Dossier thématique : Les deux délectations

 

 

L’idée fondamentale de la doctrine des deux délectations est que la volonté humaine est toujours animée par la recherche du bonheur. Voir Souverain bien 2 (Laf. 148, Sel. 181) : Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu’ils y emploient ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres n’y vont pas est ce même désir qui est dans tous les deux accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet, c’est le motif de toutes les actions de tous les hommes jusqu’à ceux qui vont se pendre. Dans ce bien qu’elle recherche, l’âme cherche son bien, et elle trouve son plaisir et sa joie dans sa possession.

La volonté peut être animée par deux dispositions, selon qu’elle recherche la satisfaction de l’intérêt propre, ou la recherche de Dieu. La corruption consécutive au péché a détourné la volonté de Dieu vers l’égoïsme : voir ce qu’écrit Saint-Cyran, Lettres, éd. Donetzkoff, I, p. 95, lettre à Arnauld d’Andilly de 1635 : « Souvenez-vous toujours de ce que je vous ai dit souvent, que les vraies passions ont été dérobées au vrai amour, pour être transférées au mauvais ».

Il en résulte que, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, la volonté est toujours guidée par une forme de plaisir. Voir sur ce point OC III, éd. J. Mesnard, p. 599, la théorie de la délectation.

Saint Augustin, Œuvres, Premières polémiques contre Julien, Bibliothèque augustinienne, t. 23, p. 778-487, note sur la théorie augustinienne de la délectation victorieuse.

Pour saint Augustin, si l’homme, dans l’état de nature corrompue, est toute sa vie sujet à l’action de la concupiscence, qui le rend esclave de ses mauvais désirs, Dieu peut opposer à cette délectation mauvaise l’action de sa grâce, qui engendre une délectation contraire, par laquelle il trouve sa joie dans la charité et l’accomplissement de la volonté de Dieu.

Sellier Philippe, Pascal et saint Augustin, Paris, Colin, 1970, p. 329 sq. Au charme du mal dans la volonté mauvaise s’oppose une délectation dans le bien, « acte vital et indélibéré de l’âme ». Il y a donc deux délectations, sur lesquelles Pascal s’est constitué un florilège en puisant dans la Sanctorum patrum de gratia Christi et libero arbitrio dimicantium trias de Sinnich (1648) : p. 333.

Laporte Jean, La doctrine de Port-Royal, I, Les vérités de la grâce, p. 416 sq. Alors qu’elle ne tient pas une grande place chez Arnauld, l’idée de suavité, de délectation victorieuse tient une grande place chez Pascal. Il s’est toujours attaché à la théorie des deux délectations entendue à la manière la plus strictement janséniste. Définition de la délectation : p. 429 sq.

Pascal développe cette idée dans les Écrits sur la grâce, Lettre sur la possibilité des commandements, Mouvement final, 6, Rédaction inégalement élaborée, OC III, éd. J. Mesnard, p. 693-707.

« 34. Aussi cet admirable enseignement de saint Paul devrait suffire pour nous en instruire, quand il dit que l'homme est ou esclave de la justice, et libre du péché ; ou libre de la justice, et esclave du péché ; c'est-à-dire ou esclave du péché ou esclave de la justice ; jamais sans être esclave ou de l'un ou de l'autre ; et partant jamais libre de l'un et de l'autre.

35. Il est maintenant esclave de la délectation ; ce qui le délecte davantage l'attire infailliblement : ce qui est un principe si clair, et dans le sens commun et dans saint Augustin, qu'on ne peut le nier sans renoncer à l'un et à l'autre.

36. Car qu'y a-t-il de plus clair que cette proposition, que l'on fait toujours ce qui délecte le plus ? Puisque ce n'est autre chose que de dire que l'on fait toujours ce qui plaît le mieux, c'est-à-dire que l'on veut toujours ce qui plaît, c'est-à-dire qu'on veut toujours ce que l'on veut, et que dans l'état où est aujourd'hui notre âme réduite, il est inconcevable qu'elle veuille autre chose que ce qu'il lui plaît vouloir, c'est-à-dire ce qui la délecte le plus. Et qu'on ne prétende pas subtiliser en disant que la volonté, pour marquer sa puissance, choisira quelquefois ce qui lui plaît le moins ; car alors il lui plaira davantage de marquer sa puissance que de vouloir le bien qu'elle quitte, de sorte que, quand elle s'efforce de fuir ce qu'il lui plaît, ce n'est que pour faire ce qu'il lui plaît, étant impossible qu'elle veuille autre chose que ce qu'il lui plaît de vouloir.

