mort de Salomon, les dix tribus dont fut composé le royaume d’Israël, s’étant divisées des deux tribus de Juda et de Benjamin, dont se forma le royaume particulier de Juda, nous voyons que le nom d’Ephraïm, se prend pour toutes les dix tribus, comme lorsque le Prophète dit : Que vous ferai-je, ô Ephraïm ; que vous ferai-je, ô Juda ? »

Pascal s’est aussi servi du commentaire des versets de la Genèse dans le Pentateuchus de Jansénius ; voir Mesnard Jean, Les Pensées de Pascal, CDU, 2e éd. p. 277. Voir Jansénius, Pentateuchus, XLVIII, 14, p. 111 : « dextra enim honoratior est passim in Scripturis » « causa est, quod stirps Ephraïm esset futura numerosior, bellicosior, et regno sublimior, quia reges 10 tribuum ex eo essent nascituri ». Le croisement des bras, selon Tertullien, dit Jansénius, reproduit l’image de la croix du Christ. Certains Pères « docent hac filii junioris praelatione significari quod populus gentium posteriori in crucem credens superaturus esset populum Judaeorum priorem de carnali patrum generatione gloriantem. Ille exspectaturus bona aeterna, hic temporalia ». Renvoi à Proverbes 3, v. 16. Signification : l’aîné est la figure des Juifs, le plus jeune la figure des chrétiens. Cela préfigure, à l’intérieur de l’Ancien Testament, la croissance plus rapide de la tribu d’Ephraïm, et, de l’Ancien au Nouveau, la supériorité du peuple chrétien, plus récent, sur le peuple juif. Le commentaire qui suit porte sur la préférence des cadets sur les aînés dans les Écritures, d’Abel à David. Si Pascal s’est inspiré de cette analyse, il n’en a pas retenu l’essentiel : ce qu’il a gardé, c’est seulement la prédiction du fait de la croissance d’une lignée ; mais il n’a pas retenu explicitement le sens spirituel de la prophétie, sur la supériorité des chrétiens sur les Juifs.

Pascal s’est peut-être aussi servi de Boucher Jean, Les triomphes de la religion chrétienne, contenant les résolutions de trois cent soixante et dix questions sur le sujet de la foi, de l’Écriture sainte, de la création du monde, de la rédemption du genre humain, de la divine providence, et de l’immortalité de l’âme, proposées par Typhon, maître des impies et libertins de ce temps et répondues par Dulithée, Paris, 1628, II, Q. 4, p. 158 sq. Q. 4. Qui prouve que l’Écriture est dictée par une révélation divine ? L’Écriture fourmille de prédictions ponctuellement réalisées « dans les temps et selon les circonstances », d’où il s’ensuit qu’elle ne peut procéder que de Dieu : p. 158. L’Écriture dit que Dieu a prédit à Abraham que ses enfants seraient affligés 400 années en terre étrangère et qu’à la fin de ce temps ils auraient la terre promise. Ce qui est réalisé entre Moïse et Josué. « Jacob étant sur le point de mourir prédit la venue du Messie dix-huit cents ans devant sa naissance, remarquait dans sa prédiction les circonstances du temps, disant que le sceptre royal et dignité de duc ne sortiraient point de la maison de Juda jusques au temps de la venue du Messie. Vous ne pouvez dire que Moïse parlant ainsi ait été poussé d’aucune affection humaine : car si quelque passion particulière l’eût mû à dire ces propos, il eût plutôt gratifié sa lignée qui était celle de Levi, ou celle d’Ephraïm, de laquelle était issu Josué son intime et favori. Ou s’il eût parlé par raison et jugement naturel il eût plutôt favorisé les lignées de Ruben et Siméon qui tenaient la prééminence d’aînesse sur la tribu de Juda [...]. Le même Jacob voulant donner en ce même temps la bénédiction à ses petits enfants Ephraïm et Manassé, croisant ses bras languissants et déjà demi-morts, posa le bras droit sur Ephraïm qui était le puîné, et le gauche sur Manassé qui était l’aîné. Et quand Joseph lui représenta qu’il se mécomptait préférant le cadet à l’aîné, il lui répondit qu’il la faisait à dessein, d’autant que le cadet sera plus puissant et plus grand que son premier-né. Prédiction que l’événement suivant a fait voir très véritable : car depuis ce temps la lignée d’Ephraïm a toujours possédé de grands avantages de gloire et d’honneur sur la tribu de Manassé, comme il est aisé à voir dans les livres des Juges et des Rois. Vous ne pouvez pas dire non plus qu’il ait prédit ces choses par la physionomie et considération des traits et linéaments des faces de l’un et de l’autre : car le bon patriarche était aveuglé lorsqu’il proféra ces paroles » : p. 158-159. « Vous ne pouvez donc plus dire que les Écritures aient été faites à plaisir, car elles ont été composées et dictées en divers temps, en divers lieux et par diverses personnes qui n’avaient aucunes intelligences humaines, ni naturelles les unes avec les autres. Et ce qui plus est, nous avons pris ces écritures de la mains des Juifs, qui sont nos ennemis capitaux, lesquels en l’état où ils sont maintenant, ne diront ni ne feront jamais rien volontairement qui sont à notre avantage » : p. 160.

