Miracles III  – Fragment n° 6 / 11 – Papier original : RO 416-1 r° / v°

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 193 p. 463 à 465 / C2 : p. 261 v° à 264

Éditions savantes : Faugère II, 323, XX ; I, 275, XXXIV ; I, 286, LX ; I, 284, LIV ; I, 260, XL ; I, 181 note, IX ; II, 42, IX ; II, 88, XXI ; II, 213, II / Havet XXIV.20 bis ; Prov. 416 p. 294 et 415 p. 292 ; XXV.131 ; XXIV.100 ter ; VI.22 ; XXIII.41  / Brunschvicg 222, 946, 860, 936, 51, 78, 52, 165, 436 bis, 804 / Tourneur p. 156 / Le Guern 702 / Lafuma 882 à 891 (série XXXIV, notée XXXIII par erreur) / Sellier 444 et 445

 

 

 

Athées.

 

Quelle raison ont‑ils de dire qu’on ne peut ressusciter ? Quel est plus difficile, de naître ou de ressusciter ? Que ce qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? Est‑il plus difficile de venir en être que d’y revenir ? La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible. Populaire façon de juger.

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Pourquoi une vierge ne peut‑elle enfanter ? Une poule ne fait‑elle pas des œufs sans coq ? Quoi les distingue par dehors d’avec les autres ? Et qui nous a dit que la poule n’y peut former ce germe aussi bien que le coq ?

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Il y a tant de disproportion entre le mérite qu’il croit avoir et la bêtise, qu’on ne saurait croire qu’il se mécompte si fort.

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Après tant de marques de piété, ils ont encore la persécution, qui est la meilleure des marques de la piété.

 

Il est bon qu’ils fassent des injustices, de peur qu’il ne paraisse que les molinistes ont agi avec justice. Et ainsi il ne les faut pas épargner, ils sont dignes d’en commettre.

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Pyrrhonien pour opiniâtre.

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Descartes inutile et incertain.

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Nul ne dit courtisan que ceux qui ne le sont pas, pédant qu’un pédant, provincial qu’un provincial, et je gagerais que c’est l’imprimeur qui l’a mis au titre des Lettres au provincial.

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Pensées.

 

In omnibus requiem quæsivi.

Si notre condition était véritablement heureuse, il ne nous faudrait pas divertir d’y penser pour nous rendre heureux.

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Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien, et ils n’ont ni titre pour le posséder justement, ni force pour le posséder sûrement. De même la science, les plaisirs. Nous n’avons ni le vrai ni le bien.

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Miracle.

 

C’est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu’on y emploie. Et non‑miracle est un effet qui n’excède pas la force naturelle des moyens qu’on y emploie. Ainsi ceux qui guérissent par l’invocation du diable ne font pas un miracle, car cela n’excède pas la force naturelle du diable. Mais...

 

 

Ensemble de notes sur divers sujets de polémique.

 

In omnibus requiem quaesivi : En toutes choses j’ai recherché le repos.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Ordre 10 (Laf. 12, Sel. 46). Ordre.

Les hommes ont mépris pour la religion. Ils en ont haine et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison. Vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux bons qu’elle fût vraie et puis montrer qu’elle est vraie.

Vénérable parce qu’elle a bien connu l’homme.

Aimable parce qu’elle promet le vrai bien.

Vanité 16 (Laf. 28, Sel. 62). Faiblesse.

Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien et ils ne sauraient avoir de titre pour montrer qu’ils le possèdent par justice, car ils n’ont que la fantaisie des hommes, ni force pour le posséder sûrement.

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Il en est de même de la science. Car la maladie l’ôte.

Nous sommes incapables et de vrai et de bien.

Misère 19 (Laf. 70, Sel. 104). Si notre condition était véritablement heureuse il ne faudrait pas nous divertir d’y penser.

Verso de Raisons des effets 3 (Laf. 84, Sel. 118). Descartes.

Il faut dire en gros : « cela se fait par figure et mouvement. » Car cela est vrai, mais de dire quelles et composer la machine, cela est ridicule. Car cela est inutile et incertain et pénible. Et quand cela serait vrai, nous n’estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine. (texte barré verticalement)

Soumission 2 (Laf. 168, Sel. 199). Que je hais ces sottises de ne pas croire l’eucharistie, etc.