37. Et c'est ce qui a fait établir à saint Augustin cette maxime, pour fondement de la manière dont la volonté agit : Quod amplius delectat, secundum id operemur necesse est. C'est une nécessité que nous opérions selon ce qui nous délecte davantage. »

Pascal, Provinciale XVIII, Provinciales, éd. Cognet, p. 358-359. Exposition de la théorie de la délectation et de la grâce :

« l’homme, par sa propre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de résister à la grâce, et que, depuis sa corruption, il porte un fonds malheureux de concupiscence, qui lui augmente infiniment ce pouvoir ; mais que néanmoins, quand il plaît à Dieu de le toucher par sa miséricorde, il lui fait faire ce qu’il veut et en la manière qu’il le veut, sans que cette infaillibilité de l’opération de Dieu détruise en aucune sorte la liberté naturelle de l’homme, par les secrètes et admirables manières dont Dieu opère ce changement, que saint Augustin a si excellemment expliquées, et qui dissipent toutes les contradictions imaginaires que les ennemis de la grâce efficace se figurent entre le pouvoir souverain de la grâce sur le libre arbitre et la puissance qu’a le libre arbitre de résister à la grâce ; car, selon ce grand saint, que les Papes de l’Eglise ont donné pour règle en cette matière, Dieu change le cœur de l’homme par une douceur céleste qu’il y répand, qui, surmontant la délectation de la chair, fait que l’homme sentant d’un côté sa mortalité et son néant, et découvrant de l’autre la grandeur et l’éternité de Dieu, conçoit du dégoût pour les délices du péché, qui le séparent du bien incorruptible. Trouvant sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme, il s’y porte infailliblement de lui-même, par un mouvement tout libre, tout volontaire, tout amoureux ; de sorte que ce lui serait une peine et un supplice de s’en séparer. Ce n’est pas qu’il ne puisse toujours s’en éloigner, et qu’il ne s’en éloignât effectivement, s’il le voulait. Mais comment le voudrait-il, puisque la volonté ne se porte jamais qu’à ce qu’il lui plaît le plus, et que rien ne lui plaît tant alors que ce bien unique, qui comprend en soi tous les autres biens ? Quod enim amplius nos delectat, secundum id operemur necesse est, comme dit saint Augustin.

C’est ainsi que Dieu dispose de la volonté libre de l’homme sans lui imposer de nécessité ; et que le libre arbitre, qui peut toujours résister à la grâce, mais qui ne le veut pas toujours, se porte aussi librement qu’infailliblement à Dieu, lorsqu’il veut l’attirer par la douceur de ses inspirations efficaces. »

Le Traité de la prédestination, 3, OC III, éd. J. Mesnard, p. 793-794, décrit en ces termes la naissance de la mauvaise délectation chez Adam :

« 7. Adam, ayant péché et s’étant rendu digne de mort éternelle, pour punition de sa rébellion, Dieu l’a laissé dans l’amour de la créature.

Et sa volonté, laquelle auparavant n’était en aucune sorte attirée vers la créature par aucune concupiscence, s’est trouvée remplie de concupiscence que le Diable y a semée, et non pas Dieu.

8. La concupiscence s’est donc élevée dans ses membres et a chatouillé et délecté sa volonté dans le mal, et les ténèbres ont rempli son esprit de telle sorte que sa volonté, auparavant indifférente pour le bien et le mal, sans délectation ni chatouillement ni dans l’un ni dans l’autre, mais suivant, sans aucun appétit prévenant de sa part, ce qu’il connaissait de plus convenable à sa félicité, se trouve maintenant charmée par la concupiscence qui s’est élevée dans ses membres. Et son esprit très fort, très juste, très éclairé, est obscurci et dans l’ignorance. »

L’action contraire de la sainte délectation est décrite plus bas dans le même ouvrage :

« 13. Pour sauver ses élus, Dieu a envoyé Jésus-Christ pour satisfaire à sa justice, et pour mériter de sa miséricorde la grâce de Rédemption, la grâce médicinale, la grâce de Jésus-Christ, qui n’est autre chose qu’une suavité et une délectation dans la loi de Dieu, répandue dans le cœur par le Saint-Esprit, qui non seulement égalant, mais surpassant encore la concupiscence de la chair, remplit la volonté d’une plus grande délectation dans le bien, que la concupiscence ne lui en offre dans le mal, et qu’ainsi le libre arbitre, charmé par les douceurs et par les plaisirs que le Saint-Esprit lui inspire, plus que par les attraits du péché, choisit infailliblement lui-même la loi de Dieu par cette seule raison qu’il y trouve plus de satisfaction et qu’il y sent sa béatitude et sa félicité.