Contrairement à ce qu’indiquent certaines éditions, l’hésitation n’est pas possible entre deux et dix dans ce passage. Voir la note de l’édition de Port-Royal : « Jacob changea de main, et bénit Ephraïm de la main droite ; parce qu’il prévoyait par une lumière divine qu’Ephraïm serait plus grand que Manassé. On voit en effet dans l’Écriture que c’est d’Ephraïm qu’est sorti Josué, qui fit entrer le peuple hébreu dans la terre promise. Et depuis la mort de Salomon, les dix tribus dont fut composé le royaume d’Israël, s’étant divisées des deux tribus de Juda et de Benjamin, dont se forma le royaume particulier de Juda, nous voyons que le nom d’Ephraïm se prend pour toutes les dix tribus comme lorsque le prophète dit : Que vous ferai-je, ô Ephraïm, que vous ferai-je, ô Juda ? [Osée, 4, 4] ». Le texte du manuscrit de Pascal, avec ses parties barrées, est clair : ces lignées « composaient tout un royaume ont été ordinairement appelées du seul nom d’Ephraïm. » Il s’agit bien des dix tribus qui ont constitué le royaume d’Israël lors du schisme qui a séparé le royaume du sud, dont la capitale était Jérusalem, du royaume d’Israël, dont la capitale devint Samarie. Il est donc clair qu’il faut lire dix, et non pas deux dans ce passage.

 

Ce même Joseph en mourant recommande à ses enfants d’emporter ses os avec eux quand ils iront en cette terre où ils ne furent que deux cents ans après.

 

Genèse, L, 24. « Cumque adjurasset eos, atque dixisset : Deux visitabit vos ; Asportate ossa mea vobiscum de loco isto ». Tr. de Port-Royal : « Lorsqu’il leur eut dit : Dieu vous visitera, il ajouta : Transportez mes os avec vous hors de ce lieu, et promettez-le-moi avec serment ». NB : la dernière proposition rend le verbe adjurasset.

 

Moïse, qui a écrit toutes ces choses si longtemps avant qu’elles fussent arrivées, a fait lui‑même à chaque famille les partages de cette terre avant que d’y entrer, comme s’il en eût été maître.

Et déclare enfin que Dieu doit susciter de leur nation et de leur race un prophète dont il a été la figure,

 

Dieu doit susciter de leur nation et de leur race un prophète : voir Deutéronome, XVIII, 15. « Prophetam de gente tua et de fratribus tuis sicut me, suscitabit tibi Dominus Deus tuus : Ipsum audies ».Traduction de Port-Royal : « Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi, de votre nation et d’entre vos frères : C’est lui que vous écouterez ».

Sur Moïse, voir le dossier Preuves de Moïse.

Voir d’autre part la Préface de la Genèse dans la Bible de Port-Royal, qui expose amplement la vision que l’entourage de Pascal pouvait avoir de Moïse prophète (texte réédité par B. Chédozeau dans L’univers biblique catholique au siècle de Louis XIV. La Bible de Port-Royal, I, p. 272 sq.).

 

et leur prédit exactement tout ce qui leur devait arriver dans la terre où ils allaient entrer après sa mort, les victoires que Dieu leur donnera, leur ingratitude envers Dieu, les punitions qu’ils en recevront, et le reste de leurs aventures. (texte barré verticalement)

 

Voir Deutéronome, XXVIII.

