Dossier thématique : Esdras

 

 

Les fragments des Pensées relatifs à la fable d’Esdras nécessitent tous une explication du contexte général et de l’histoire de la mission qu’a remplie Esdras. La plupart des notes de Pascal concernent des aspects parfois obscurs de cette histoire. Nous proposons donc dans le présent document une mise au point à laquelle tous les dossiers des fragments relatifs à Esdras renverront pour ne pas répéter plusieurs fois le même récit.

 

Dans quel contexte se situe l’histoire d’Esdras ?

 

Briant Pierre, Histoire de l’empire perse. De Cyrus à Alexandre, Paris, Fayard, 1996, p. 600. La mission d’Esdras a lieu en 458. Scribe versé dans la loi de Moïse, il revient à Jérusalem, porteur d’une lettre royale, et des moyens nécessaires pour rendre au temple sa splendeur : p. 601. Artaxerxès Ier va jusqu’à interdire de lever des impôts sur les desservants du temple. Esdras établit des juges et des magistrats. Il organise une cérémonie officielle de renouvellement de l’Alliance.

Les livres d’Esdras et de Néhémie, dans la Bible, narrent les événements qui ont suivi l’édit de Cyrus mettant fin, en 538 avant Jésus-Christ, à la captivité des Juifs à Babylone.

Avec le roi Cyrus a commencé le processus de libération du peuple juif de l’exil auquel l’avait condamné Nabuchodonosor. Flavius Josèphe écrit, dans ses Antiquités judaïques, XI, 1, que « en la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, soixante-dix ans après que les tribus de Juda et de Benjamin eurent été menées captives à Babylone, Dieu, touché de compassion de leurs souffrances, accomplit ce qu’il avait promis par le prophète Jérémie avant même la ruine de Jérusalem : qu’après que nous aurions passé soixante-dix ans dans une dure servitude sous Nabuchodonosor et ses descendants, nous retournerions en notre pays, rebâtirions le Temple, et jouirions de notre première félicité. Ainsi il mit dans le cœur de Cyrus d’écrire cette lettre, et de l’envoyer par toute l’Asie : « Nous croyons que le Dieu tout-puissant qui nous a établi roi de toute la terre est le Dieu que le peuple d’Israël adore ; car il a prédit par ses prophètes que nous porterions le nom que nous portons, et que nous rétablirions le Temple de Jérusalem consacré en son honneur dans la Judée » » (tr. Arnauld d’Andilly). C’est le début du processus qui a conduit à la permission donnée aux Juifs de retourner dans leur terre.

Cazelle Henri, Introduction critique à l’ancien testament, p. 76. Après la mort de Cyrus, tué à la bataille de Cunaxa en 401, Artaxerxès prend le pouvoir (404-359). Mais à cette époque, la scission s’est effectuée entre l’Égypte et la Perse. Le roi perse veut donc renforcer la Palestine, région frontière de l’Égypte, pour en faire un tampon contre une invasion éventuelle. La mission d’Esdras, en la « l7e année d’Artaxerxès » (398), n’est donc pas purement religieuse et administrative : le roi veut régler la querelle judéo-samaritaine et unir fortement les « adorateurs du Dieu du Ciel » dispersés dans l’empire. L’opération n’est pas désintéressée : en accordant un statut spécial déterminé par la « Loi du Dieu du ciel », à tous les membres de la communauté unie autour de son grand prêtre et de son temple, Artaxerxès cherche à s’en faire des clients. Voir le déroulement du récit biblique, p. 659 sq. La relation tourne autour de trois thèmes principaux : la reconstruction du Temple, la remise en état de la cité et l’établissement du judaïsme sur des bases juridiques. La chronologie historique proposée par Cazelle, p. 663-664, qui tente de remédier aux incohérences du récit de la Bible, est la suivante :

538-520. Des caravanes de rapatriés arrivent à Jérusalem ; Shehsbassar remet en état l’autel des holocaustes et pose les premiers fondements du Temple : Esdras I, 1-III, 13.

520-515. Déroulement de la reconstruction encouragée par Aggée et Zacharie, conduite à son terme par Zorobabel ; le Temple est consacré et on y célèbre la Pâque.

515-445. Opposition persistante et efficace des Samaritains à la restauration des remparts, sous Xerxès Ier, 486-465 et Artaxerxès, 464-424.

445. Dans la 20e année d’Artaxerxès, Néhémie inaugure sa première mission ; les murailles sont reconstruites, les dispositions prises en vue du synœcisme, l’opération réalisée et la dédicace des remparts célébrée.

