Pensées diverses IV – Fragment n° 8 / 23 – Papier original : RO 253-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 158 p. 391 v° / C2 : p. 361

Éditions savantes : Faugère II, 325, XXVII / Havet XXV.177 / Michaut 530 / Brunschvicg 787 / Tourneur p. 116-2 / Le Guern 629 / Lafuma 746 (série XXVI) / Sellier 619

 

 

 

Sur ce que Josèphe ni Tacite et les autres historiens

n’ont point parlé de Jésus-Christ.

 

Tant s’en faut que cela fasse contre, qu’au contraire cela fait pour. Car il est certain que Jésus-Christ a été, et que sa religion a fait grand bruit, et que ces gens‑là ne l’ignoraient pas, et qu’ainsi il est visible qu’ils ne l’ont celé qu’à dessein, ou bien qu’ils en ont parlé et qu’on l’a ou supprimé ou changé.

 

 

Le peu de retentissement de l’histoire du Christ parmi les historiens est envisagé ici comme un paradoxe qu’il faut expliquer. Pascal retourne un thème ordinaire de la polémique antichrétienne, l’obscurité de Jésus-Christ. Ce fragment est lié à la fois au fragment Preuves de Jésus-Christ 3 (Laf. 300, Sel. 331), au texte sur les trois ordres, Preuves de Jésus-Christ 11 (Laf. 308, Sel. 339).

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Fondement 3 (Laf. 225, Sel. 258). Comme Jésus-Christ est demeuré inconnu parmi les hommes, ainsi sa vérité demeure parmi les opinions communes sans différence à l’extérieur. Ainsi l’Eucharistie parmi le pain commun.

Loi figurative 25 (Laf. 270, Sel. 301). Les Juifs avaient vieilli dans ces pensées terrestres : que Dieu aimait leur père Abraham, sa chair et ce qui en sortait, que pour cela il les avait multipliés et distingués de tous les autres peuples sans souffrir qu’ils s’y mêlassent, que quand ils languissaient dans l’Égypte il les en retira avec tous ses grands signes en leur faveur, qu’il les nourrit de la manne dans le désert, qu’il les mena dans une terre bien grasse, qu’il leur donna des rois et un temple bien bâti pour y offrir des bêtes, et, par le moyen de l’effusion de leur sang qu’ils seraient purifiés, et qu’il leur devait enfin envoyer le Messie pour les rendre maîtres de tout le monde, et il a prédit le temps de sa venue.

Le monde ayant vieilli dans ces erreurs charnelles. Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l’éclat attendu, et ainsi ils n’ont pas pensé que ce fût lui. Après sa mort saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure, que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l’esprit, que les ennemis des hommes n’étaient pas leurs Babyloniens, mais leurs passions, que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié, que la circoncision du corps était inutile, mais qu’il fallait celle du cœur, que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel, etc.

Preuves de Jésus-Christ 3 (Laf. 300, Sel. 331). Jésus-Christ dans une obscurité (selon ce que le monde appelle obscurité), telle que les historiens n’écrivant que les importantes choses des états l’ont à peine aperçu.

Preuves de Jésus-Christ 11 (Laf. 308, Sel. 339). Jésus-Christ sans biens, et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions. Il n’a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun  péché. Ô qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse !

[…]

Il est bien ridicule de  se scandaliser de la bassesse de Jésus-Christ, comme si cette bassesse était de l’ordre de sa du même ordre duquel est la grandeur qu’il venait faire paraître.

Qu’on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandonnement, dans sa secrète résurrection et dans le reste. On la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas.

Prophéties VII (Laf. 499, Sel. 736). Quel homme eut jamais plus d’éclat ?

Le peuple juif tout entier le prédit avant sa venue.

Le peuple gentil l’adore après sa venue.

Ces deux peuples gentil et juif le regardent comme leur centre.

Et cependant quel homme jouit jamais moins de cet éclat ? De trente-trois ans il en vit trente sans paraître. Dans trois ans il passe pour un imposteur. Les prêtres et les principaux le rejettent. Ses amis et ses plus proches le méprisent, enfin il meurt trahi par un des siens, renié par l’autre et abandonné par tous.

Quelle part a-t-il donc à cet éclat ? Jamais homme n’a eu tant d’éclat, jamais homme n’a eu plus d’ignominie. Tout cet éclat n’a servi qu’à nous pour nous le rendre reconnaissable, et il n’en a rien eu pour lui.

Pensées diverses (Laf. 747, Sel. 620). Sur ce que la religion chrétienne n’est pas unique.

Tant s’en faut que ce soit une raison qui fasse croire qu’elle n’est pas la véritable, qu’au contraire c’est ce qui fait voir qu’elle l’est.

 

Mots-clés : HistoireJésus-ChristJosèpheReligionTacite.