« Si autem audieris vocem Domini Dei tui, ut facias atque custodias omnia mandata ejus, quae ego praecipio tibi hodie, faciet te Dominus Deus tuus excelsiorem cunctis gentibus, quae versantur in terra. 2. Venientque super te universae benedictiones istae, et adprehendent te : si tamen praecepta ejus audieris. 3. Benedictus tu in civitate, et benedictus in agro. 4. Benedictus fructus ventris tui, et fructus terrae tuae, fructusque jumentorum tuorum, greges armentorum, et caulae ovium tuae. 5. Benedicta horrea tua, et benedictae reliquiae tuae. 6. Benedictus eris tu ingrediens et egrediens. 7. Dabit Dominus inimicos tuos, qui consurgunt adversum te, corruentes in conspectu tuo. Per unam viam venient contra te, et per septem fugient a facie tua. 8. Emittet Dominus benedictionem super cellaria tua, et super omnia opera manuum tuarum : benedicetque tibi in terra quam acceperis. 9. Suscitabit te Dominus sibi in populum sanctum, sicut juravit tibi ; si custodieris mandata Domini Dei tui, et ambulaveris in viis ejus. 10. Videbuntque omnes terrarum populi quod nomen Domini invocatum sit super te ; et timebunt te. 11. Abundare te faciet Dominus omnibus bonis, fructu uteri tui, et fructu jumentorum tuorum, fructu terrae tuae, quam juravit Dominus patribus tuis ut daret tibi. 12. Aperiet Dominus thesaurum suum optimum, caelum, ut tribuat pluviam terrae tuae in tempore suo : benedicetque cunctis operibus manuum tuarum. Et fœnerabis gentibus multis, et ipse a nullo fœnus accipiens. 13. Constituet te Dominus in caput, et non in caudam : et eris semper supra, et non subter : si tamen audieris mandata Domini Dei tui quae ego praecipio tibi hodie, et custodieris et feceris,14. ac non declinaveris ab eis nec ad dextram nec ad sinistram, nec secutus fueris deos alienos, neque colueris eos. 15. Quod si audire nolueris vocem Domini Dei tui, ut custodias, et facias omnia mandata ejus et cerimonias, quas ego praecipio tibi hodie, venient super te omnes maledictiones istae, et adprehendent te. 16. Maledictus eris in civitate maledictus in agro. 17. Maledictum horreum tuum, et maledictae reliquiae tuae. 18. Maledictus fructus ventris tui, et fructus terrae tuae, armenta boum tuorum, et greges ovium tuarum. 19. Maledictus eris ingrediens et maledictus egrediens. 20. Mittet Dominus super te famem et esuriem, et increpationem in omnia opera tua, quae facies ; donec conterat te, et perdat velociter, propter adinventiones tuas pessimas in quibus reliquisti me. 21. Adjungat Dominus tibi pestilentiam, donec consumat te de terra, ad quam ingredieris possidendam. 22. Percutiat te Dominus egestate, febri et frigore, ardore et aestu, et aere corrupto ac rubigine ,et persequatur donec pereas. 23. Sit cœlum quod supra te est, aeneum, et terra quam calças, ferrea. 24. Det Dominus imbrem terrae tuae pulverem, et de caelo descendat super te cinis, donec conteraris. 25. Tradat te Dominus corruentem ante hostes tuos ; per unam viam egrediaris contra eos, et per septem fugias ; et dispergaris per omnia regna terrae. 26. Sitque cadaver tuum in escam cunctis volatilibus caeli, et bestiis terrae, et non sit qui abigat. 27. Percutiat te Dominus ulcere Aegypti, et partem corporis, per quam stercora egeruntur, scabie quoque et prurigine, ita ut curari nequeas. 28. Percutiat te Dominus amentia et caecitate ac furore mentis ; 29. et palpes in meridie sicut palpare solet caecus in tenebris, et non dirigas vias tuas. Omnique tempore calumniam sustineas, et opprimaris violentia, nec habeas qui liberet te. 30. Uxorem accipias, et alius dormiat cum ea. Domum aedifices, et non habites in ea. Plantes vineam, et non vindemies eam. 31. Bos tuus immoletur coram te, et non comedas ex eo. Asinus tuus rapiatur in conspectu tuo, et non reddatur tibi. Oves tuae dentur inimicis tuis, et non sit qui te adjuvet. 32. Filii tui et filiae tuae tradantur alteri populo, videntibus oculis tuis, et deficientibus ad conspectum eorum tota die, et non sit fortitudo in manu tua. 33. Fructus terrae tuae, et omnes labores tuos comedat populus quem ignoras : et sis semper calumniam sustinens, et oppressus cunctis diebus : 34. et stupens ad terrorem eorum quae videbunt oculi tui . 35. Percutiat te Dominus ulcere pessimo in genibus et in suris, sanarique non possis a planta pedis usque ad verticem tuum. 36. Ducet te Dominus, et regem tuum, quem constitueris super te, in gentem quam ignoras tu et patres tui, et servies ibi diis alienis ligno et lapidi. 