14. De sorte que ceux à qui il plaît à Dieu de donner cette grâce, se portent d’eux-mêmes par leur libre arbitre à préférer infailliblement Dieu à la créature. Et c’est pourquoi on dit indifféremment ou que le libre arbitre s’y porte de soi-même par le moyen de cette grâce, parce qu’en effet il s’y porte, ou que cette grâce y porte le libre arbitre, parce que toutes les fois qu’elle est donnée, le libre arbitre s’y porte infailliblement. »

Cette sainte délectation s’oppose à la première, engendrant un conflit qui peut être douloureux dans le processus de la conversion.

Gouhier Henri, Blaise Pascal. Conversion et apologétique, p. 75 sq. La vie du chrétien est un combat continu. Le poids de la concupiscence tend vers la terre, alors que Dieu attire en haut, ce qui engendre un état de violence.

Voir la Lettre de Pascal à Melle de Roannez n° 2, 24 septembre 1656, OC III, éd. J. Mesnard, p. 1031 sq. « Dimanche, 24 septembre 1656. Il est bien assuré qu’on ne se détache jamais sans douleur. On ne sent pas son lien quand on suit volontairement celui qui entraîne, comme dit saint Augustin ; mais quand on commence à résister et à marcher en s’éloignant, on souffre bien ; le lien s’étend et endure toute la violence ; et ce lien est notre propre corps, qui ne se rompt qu’à la mort. Notre Seigneur a dit que, depuis la venue de Jean Baptiste, c’est-à-dire depuis son avènement dans chaque fidèle, le royaume de Dieu souffre violence et que les violents le ravissent. Avant que l’on soit touché, on n’a que le poids de sa concupiscence, qui porte à la terre. Quand Dieu attire en haut, ces deux efforts contraires font cette violence que Dieu seul peut faire surmonter. Mais nous pouvons tout, dit saint Léon, avec celui sans lequel nous ne pouvons rien. Il faut donc se résoudre à souffrir cette guerre toute sa vie : car il n’y a point ici de paix. Jésus-Christ est venu apporter le couteau, et non pas la paix. Mais néanmoins il faut avouer que comme l’Écriture dit que la sagesse des hommes n’est que folie devant Dieu, aussi on peut dire que cette guerre qui parait dure aux hommes est une paix devant Dieu ; car c’est cette paix que Jésus-Christ a aussi apportée. Elle ne sera néanmoins parfaite que quand le corps sera détruit, et c’est ce qui fait souhaiter la mort, en souffrant néanmoins de bon cœur la vie pour l’amour de celui qui a souffert pour nous et la vie et la mort, et qui peut nous donner plus de biens que nous ne pouvons ni demander ni imaginer, comme dit saint Paul, en l’épître de la messe d’aujourd’hui… »

OC IV, p. 987 sq. Le thème de la délectation dans la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies.

Cependant, ce conflit des délectations n’empêche pas la délectation engendrée par la grâce et la charité de susciter un plaisir sui generis.

Gouhier Henri, Blaise Pascal. Conversion et apologétique, p. 73. « On ne quitte les plaisirs que pour d’autres plus grands » : p. 71. Cas de Pascal, qui a ainsi senti la différence entre un attrait de pure connaissance et l’effet réel de la grâce qui incline le cœur. D’après l’Écrit sur la conversion du pécheur, l’âme comprend d’abord que le Créateur est plus aimable que les créatures, et la raison aidée de la lumière de la grâce fait connaître qu’il n’y a rien de plus aimable que Dieu : p. 74. Les effets sur la psychologie de la vie affective de l’âme sous la grâce sont des peines et inquiétudes accompagnées d’un plaisir qui permet de les surmonter : p. 74-75. Un plaisir ne peut cesser de plaire que si un plaisir plus vif le remplace : p. 75. Analyse de la Provinciale XVIII, sur le conflit des délectations : p. 77 sq. Dieu change le cœur de l’homme par une douceur céleste qui surmonte la délectation de la chair. Sur la voluptas cordis, plaisir sui generis donné par la sainte délectation, voir p. 78 sq.