Si l’évangile est vrai, si Jésus-Christ est Dieu, quelle difficulté y a-t-il là ?

Fondement 4 (Laf. 227, Sel. 259). Qu’ont-ils à dire contre la résurrection, et contre l’enfantement d’une Vierge ? Qu’est-il plus difficile de produire un homme ou un animal, que de le reproduire ? Et s’ils n’avaient jamais vu une espèce d’animaux pourraient-ils deviner s’ils se produisent sans la compagnie les uns des autres ?

Dossier de travail (Laf. 393, Sel. 12). La vraie nature de l’homme, son vrai bien et la vraie vertu et la vraie religion sont choses dont la connaissance est inséparable.

Pensées diverses (Laf. 520, Sel. 453). J’ai passé longtemps de ma vie en croyant qu’il y avait une justice et en cela je ne me trompais pas, car il y en a selon que Dieu nous l’a voulu révéler, mais je ne le prenais pas ainsi et c’est en quoi je me trompais, car je croyais que notre justice était essentiellement juste, et que j’avais de quoi la connaître et en juger, mais je me suis trouvé tant de fois en faute de jugement droit, qu’enfin je suis entré en défiance de moi et puis des autres. J’ai vu tous les pays et hommes changeants. Et ainsi après bien des changements de jugement touchant la véritable justice j’ai connu que notre nature n’était qu’un continuel changement et je n’ai plus changé depuis. Et si je changeais je confirmerais mon opinion. Le pyrrhonien Arcésilas qui redevient dogmatique. (texte barré verticalement)

Pensées diverses (Laf. 553, Sel. 462). Écrire contre ceux qui approfondissent trop les sciences. Descartes.

Pensées diverses (Laf. 655, Sel. 539). Les discours d’humilité sont matière d’orgueil aux gens glorieux et d’humilité aux humbles. Ainsi ceux du pyrrhonisme sont matière d’affirmation aux affirmatifs. Peu parlent de l’humilité humblement, peu de la chasteté chastement, peu du pyrrhonisme en doutant. Nous ne sommes que mensonge, duplicité, contrariété et nous cachons et nous déguisons à nous-mêmes.

Miracles I (Laf. 830, Sel. 419). 1. S’il faut, pour faire qu’un effet soit miraculeux, qu’il soit au‑dessus de la force des hommes, des démons, des anges et de toute la nature créée.

Les théologiens disent que les miracles sont surnaturels ou dans leur substance, quoad substantiam, comme la pénétration de deux corps ou la situation d’un même corps en deux lieux en même temps ; ou qu’ils sont surnaturels dans la manière de les produire quoad modum, comme quand ils sont produits par des moyens qui n’ont nulle vertu naturelle de les produire : comme quand Jésus-Christ guérit les yeux de l’aveugle avec la boue et la belle‑mère de saint Pierre en se penchant sur elle, et la femme malade du flux de sang en touchant le bord de sa robe. Et la plupart des miracles qu’il a faits dans l’Évangile sont de ce second genre. Telle est aussi la guérison d’une fièvre, ou autre maladie faite en un moment, ou plus parfaitement que la nature ne porte, par l’attouchement d’une relique ou par l’invocation du nom de Dieu, de sorte que la pensée de celui qui propose ces difficultés est vraie et conforme à tous les théologiens, même de ce temps.

2. S’il ne suffit pas qu’il soit au‑dessus de la force naturelle des moyens qu’on y emploie, ma pensée étant que tout effet est miraculeux lequel surpasse la force naturelle des moyens qu’on y emploie. Ainsi j’appelle miraculeux la guérison d’une maladie faite par l’attouchement d’une sainte relique, la guérison d’un démoniaque faite par l’invocation du nom de Jésus, etc., parce que ces effets surpassent la force naturelle des paroles par lesquelles on invoque Dieu ; et la force naturelle d’une relique ne peut guérir les maladies et chasser les démons. Mais je n’appelle pas miracle de chasser les démons par l’art du diable, car, quand on emploie la puissance du diable pour chasser le diable, l’effet ne surpasse pas la force naturelle des moyens qu’on y emploie. Et ainsi il m’a paru que la vraie définition des miracles est celle que je viens de dire.

Ce que le diable peut faire n’est pas miracle, non plus que ce que peut faire une bête, quoique l’homme ne le puisse faire par lui‑même.

 

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