37. Et eris perditus in proverbium ac fabulam omnibus populis, ad quos te introduxerit Dominus. 38. Sementem multam jacies in terram, et modicum congregabis, quia locustae devorabunt omnia. 39. Vineam plantabis, et fodies : et vinum non bibes, nec colliges ex ea quippiam, quoniam vastabitur vermibus. 40. Olivas habebis in omnibus terminis tuis, et non ungueris oleo, quia défluent, et peribunt. 41. Filios generabis et filias, et non frueris eis, quoniam ducentur in captivitatem. 42. Omnes arbores tuas et fruges terrae tuae robigo consumet. 43. Advena, qui tecum versatur in terra, ascendet super te, eritque sublimior : tu autem descendes, et eris inferior. 44. Ipse fœnerabit tibi, et tu non fœnerabis ei. Ipse erit in caput, et tu eris in caudam. 45. Et venient super te omnes maledictiones istae, et persequentes adprehendent te, donec intereas quia non audisti vocem Domini Dei tui, nec servasti mandata ejus et caerimonias, quas praecepit tibi. 46. Et erunt in te signa atque prodigia, et in semine tuo usque in sempiternum ; 47. eo quod non servieris Domino Deo tuo in gaudio, cordisque laetitia, propter rerum omnium abundantiam. 48. Servies inimico tuo, quem immittet tibi Dominus, in famé, et siti, et nuditate, et omnium penuria ; et ponet jugum ferreum super cervicem tuam, donec te conterat. 49. Adducet Dominus super te gentem de longinquo, et de extremis terrae finibus, in similitudinem aquilae volantis cum impetu cujus linguam intellegere non possis : 50. gentem procacissimam, quae non deferat seni, nec misereatur parvulis : 51. et devoret fructum jumentorum tuorum ac fruges terrae tuae donec intereas ; et non relinquat tibi triticum, vinum, et oléum, armenta boum et greges ovium, donec te disperdat. 52. Et conterat in cunctis urbibus tuis, et destruantur muri tui firmi atque sublimes, in quibus habebas fiduciam, in omni terra tua. Obsideberis intra portas tuas in omni terra tua, quam dabit tibi Dominus Deus tuus : 53. et comedes fructum uteri tui, et carnes filiorum et filiarum tuarum, quas dedit tibi Dominus Deus tuus in angustia et vastitate qua opprimet te hostis tuus. 54. Homo delicatus in te, et luxuriosus valde, invidebit fratri suo, et uxori, quae cubat in sinu suo, 55. ne det eis de carnibus filiorum suorum, quas comedet ; eo quod nihil aliud habeat in obsidione et penuria, qua vastaverint te inimici tui intra omnes portas tuas. 56. Tenera mulier et delicata, quae super terram ingredi non valebat, nec pedis vestigium figere, propter mollitiem et teneritudinem nimiam, invidebit viro suo, qui cubat in sinu ejus, super filii et filiae carnibus ; 57. et illuvie secundarum, quae egrediuntur de medio feminum ejus, et super liberis qui eadem hora nati sunt. Comedent enim eos clam, propter rerum omnium penuriam in obsidione et vastitate, qua opprimet te inimicus tuus intra portas tuas. 58. Nisi custodieris et feceris omnia verba legis hujus, quae scripta sunt in hoc volumine, et timueris nomen ejus gloriosum et terribile, hoc est Dominum Deum tuum ; 59. augebit Dominus plagas tuas, et plagas seminis tui, plagas magnas et persévérantes, infirmitates pessimas et perpétuas. 60. Et convertet in te omnes afflictiones Aegypti, quas timuisti ; et adherebunt tibi. 61. Insuper et universos languores, et plagas quae non sunt scriptae in volumine legis hujus, inducet Dominus super te donec te conterat. 62. Et remanebitis pauci numero, qui prius eratis sicut astra caeli prae multitudine, quoniam non audisti vocem Domini Dei tui. 63. Et sicut ante laetatus est Dominus super vos, bene vobis faciens, vosque multiplicans ; sic laetabitur disperdens vos atque subvertens, ut auferamini de terra, ad quam ingredieris possidendam. 64. Disperget te Dominus in omnes populos, a summitate terrae usque ad terminos ejus ; et servies ibi diis alienis, quos et tu ignoras et patres tui, lignis et lapidibus. 65. In gentibus quoque illis non quiesces, neque erit requies vestigio pedis tui. Dabit enim tibi Dominus ibi cor pavidum, et deficientes oculos, et animam consumptam maerore. 66. Et erit vita tua quasi pendens ante te : timebis nocte et die et non credes vitae tuae. 67. Mane dices : Quis mihi det vesperum ? et vespere : Quis mihi det mane ? propter cordis tui formidinem qua terreberis, et propter ea quae tuis videbis oculis. 68. Reducet te Dominus classibus in Aegyptum, per viam de qua dixit tibi ut eam amplius non videres. Ibi venderis inimicis tuis in servos et ancillas, et non erit qui emat. »

