Pensées diverses II – Fragment n° 1 / 37 – Papier original : RO 65-4

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 104 et 105 p. 349 et 349 v° / C2 : p. 303 et 303 v°

Éditions de Port-Royal : Chap. II - Marques de la véritable religion : 1669 et janvier 1670 p. 29 / 1678

n° 15 p. 28

Éditions savantes : Faugère II, 296, XXVII ; II, 17 / Havet XI.11 / Brunschvicg 576 et 450 / Tourneur p. 83-2 / Le Guern 507 / Lafuma 594 et 595 (série XXIV) / Sellier 491

 

 

 

Conduite générale du monde envers l’Église.

 

Dieu voulant aveugler et éclaircir.

L’événement ayant prouvé la divinité de ces prophéties, le reste doit en être cru. Et par là nous voyons l’ordre du monde en cette sorte.

-------

Les miracles de la Création et du déluge s’oubliant, Dieu envoya la loi et les miracles de Moïse. Les prophètes qui prophétisent des choses particulières. Et pour préparer un miracle subsistant il prépare des prophéties et l’accomplissement. Mais, les prophéties pouvant être suspectes, il veut les rendre non suspectes, etc.

 

Si l’on ne se connaît plein de superbe, d’ambition, de concupiscence, de faiblesse, de misère et d’injustice, on est bien aveugle. Et si en le connaissant, on ne désire d’en être délivré, que peut‑on dire d’un homme ?

Que peut‑on donc avoir que de l’estime pour une religion qui connaît si bien les défauts de l’homme, et que du désir pour la vérité d’une religion qui y promet des remèdes si souhaitables ?

 

 

La première partie du texte esquisse un discours sur l’histoire universelle que Pascal n’a pas développé, mais dont les grands traits étaient bien présents à son esprit.

La seconde confirme l’idée, annoncée dès la liasse Ordre, que la religion chrétienne est vénérable parce qu’elle a bien connu l’homme, et aimable parce qu’elle promet le vrai bien, choses que l’homme ne saurait obtenir par ses seules forces (Ordre 10 - Laf. 12, Sel. 46).

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Ordre 10 (Laf. 12, Sel. 46). Il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu’elle fût vraie et puis montrer qu’elle est vraie.

Vénérable parce qu’elle a bien connu l’homme.

Fondement 9 (Laf. 232, Sel. 264). On n’entend rien aux ouvrages de Dieu si on ne prend pour principe qu’il a voulu aveugler les uns et éclaircir les autres.

Fondement 12 (Laf. 235, Sel. 267). Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voient clair et donner la vue aux aveugles, guérir les malades, et laisser mourir les sains appeler à pénitence et justifier les pécheurs, et laisser les justes dans leurs péchés, remplir les indigents et laisser les riches vides.

Fondement 13 (Laf. 236, Sel. 268). Il y a assez de clarté pour éclairer les élus et assez d’obscurité pour les humilier. Il y a assez d’obscurité pour aveugler les réprouvés et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables.

Prophéties 15 (Laf. 335, Sel. 368). La plus grande des preuves de Jésus-Christ sont les prophéties. C’est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu, car l’événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l’Église jusques à la fin.

Prophéties 16 (Laf. 337, Sel. 369). Pour faire qu’en voyant ils ne voient point et qu’en entendant ils n’entendent point rien ne pouvait être mieux fait.

Prophéties 26 (Laf. 347, Sel. 379). Prophétie[s].

[...] Que Dieu les frappera d’aveuglement et qu’ils tâtonneront en plein midi comme les aveugles.

Dossier de travail (Laf. 392, Sel. 11). Figures.

Dieu voulant se former un peuple saint, qu’il séparerait de toutes les autres nations, qu’il délivrerait de ses ennemis, qu’il mettrait dans un lieu de repos a promis de le faire et a prédit par ses prophètes le temps et la manière de sa venue. Et cependant pour affermir l’espérance de ses élus dans tous les temps il leur en a fait voir l’image, sans les laisser jamais sans des assurances de sa puissance et de sa volonté pour leur salut, car dans la création de l’homme Adam en était le témoin et le dépositaire de la promesse du sauveur qui devait naître de la femme, lorsque les hommes étaient encore si proches de la création qu’ils ne pouvaient avoir oublié leur création et leur chute, lorsque ceux qui avaient vu Adam n’ont plus été au monde, Dieu a envoyé Noé et l’a sauvé et noyé toute la terre par un miracle qui marquait assez et le pouvoir qu’il avait de sauver le monde et la volonté qu’il avait de le faire et de faire naître de la semence de la femme celui qu’il avait promis.

Ce miracle suffisait pour affermir l’espérance des [hommes].

La mémoire du déluge étant encore si fraîche parmi les hommes, lorsque Noé vivait encore, Dieu fit ses promesses à Abraham et lorsque Sem vivait encore, Dieu envoya Moïse, etc.

Preuves par discours II (Laf. 435, Sel. 687). La création et le déluge étant passés, et Dieu ne devant plus détruire le monde, non plus que le recréer, ni donner de ces grandes marques de lui, il commença d’établir un peuple sur la terre, formé exprès, qui devait durer jusqu’au peuple que le Messie formerait par son esprit.

Prophéties VI (Laf. 489, Sel. 735). Prophéties preuve de divinité.

Pensées diverses (Laf. 596, Sel. 493). Par ceux qui sont dans le déplaisir de se voir sans foi, on voit que Dieu ne les éclaire pas ; mais les autres, on voit qu’il y a un Dieu qui les aveugle. (Texte barré verticalement).

Pensées diverses (Laf. 776, Sel. 641). L’histoire de l’Église doit proprement être appelée l’histoire de la vérité.

Pensées diverses (Laf. 819, Sel. 660). Les prophéties mêlées des choses particulières et de celles du Messie afin que les prophéties du Messie ne fussent pas sans preuve et que les prophéties particulières ne fussent pas sans fruit.

 

Pensée n° 15P (Laf. 931, Sel. 759). J’aime la pauvreté parce qu’il l’a aimée. J’aime les biens parce qu’ils donnent le moyen d’en assister les misérables. Je garde fidélité à tout le monde. Je ne rends point le mal à ceux qui m’en font, mais je leur souhaite une condition pareille à la mienne où l’on ne reçoit pas de mal ni de bien de la part des hommes. J’essaye d’être juste, véritable, sincère et fidèle à tous les hommes et j’ai une tendresse de cœur pour ceux à qui Dieu m’a uni plus étroitement.

Et soit que je sois seul ou à la vue des hommes j’ai en toutes mes actions la vue de Dieu, qui les doit juger et à qui je les ai toutes consacrées.

Voilà quels sont mes sentiments.

Et je bénis tous les jours de ma vie mon rédempteur qui les a mis en moi et qui d’un homme plein de faiblesse, de misère, de concupiscence, d’orgueil et d’ambition a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de sa grâce, à laquelle toute la gloire en est due, n’ayant de moi que la misère et l’erreur.

 

Mots-clés : AveuglerCréationDélugeDieuÉclaircirÉgliseLoiMiracleMondeOrdreProphétie.