438, en la 27e année d’Artaxerxès, Esdras se préoccupe d’organiser le régime spirituel de la communauté ; il donne lecture de la Loi, préside la fête des Tabernacles, décide de supprimer les unions mixtes et éveille chez ses compatriotes des sentiments de repentir.

433, 32e année d’Artaxerxès, Néhémie, après douze années de gouvernement, regagne Suse ; il accomplira une seconde mission en Judée, avant la mort d’Artaxerxès (424).

Voir sur cette chronologie La Bible, éd. Ph. Sellier, coll. Bouquins, Robert Laffont,1990, p. 538.

Bossuet Jacques Bénigne, Discours sur l’histoire universelle, IIe partie, ch. VIII, Retour du peuple sous Zorobabel, Esdras et Néhémias, éd. Velat et Champailler, Pléiade, Paris, NRF, Gallimard, 1961, p. 815. « Ce fut Zorobabel de la tribu de Juda et du sang des rois qui les ramena de captivité. Ceux de Juda reviennent en foule, et remplissent tout le pays. Les dix tribus dispersées se perdent parmi les gentils, à la réserve de ceux qui sous le nom de Juda, et réunis sous ses étendards, rentrent dans la terre de leurs pères. Cependant l’autel se redresse, le temple se rebâtit, les murailles de Jérusalem sont relevées. La jalousie des peuples voisins est réprimée par les rois de Perse devenus les protecteurs du peuple de Dieu. Le pontife rentre en exercice avec tous les prêtres qui prouvèrent leur descendance par les registres publics : les autres sont rejetés. Esdras prêtre lui-même et docteur de la loi, et Nehemias gouverneur réforment tous les abus que la captivité avait introduits, et font garder la loi dans sa pureté. Le peuple pleure avec eux les transgressions qui lui avaient attiré ces grands châtiments, et reconnaît que Moïse les avait prédits. Tous ensemble lisent dans les saints livres les menaces de l’homme de Dieu : ils en voient l’accomplissement : l’oracle de Jérémie, et le retour tant promis après les soixante-dix ans de captivité, les étonne, et les console : ils adorent les jugements de Dieu, et réconciliés avec lui, ils vivent en paix. »

 

Qui est Esdras ?

 

Son nom signifie Dieu est aide. Voir Odelain O. et Séguineau R., Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris, Cerf et Desclée de Brouwer, 1978, p. 132-133.

Chédozeau Bernard, L’Univers biblique catholique au siècle de Louis XIV. La Bible de Port-Royal, vol. 1, Paris, Champion, 2013, p. 625 sq. Sur l’auteur, Esdras, et son but : p. 631.

Esdras et Nehemias traduits en français, Paris, Desprez, 1693. Avertissement. Esdras est fils de Saraïas, grand pontife tué par Nabuchodonosor. Il est prêtre et docteur très pieux. Il a la foi avec une très grande pureté de cœur, et il reçut l’intelligence : « ayant lu sa loi avec une grande pureté de cœur, et avec un vrai désir de connaître la volonté de son Dieu, il mérita d’en recevoir l’intelligence, et [...] pour se rendre digne de l’enseigner à Israël, il eut soin de la pratiquer le premier. » À Babylone, « au milieu des infidèles », « la parole de Dieu était libre dans sa bouche ». On ne sait pas pourquoi il n’était pas revenu à Jérusalem, malgré l’édit de Cyrus roi des Perses, poussant les Juifs à y revenir et à y bâtir un Temple. Sous Artaxerxès, il voulut retourner à Jérusalem pour « rétablir la religion dans sa pureté » ; il s’adressa au prince et en obtint de pouvoir établir des juges et gouverneurs parmi son peuple. Il s’appliqua, revenu en Judée, à rétablir l’observation de la Loi dans sa pureté.

Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Paris, Cerf, 1993, article Esdras, p. 362-363. Prêtre, scribe « versé dans la loi de Moïse », et réformateur religieux qui joua un rôle important dans la reconstruction du Temple et ramena un groupe d’exilés juifs de Babylone à Jérusalem en 458 avant Jésus-Christ. La tradition rabbinique lui accorde un grand prestige, le tenant pour l’égal de Moïse dans la connaissance de la Torah. Il exerça son activité, semble-t-il, dans la septième année du règne d’Artaxerxès. Pendant l’exil de Babylone, il réapprit le sens de la Torah aux Juifs de Judée qui l’avaient oublié. Lorsqu’il quitta Babylone pour la Judée, il réunit une grande assemblée et décréta que les hommes qui avaient épousé des étrangères devaient s’en séparer. Il lut alors la Torah jusqu’à midi et demanda au peuple d’en suivre les commandements. Selon les rabbins, il transforma l’écriture hébraïque et l’usage de caractères araméens. Il aurait aussi collaboré à la codification du Pentateuque en prescrivant que certains mots dont la graphie était douteuse devaient être ponctués.