Traduction de Port-Royal :

1. « Que si vous écoutez la voix du Seigneur votre Dieu, en gardant et en observant toutes ses ordonnances, que je vous prescris aujourd’hui, le Seigneur votre Dieu vous élèvera au-dessus de toutes les nations qui sont sur la terre. 2. Toutes ses bénédictions se répandront sur vous, et vous en serez comblé ; pourvu néanmoins que vous obéissiez aux commandements du Seigneur. 3. Vous serez béni dans la ville ; vous serez béni dans les champs. 4. Le fruit de votre ventre, le fruit de votre terre, et le fruit de tous vos bestiaux sera béni. Vos troupeaux de bœufs et vos troupeaux de brebis seront bénis. 5. Vos greniers seront bénis, et tous les fruits que vous aurez en réserve, seront bénis. 6. À l’entrée et à la fin de toutes vos actions vous serez béni. 7. Le Seigneur fera que vos ennemis qui se soulèveront contre vous, tomberont à vos pieds devant vos yeux. Ils viendront vous attaquer par un chemin, et ils s’enfuiront par sept autres devant vous. 8. Le Seigneur répandra sa bénédiction sur vos celliers et sur toutes les œuvres de vos mains, et il vous bénira dans la terre que vous aurez reçue de lui. 9. Le Seigneur se suscitera et se formera en vous un peuple saint, selon qu’il vous l’a juré ; pourvu que vous observiez les ordonnances du Seigneur votre Dieu, et que vous marchiez dans ses voies. 10. Tous les peuples de la terre verront que vous portez véritablement le nom de peuple de Dieu, et ils vous craindront. 11. Le Seigneur vous mettra dans l’abondance de toutes sortes de biens, en multipliant le fruit de votre ventre, le fruit de vos bestiaux, et le fruit de votre terre, laquelle il a promis et juré à vos pères de vous donner. 12. Le Seigneur ouvrira le ciel qui est son riche trésor, d’où il répandra sur votre terre la pluie en son temps ; et il bénira toutes les œuvres de vos mains. Vous prêterez à usure à plusieurs peuples, et vous n’emprunterez de personne à usure. 13. Le Seigneur vous mettra toujours à la tête des peuples, et non derrière eux ; et vous serez toujours au-dessus, et non au-dessous ; pourvu néanmoins que vous écoutiez les ordonnances du Seigneur votre Dieu que je vous prescris aujourd’hui, et que vous les gardiez, et les pratiquiez, 14. sans vous en détourner ni à droite ni à gauche, et que vous ne suiviez ni n’adoriez les dieux étrangers. 15. Que si vous ne voulez point écouter la voix du Seigneur votre Dieu, et que vous ne gardiez et ne pratiquiez pas toutes les ordonnances et les cérémonies que je vous prescris aujourd’hui, toutes ces malédictions viendront fondre sur vous. 16. Vous serez maudit dans la ville, et vous serez maudit dans les champs. 17. Vos greniers seront maudits, et les fruits que vous aurez mis en réserve, seront maudits. 18. Le fruit de votre ventre et le fruit de votre terre seront maudits, aussi bien que vos troupeaux de bœufs et vos troupeaux de brebis seront maudits. 19. Vous serez maudit à l’entrée et à la fin de toutes vos actions. 20. Le Seigneur enverra parmi vous l’indigence et la famine, et il répandra la malédiction sur toutes vos œuvres, jusqu’à ce qu’il vous réduise en poudre, et qu’il vous extermine en peu de temps, à cause des actions pleines de malice, par lesquelles vous l’aurez abandonné. 21. Le Seigneur vous frappera de peste jusqu’à ce qu’il vous ait fait périr de dessus la terre où vous allez posséder. 22. Le Seigneur vous frappera de misère, de fièvre, de froid, d’une chaleur brûlante, de la corruption de l’air, et de la nielle, et il vous poursuivra jusqu’à ce qu’il vous ait entièrement consumés. 23. Le ciel qui est au-dessus de vous sera pour vous un ciel d’airain ; et la terre sur laquelle vous marchez sera pour vous une terre de fer. 24. Le Seigneur répandra sur votre terre des nuées de poussière au lieu de pluie, et il fera tomber du ciel sur vous de la cendre, jusqu’à ce que vous soyez réduits en poudre. 25. Le Seigneur vous fera tomber devant vos ennemis ; vous marcherez par un seul chemin contre eux, et vous fuirez par sept ; et vous serez dispersés dans tous les royaumes de la terre. 26. Vos corps morts serviront de nourriture à tous les oiseaux du ciel, et à toutes les bêtes de la terre, sans que personne se mette en peine de les chasser. 