Lafond Jean, “Augustinisme et épicurisme au XVIIe siècle”, XVIIe siècle, Le siècle de saint Augustin, 135, 1982, p. 150 sq. La doctrine de la délectation victorieuse a permis de comparer Jansénius à Épicure ; voir Fénelon Comparaison du système de Jansénius avec celui d’Épicure. Cette doctrine choque celle du “pur amour”, chère à Fénelon : p. 151.

Thirouin Laurent et Krumenacker Yves, Les écoles de pensée religieuse à l’époque moderne, Chrétiens et Sociétés, n° 5, Université Lyon II, 2006, p. 25-64. 39 sq. Fénelon voit dans le jansénisme « ce système auquel le parti sacrifie tout » : le jansénisme est pour Fénelon un travestissement de l’épicurisme. L’anthropologie augustinienne est, malgré les apparences, une pensée du plaisir, centrée sur l’idée de délectation victorieuse, delectatio victrix. La référence fondamentale est la formule de saint Augustin dans son Expositio Epistulae ad Galatos, V, 49 : « Quod enim amplius nos delectat, secundum id operemus necesse est », « Il est nécessaire que nous agissions conformément à ce qui nous charme le plus » : p. 40. Principe : toute action volontaire de l’homme, quelles que soient les formes qu’elle prenne, est la résultante d’un plaisir. On ne peut se déterminer qu’en fonction d’un bien convoité. Augustin intègre dans sa conception de l’homme la puissance du plaisir, non pas l’équivalence de tous les plaisirs, mais leur indissociable parenté : p. 44. Les griefs de Fénelon contre le jansénisme sont caricaturaux, mais l’augustinisme peut apparaître comme une pensée du plaisir, un eudémonisme : p. 46. Ce qui caractérise la délectation, c’est son caractère donné ; on ne peut se la procurer soi-même : elle installe naturellement dans la dépendance de Dieu. Suivant Pascal, nul ne peut faire en sorte d’être délecté par ceci plutôt que cela ; la délectation s’empare d’un sujet sans qu’il y puisse rien.

Voir aussi la discussion proposée par De Lubac Henri, Augustinisme et théologie moderne, p. 92 sq. Le jansénisme n’est pas condamnable pour avoir revendiqué une place éminente pour la charité ; ni pour avoir célébré les charmes victorieux de la délectation céleste : p. 93. On doit poser la dichotomie augustinienne de la caritas et de la cupiditas, mais non prêter à la charité les traits de la cupidité. L’erreur initiale de Jansénius est de réaliser à part, comme des choses, les différents moments d’une analyse, qui sont inséparables dans la réalité ; il raisonne toujours comme si la délectation était, dans la volonté, un poids différent de la volonté même : pour lui, la délectation est cause de la volition. En fait, selon saint Augustin, la délectation n’est que l’amour, qui n’est lui-même que le poids intérieur de la volonté laquelle n’est à son tour que le libre arbitre même : p. 95. Ne pas entendre la charité comme une cupidité retournée : p. 100.

 

Delectatio victrix, délectation victorieuse

 

La doctrine de la délectation victorieuse rejoint la question du caractère efficace de la grâce, et du problème général de la liberté humaine.

Sellier Philippe, Pascal et saint Augustin, p. 329 sq. et surtout p. 331, n. 1. « Quod amplius nos delectat, secundum id operemur necesse est », Expos. Epist. Ad. Galat., 5, n. 49.

Saint Augustin, Œuvres, Premières polémiques contre Julien, Bibliothèque augustinienne, t. 23, p. 778-487, note sur La théorie augustinienne de la délectation victorieuse. La doctrine de la délectation n’est pas contraire à la liberté : pour saint Augustin, la preuve que le pécheur exerce sa liberté en commettant le péché, c’est le plaisir qu’il prend au péché ; de même le juste exerce sa liberté en faisant le bien sous l’effet de la grâce parce qu’il prend plaisir au bien qu’il fait : p. 779. La décision de ne pas consentir à la delectatio peccandi est présentée comme une delectatio justitiae : p. 780. La grâce n’impose pas de contrainte à la volonté ; elle épouse sa spontanéité en substituant la délectation du bien à celle du mal : p. 781.

