Pensées diverses III – Fragment n° 18 / 85 – Papier original : RO 423-6

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 121 p. 369-369 v° / C2 : p. 325 v°-327

Éditions de Port-Royal :

    Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janvier 1670 p. 327 / 1678 n° 13 p. 322

    Chap. XXVIII - Pensées chrestiennes : 1669 et janvier 1670 p. 241 / 1678 n° 5 p. 233

Éditions savantes : Faugère I, 200, LXVI à LXIX / Havet III.16, VII.11, XXIV.12 ter, XXV.9 / Brunschvicg 91, 81, 521, 121 / Tourneur p. 98-6 / Le Guern 559 / Lafuma 660 à 663 (série XXV) / Sellier 544

 

 

 

Spongia solis.

 

Quand nous voyons un effet arriver toujours de même, nous en concluons une nécessité naturelle, comme qu’il sera demain jour, etc. Mais souvent la nature nous dément et ne s’assujettit pas à ses propres règles.

 

 

L’esprit croit naturellement et la volonté aime naturellement, de sorte qu’à faute des vrais objets il faut qu’ils s’attachent aux faux.

 

 

La grâce sera toujours dans le monde, et aussi la nature, de sorte qu’elle est en quelque sorte naturelle. Et ainsi toujours il y aura des pélagiens et toujours des catholiques, et toujours combat.

Parce que la première naissance fait les uns et la grâce de la seconde naissance fait les autres.

 

 

La nature recommence toujours les mêmes choses : les ans, les jours, les heures, les espaces de même. Et les nombres sont bout à bout, à la suite l’un de l’autre. Ainsi se fait une espèce d’infini et d’éternel. Ce n’est pas qu’il y ait rien de tout cela qui soit infini et éternel mais ces êtres terminés se multiplient infiniment. Ainsi il n’y a, ce me semble, que le nombre qui les multiplie qui soit infini.

 

 

Suite de remarques miscellanea.

Deux de ces brefs textes présentent une réflexion sur les effets de la nature avec leurs régularités et leurs irrégularités.

Le second explique comment l’esprit et la volonté collaborent pour tromper l’homme.

Le troisième porte sur les erreurs graves qu’une conception erronée de la nature peut engendrer, à propos de l’hérésie pélagienne.

Spongia solis : Éponge du soleil.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Contrariétés 7 (Laf. 124, Sel. 157). Contrariétés.

L’homme est naturellement crédule, incrédule, timide, téméraire.

Loi figurative 30 (Laf. 275, Sel. 306). La nature est une image de la grâce.

Preuves par discours I (Laf. 418, Sel. 680). Le nombre infini.

Preuves par discours I (Laf. 423, Sel. 680). Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses.

Je dis que le cœur aime l’être universel naturellement et soi-même naturellement, selon qu’il s’y adonne, et il se durcit contre l’un ou l’autre à son choix. Vous avez rejeté l’un et conservé l’autre. Est-ce par raison que vous vous aimez ?

Pensées diverses (Laf. 577, Sel. 480). S’il ne fallait rien faire que pour le certain on ne devrait rien faire pour la religion, car elle n’est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l’incertain, les voyages sur mer, les batailles. Je dis donc qu’il ne faudrait rien faire du tout, car rien n’est certain. Et qu’il y a plus de certitude à la religion que non pas que nous voyions le jour de demain.

Car il n’est pas certain que nous voyions demain, mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n’en peut pas dire autant de la religion. Il n’est pas certain qu’elle soit mais qui osera dire qu’il est certainement possible qu’elle ne soit pas ?

Pensées diverses (Laf. 698, Sel. 577). Nature s’imite.

La nature s’imite. Une graine jetée en bonne terre produit. Un principe jeté dans un bon esprit produit.

Les nombres imitent l’espace qui sont de nature si différente.

Tout est fait et conduit par un même maître.

La racine, les branches, les fruits, les principes, les conséquences.

Pensées diverses (Laf. 821, Sel. 661). Car il ne faut pas se méconnaître, nous sommes automate autant qu’esprit, et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ? Les preuves ne convainquent que l’esprit, la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues. Elle incline l’automate qui entraîne l’esprit sans qu’il y pense. Qui a démontré qu’il sera demain jour et que nous mourrons, et qu’y a-t-il de plus cru ? C’est donc la coutume qui nous en persuade. C’est elle qui fait tant de chrétiens, c’est elle qui fait les Turcs, les païens, les métiers, les soldats, etc.

 

Mots-clés : An CatholiqueEffetEspaceEspritÉternitéFauxGrâceHeureInfiniJoursMondeMultiplierNaissanceNatureNécessitéNombrePélagienVolontéVrai.