27. Le Seigneur vous frappera d’ulcères, comme il en frappa autrefois l’Égypte ; et il frappera aussi d’une gale et d’une démangeaison incurable la partie du corps par laquelle la nature rejette ce qui lui est resté de sa nourriture. 28. Le Seigneur vous frappera de frénésie, d’aveuglement et de fureur, 29. en sorte que vous marcherez à tâtons en plein midi, comme l’aveugle au milieu des ténèbres. Vous ne réussirez point en ce que vous aurez entrepris. Vous serez noirci en tout temps par des calomnies, et opprimé par des violences, sans que vous ayez personne pour vous délivrer. 30. Vous épouserez une femme, et un autre la prendra pour lui. Vous bâtirez une maison, et vous ne l’habiterez point. Vous planterez une vigne, et vous n’en recueillerez point le fruit. 31. Votre bœuf sera immolé devant vous, et vous n’en mangerez point. Votre âne vous sera ravi devant vos yeux, et on ne vous le rendra point. Vos brebis seront livrées à vos ennemis, et personne ne se mettra en peine de vous secourir. 32. Vos fils et vos filles seront livrés à un peuple étranger ; vos yeux le verront, et seront dans une attente et une attention continuelle pour les revoir ; et vos mains se trouveront sans aucune force pour les délivrer. 33. Un peuple qui vous sera inconnu dévorera tout ce que votre terre avait produit, et tout le fruit de vos travaux. Vous serez toujours abandonné à la calomnie, et exposé à l’oppression tous les jours de votre vie ; 34. et vous demeurerez comme interdit et hors de vous par la frayeur des choses que vous verrez de vos yeux. 35. Le Seigneur vous frappera d’un ulcère très malin dans les genoux et dans le gras des jambes, et d’un mal incurable depuis la plante des pieds jusqu’au haut de la tête. 36. Le Seigneur vous emmènera, vous et votre roi, que vous aurez établi sur vous, chez un peuple que vous aurez ignoré, vous et vos pères, et vous adorerez là des dieux étrangers, des dieux de bois et de pierre. 37. Et vous serez dans la dernière misère, et comme le jouet et la fable de tous les peuples, où le Seigneur vous aura conduits. 38. Vous répandrez beaucoup de semence dans votre terre, et vous recueillerez peu, parce que les sauterelles mangeront tout. 39. Vous planterez une vigne, et vous y ferez des fosses ; mais vous n’en boirez point de vin, et vous n’en recueillerez rien, parce qu’elle sera gâtée par les vers. 40. Vous aurez des oliviers dans toutes vos terres, et vous ne pourrez en avoir d’huile, pour vous en frotter, parce que tout coulera, et tout périra. 41. Vous mettrez au monde des fils et des filles, et vous n’aurez point la joie de les posséder, parce qu’ils seront emmenés captifs. 42. La nielle consumera tous vos arbres et les fruits de votre terre. 43. L’étranger qui est avec vous dans votre pays, s’élèvera au-dessus de vous, et deviendra tout-puissant ; pour vous, vous descendrez et vous serez au-dessous de lui. 44. Ce sera lui qui vous donnera son argent à usure, et vous ne lui en donnerez point. Ce sera lui qui sera toujours à la tête, et vous ne marcherez qu’après lui. 45. Toutes ces malédictions viendront fondre sur vous et elles vous accableront jusqu’à ce que vous périssiez entièrement, parce que vous n’aurez point écouté la voix du Seigneur votre Dieu, ni observé les ordonnances et les cérémonies qu’il vous a prescrites. 46. Ces malédictions, dis-je, demeureront à jamais et sur vous et sur votre postérité, comme une marque étonnante de la colère de Dieu sur vous ; 47. parce que vous n’aurez point servi le Seigneur votre Dieu dans la satisfaction et la joie de votre cœur, parmi l’abondance de toutes choses. 48. Vous deviendrez l’esclave d’un ennemi que le Seigneur vous enverra ; vous le servirez dans la faim, dans la soif, dans la nudité, et dans le besoin de toutes choses ; et il vous mettra sur le cou un joug de fer, jusqu’à ce qu’il vous ait réduit à rien. 49. Le Seigneur vous amènera un peuple des pays les plus reculés, et des extrémités de la terre, qui se jettera sur vous comme un aigle fond sur sa proie ; un peuple barbare dont vous ne pourrez entendre la langue ; 50. un peuple fier et insolent, qui ne sera touché ni de respect pour les vieillards, ni de pitié pour les plus petits enfants ; 51. il dévorera ce qu’il y a de meilleur dans vos bestiaux, et tous les fruits de votre terre, jusqu’à ce qu’il vous perde ; il ne vous laissera ni blé, ni vin, ni huile, ni troupeaux de bœufs, ni troupeaux de brebis, jusqu’à ce qu’il vous détruise entièrement. 