Thirouin Laurent et Krumenacker Yves, Les écoles de pensée religieuse à l’époque moderne, Chrétiens et Sociétés, n° 5, Université Lyon II, 2006, p. 25-64. 39 sq. La référence fondamentale est la formule de saint Augustin dans son Expositio Epistulae ad Galatos, V, 49 : « Quod enim amplius nos delectat, secundum id operemus necesse est », « Il est nécessaire que nous agissions conformément à ce qui nous charme le plus » : p. 40. Principe : toute action volontaire de l’homme, quelles que soient les formes qu’elle prenne, est la résultante d’un plaisir. On ne peut se déterminer qu’en fonction d’un bien convoité. La discussion porte surtout sur l’idée de delectatio victrix : p. 41 sq. La délectation est dite victrix, non parce qu’elle triomphe de la volonté, mais parce qu’elle vainc une autre délectation : elle est victrix par rapport à une concurrente : p. 42. Voir Jansénius, Augustinus, t. III, Gratia Christi, livre VIII, c. 2 : « La délectation victorieuse, qui est un secours efficace pour saint Augustin, est relative. En effet, elle est victorieuse quand elle en surmonte une autre. S’il arrive que l’autre soit plus forte l’âme sera attachée sans usité à des désirs inefficaces, et ne voudra jamais efficacement ce qu’elle doit vouloir ».

Sur ce sujet aussi, voir la discussion de De Lubac Henri, Augustinisme et théologie moderne, p. 92 sq. Delectatio victrix, avec références à saint Augustin, p. 93. L’erreur de Jansénius touche le caractère indélibéré de la délectation augustinienne : p. 95. Il raisonne comme si la délectation était, dans la volonté, un poids différent de la volonté même. Pour lui, la délectation est cause de volition. Augustin, lui, confond délectation et amour, « qui n’est lui-même que le poids intérieur de la volonté ». Le mot victrix : Jansénius le prend à contresens : p. 95. Quand saint Augustin parle de delectatio victrix, il entend que la grâce donne au vouloir humain de vaincre la concupiscence, au libre arbitre de vaincre le péché. La grâce triomphe non pas de nous, mais en nous, non du libre arbitre, mais du péché. Il n’y a pas d’idée de lutte entre la grâce et la volonté : p. 98. Ce n’est pas la grâce qui est qualifiée d’invincible par rapport au vouloir ; c’est le vouloir lui-même, par l’effet de la grâce : p. 98. Les qualités d’inévitable et d’invincible s’appliquent également à la grâce de persévérance, mais en tant que cette grâce s’oppose aux embûches de l’ennemi, non aux résistances du vouloir : p. 99.

 

Bibliographie

 

Saint AUGUSTIN, Œuvres, Premières polémiques contre Julien, Bibliothèque augustinienne, t. 23, p. 778-487, note sur la théorie augustinienne de la délectation victorieuse.

DE LUBAC Henri, Augustinisme et théologie moderne, Paris, Aubier, 1965.

GOUHIER Henri, Blaise Pascal. Conversion et apologétique, Paris, Vrin, 1986, p. 71 sq.

LAFOND Jean, “Augustinisme et épicurisme au XVIIe siècle”, XVIIe siècle, Le siècle de saint Augustin, 135, 1982, p. 149-168.

LAPORTE Jean, La doctrine de Port-Royal, I, Les vérités de la grâce, Paris, Presses Universitaires de France, 1923.

MOCHIZUKI Yuka, “La délectation dans les Écrits sur la grâce. Une orientation nouvelle dans les controverses jansénistes”, in DESCOTES Dominique (dir.), Pascal auteur spirituel, Paris, Champion, 2006, p. 351-392.

OC III, éd. J. Mesnard, Introduction aux Écrits sur la grâce, p. 592-612, surtout p. 599 sq..

SELLIER Philippe, Pascal et saint Augustin, Paris, Colin, 1970.

THIROUIN Laurent et KRUMENACKER Yves, Les écoles de pensée religieuse à l’époque moderne, Chrétiens et Sociétés, n° 5, Université Lyon II, 2006, p. 25-64.