Pensées diverses IV – Fragment n° 19 / 23 – Le papier original est perdu

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 166 p. 395 v° / C2 : p. 369 à 371

Éditions savantes : Faugère I, 229, CLXIX / Havet XXIV.64 / Michaut 956 / Brunschvicg 11 / Le Guern 640 / Lafuma 764 (série XXVI) / Sellier 630

 

 

 

Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne, mais entre tous ceux que le monde a inventés il n’y en a point qui soit plus à craindre que la comédie, c’est une représentationsi naturelle et si délicate des passions qu’elle les émeut et les fait naître dans notre cœur et surtout celle de l’amour, principalement lorsqu’on le représente fort chaste et fort honnête, car plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d’en être touchées ; sa violence plaît à notre amour‑propre qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets que l’on voit si bien représentés, et l’on se fait au même temps une conscience fondée sur l’honnêteté des sentiments qu’on y voit, qui ôtent la crainte des âmes pures, qui s’imaginent que ce n’est pas blesser la pureté d’aimer d’un amour qui leur semble si sage.

Ainsi l’on s’en va de la comédie le cœur si rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l’amour, et l’âme et l’esprit si persuadés de son innocence qu’on est tout préparé à recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher l’occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu’un pour recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l’on a vus si bien dépeints dans la comédie.

 

 

Ce texte sur les méfaits de la comédie s’inscrit dans l’ensemble des discussions du XVIIe siècle sur la moralité du théâtre. Il a été composé par Mme de Sablé, qui a demandé à son ami Pascal de le réviser et de le corriger.

 

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Fragments connexes

 

Vanité 32 (Laf. 46, Sel. 79). Vanité.

La cause et les effets de l’amour.

Cléopâtre.

Dossier de travail (Laf. 413, Sel. 32). Qui voudra connaître à plein la vanité de l’homme n’a qu’à considérer les causes et les effets de l’amour. La cause en est un Je ne sais quoi. Corneille. Et les effets en sont effroyables. Ce Je ne sais quoi, si peu de chose qu’on ne peut le reconnaître remue toute la terre, les princes, les armées, le monde entier.

Le nez de Cléopâtre s’il eût été plus court toute la face de la terre aurait changé.

Pensées diverses (Laf. 628, Sel. 521). Vanité, jeu, chasse, visite, comédies, fausse perpétuité de nom.

Pensées diverses (Laf. 773, Sel. 637). Rien ne nous plaît que le combat mais non pas la victoire.

On aime à voir les combats des animaux, non le vainqueur acharné sur le vaincu. Que voulait-on voir sinon la fin de la victoire et dès qu’elle est arrive on en est saoul. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir dans les disputes le combat des opinions mais de contempler la vérité trouvée ? point du tout. Pour la faire remarquer avec plaisir il faut la faire voir naître de la dispute. De même dans les passions il y a du plaisir à voir deux contraires se heurter, mais quand l’une est maîtresse ce n’est plus que brutalité.

Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses. Ainsi dans les comédies les scènes contentes, sans crainte, ne valent rien, ni les extrêmes misères sans espérance, ni les amours brutaux, ni les sévérités âpres.

 

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