52. Il vous serrera de près dans toutes vos villes, jusqu’à ce que vos murailles si fortes et si élevées, où vous aviez mis votre confiance, tombent dans toute l’étendue de votre terre. Il vous tiendra resserré dans toutes les villes du pays que le Seigneur votre Dieu vous aura donné : 53. et vous mangerez le fruit de votre ventre, et la chair de vos fils et de vos filles, que le Seigneur votre Dieu vous aura donnés, ne trouvant rien autre chose dans cette extrémité de misère où vos ennemis vous auront réduit, pour vous défendre de la violence de la faim. 54. L’homme le plus efféminé, et le plus plongé dans ses plaisirs, portera envie à son frère et à sa femme qui dort auprès de lui, 55. De ce qu’elle ne lui donnera point de la chair de ses fils, dont elle mange, parce qu’il n’aura rien autre chose à manger pendant le siège de votre ville, pour se défendre de la violence de la faim où vous réduiront vos ennemis dans l’enceinte de vos murailles. 56. La femme tendre et délicate qui ne pouvait pas seulement marcher, et qui osait peine poser un pied sur la terre, à cause de son extrême mollesse et délicatesse, portera envie à son mari qui dort auprès d’elle, de ce qu’il prend pour lui la chair de son fils et de sa fille ; 57. De ce qu’il se râpait de cette masse d’ordures qu’elle a jetées hors d’elle en se délivrant de son fruit, et de ce qu’il mange avant elle de la chair de son enfant qui ne venait que de naître. Car ils mangeront en cachette leurs propres enfants, n’ayant plus rien de quoi se rassasier dans cette cruelle famine, où pendant le siège vos ennemis vous réduiront dans l’enceinte de vos murailles. 58. Si vous ne gardez et si vous n’exécutez avec soin toutes les ordonnances de cette loi que je vous propose, qui sont écrites dans ce livre, et si vous ne craignez son nom glorieux et terrible, c’est-à-dire, le Seigneur votre Dieu ; 59. le Seigneur augmentera de plus en plus vos plaies, et plaies de vos enfants, ces plaies grandes et opiniâtres, ces langueurs malignes et incurables. 60. Il fera retomber sur vous toutes ces plaies dont il a affligé l’Égypte, dont vous avez été effrayés ; et elles s’attacheront inséparablement à vous. 61. Le Seigneur fera fondre encore sur vous toutes les langueurs et toutes les plaies qui ne sont point écrites en ce livre, jusqu’à ce qu’il vous réduise à rien. 62. Et vous demeurerez un très petit nombre d’hommes, vous qui vous étiez multipliés auparavant comme les étoiles du ciel, parce que vous n’avez point écouté la voix du Seigneur votre Dieu. 63. Et comme le Seigneur avait pris plaisir auparavant à vous combler de biens, et à vous faire croître de plus en plus ; ainsi il prendra plaisir à vous perdre, à vous détruire, et à vous exterminer de la terre que vous allez posséder. 64. Le Seigneur vous dispersera parmi tous les peuples, depuis une extrémité de la terre jusqu’à l’autre, et vous adorerez là des dieux étrangers que vous ignoriez, vous et vos pères, des dieux de bois et de pierre. 65. Étant même parmi ces peuples, vous ne trouverez aucun repos, et vous ne trouverez pas seulement où asseoir en paix la plante de votre pied. Car le Seigneur vous donnera un cœur toujours agité de crainte, des yeux languissants, et une âme pénétrée de douleur et de tristesse. 66. Votre vie sera comme en suspens devant vous : vous tremblerez nuit et jour, et vous ne croirez pas à votre vie. 67. Vous direz le matin : Qui me donnera de voir le soir ? et le soir : Qui me donnera de voir le matin ? tant votre cœur sera saisi d’épouvante, dans la vue des choses terribles qui se passeront devant vos yeux vous effrayera. 68. Le Seigneur vous remmènera en Égypte dans une flotte de vaisseaux, par un chemin dont il vous avait dit que vous ne le reverriez jamais. Vous serez vendus là à vos ennemis pour être leurs esclaves, et vos femmes, pour être leurs servantes ; et on ne trouvera pas seulement de gens qui veulent vous acheter ».

 

Il leur donne les arbitres pour en faire le partage.

 

Nombres, XXXIV, 17 sq. « Haec sunt nomina virorum qui terram vobis divident : Eleazar sacerdos, et Josue filius Nun, 18. et singuli principes de tribubus singulis, 19. quorum ista sunt vocabula : de tribu Iuda, Caleb filius Jephone. 20. De tribu Simeon, Samuel filius Ammiud. 21. De tribu Benjamin, Elidad filius Chaselon. 22. De tribu filiorum Dan, Bocci filius Jogli. 23. Filiorum Joseph de tribu Manasse, Hanniel filius Ephod. 24. De tribu Ephraim, Camuel filius Sephtan. 25. De tribu Zabulon, Elisaphan filius Pharnach. 26. De tribu Issachar, dux Phaltihel filius Ozan. 27. De tribu Aser, Ahiud filius Salomi. 28. De tribu Nepthali, Phedaël filius Ammiud. 29. Hi sunt quibus praecepit Dominus ut dividerent filiis Israël terram Chanaan ».

Traduction de Port-Royal : « 17. Voici les noms de ceux qui partageront la terre entre vous : Éléazar, grand prêtre, et Josué, fils de Nun, 18. avec un prince de chaque tribu, 19. dont voici les noms : De la tribu de Juda, Caleb, fils de Jéphoné ; 20. De la tribu de Siméon, Samuël, fils d’Ammiud. 21. De la tribu de Benjamin, Élidad, fils de Chasélon. 22. De la tribu des enfants de Dan, Bocci, fils de Jogli. 23. Des enfants de Joseph de la tribu de Manassé, Hanniel, fils d’ Héphod. 24. De la tribu d’Éphraïm, Camuël, fils de Sephthan. 25. De la tribu de Zabulon, Élisaphan, fils de Pharnach. 26. De la tribu d’Issachar, le prince Phaltiel fis d’Osan. 27. De la tribu d’Aser, Ahiud fils de Salomi. 28. De la tribu de Nephthali, Phedaël, fils d’Ammiud. 29. Ce sont là ceux à qui le Seigneur a commandé de partager aux enfants d’Israël la terre de Chanaan. »

Une note de l’édition de Port-Royal précise le statut de ces « princes », différents de ceux de chaque tribu, et qui n’étaient choisis que pour présider au partage des terres.

 

Il leur prescrit toute la forme du gouvernement politique qu’ils y observeront, les villes de refuge qu’ils y bâtiront, et...

 

Nombres, XXXV, 6 sq. « De ipsis autem oppidis, quae Levitis Dabitis, sex erunt in fugitivorum auxilia separata, ut fugiat ad ea qui fuderit sanguinem : et exceptis his, alia quadraginta duo oppida, 7. id est, simul quadraginta octo cum suburbanis suis. 8. Ipsaeque urbes, quae dabuntur de possessionibus filiorum Israël, ab his qui plus habent, plures auferentur : et qui minus, pauciores : singuli juxta mensuram haereditatis suae dabunt oppida Levitis. 9. Ait Dominus ad Moysen : 10. Loquere filiis Israël, et dices ad eos : Quando transgressi fueritis Jordanem in terram Chanaan, 11. decernite quae urbes esse debeant in praesidia fugitivorum, qui nolentes sanguinem fuderint : 12. in quibus cum fuerit profugus, cognatus occisi non poterit eum occidere, donec stet in conspectu multitudinis, et causa illius judicetur. 13. De ipsis autem urbibus, quae ad fugitivorum subsidia separantur,14. tres erunt trans Jordanem, et tres in terra Chanaan,15. tam filiis Israël quam advenis atque peregrinis, ut confugiat ad eas qui nolens sanguinem fuderit ».

Traduction de Port-Royal : « De ces villes que vous donnerez aux lévites, on en séparera six qui seront destinées pour être le refuge des fugitifs, afin que celui qui aura répandu le sang d’un homme s’y puisse retirer. Et il y aura quarante-deux autres villes, sans compter ces six. 7. C’est-à-dire qu’il y en aura en tout quarante-huit avec leurs faubourgs. 8. Ceux d’entre les enfants d’Israël qui posséderont plus de terre, donneront aussi plus de ces villes ; ceux qui en posséderont moins, en donneront moins ; et chacun donnera des villes aux lévites à proportion de ce qu’il possède. 9. Le Seigneur dit aussi à Moïse : 10. Parlez aux enfants d’Israël, et dites-leur : Lorsque vous aurez passé le Jourdain, et que vous serez entrés dans la terre de Chanaan, 11. marquez les villes qui devront servir de refuge aux fugitifs, qui auront répandu, contre leur volonté, le sang d’un homme, 12. afin que le parent du mort ne puisse tuer le fugitif lorsqu’il s’y sera retiré, jusqu’à ce qu’il se présente devant tout le peuple, et que son affaire soit jugée. 13. De ces villes qu’on séparera des autres pour être l’asile des fugitifs, 14. il y en aura trois au deçà du Jourdain, et trois en la terre de Chanaan, 15. qui serviront, ou pour les enfants d’Israël, ou pour les étrangers qui seront venus du dehors, afin qu’elles soient un lieu de refuge pour celui qui aura répandu contre sa volonté le sang d’un homme. »