Voir Esdras I, ch. VII, v. 6, commentaire de Sacy. L’Écriture parlant d’Esdras ne veut pas dire par le mot scriba un écrivain, un secrétaire ou un greffier. Scriba est synonyme de legis peritus ou legis doctor, savant dans la loi. Scriba velox in lege Moysi : « elle veut nous faire entendre qu’il était habile dans l’intelligence de la loi, qu’il avait une grande pénétration pour en comprendre promptement le sens, et une grande facilité pour l’expliquer. »

Petau Denis, De doctrina temporum, Lib. XII, cap. XXXI, p. 473. Après quoi, la septième année du règne d’Artaxerxès, Esdras vient à Jérusalem, avec un pouvoir important : voir Esdras VII-VIII.

Sur la mission d’Esdras, voir Briant Pierre, Histoire de l’empire perse. De Cyrus à Alexandre, Paris, Fayard, 1996, p. 600. La mission d’Esdras a lieu en 458. Scribe versé dans la loi de Moïse, il revient à Jérusalem, porteur d’une lettre royale, et des moyens nécessaires pour rendre au temple sa splendeur : p. 601. Artaxerxès Ier va jusqu’à interdire de lever des impôts sur les desservants du temple. Esdras établit des juges et des magistrats. Il organise une cérémonie officielle de renouvellement de l’Alliance.

IIe Livre d’Esdras, trad. Sacy, VIII, 2-8. « 2. Esdras, prêtre, apporta donc la loi devant l’assemblée des hommes et des femmes, et de tous ceux qui pouvaient l’entendre, le premier jour du septième mois. 3. Et il lut dans ce livre clairement et distinctement au milieu de la place qui était devant la porte des eaux, depuis le matin jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes et de ceux qui étaient capables de l’entendre, et tout le peuple avait les oreilles attentives à la lecture de ce livre. 4. Esdras, docteur de la loi, se tint debout sur un marchepied de bois qu’il avait fait pour parler devant le peuple, Mathatias, Séméia, Ania, Uria, Helcia et Maasia étaient à sa droite ; et Phadaïa, Misaël, Melchia, Hasum, Hasbadana, Zacharie et Mosollam étaient à sa gauche. 5. Esdras ouvrit le livre devant tout le peuple ; car il était élevé au-dessus de tous, et après qu’il l’eut ouvert, tout le peuple se tint debout. [...]. 8. Et ils lurent dans le livre de la loi de Dieu distinctement, et d’une manière intelligible, et le peuple entendit ce qu’on lui disait. »

Josèphe Flavius, Histoire des Juifs, in Œuvres, éd. Arnauld d’Andilly, II, Lib. XII, V, p. 397 sq. Xerxès permet à Esdras de « retourner avec un grand nombre de Juifs à Jérusalem » ; et Néhémie obtient de Xerxès la permission de rebâtir les murs.

Bossuet Jacques Bénigne, Discours sur l’histoire universelle, IIe Partie, ch. VIII, Retour du peuple sous Zorobabel, Esdras et Néhémias, éd. Velat et Champailler, Pléiade, Paris, NRF, Gallimard, 1961, p. 815. « Ce fut Zorobabel de la tribu de Juda et du sang des rois qui les ramena de captivité. Ceux de Juda reviennent en foule, et remplissent tout le pays. Les dix tribus dispersées se perdent parmi les gentils, à la réserve de ceux qui sous le nom de Juda, et réunis sous ses étendards, rentrent dans la terre de leurs pères. Cependant l’autel se redresse, le temple se rebâtit, les murailles de Jérusalem sont relevées. La jalousie des peuples voisins est réprimée par les rois de Perse devenus les protecteurs du peuple de Dieu. Le pontife rentre en exercice avec tous les prêtres qui prouvèrent leur descendance par les registres publics : les autres sont rejetés. Esdras prêtre lui-même et docteur de la loi, et Nehemias gouverneur réforment tous les abus que la captivité avait introduits, et font garder la loi dans sa pureté. Le peuple pleure avec eux les transgressions qui lui avaient attiré ces grands châtiments, et reconnaît que Moïse les avait prédits. Tous ensemble lisent dans les saints livres les menaces de l’homme de Dieu : ils en voient l’accomplissement : l’oracle de Jérémie, et le retour tant promis après les 70 ans de captivité, les étonne, et les console : ils adorent les jugements de Dieu, et réconciliés avec lui, ils vivent en paix. »

 

Le livre d’Esdras

 

Bible de Jérusalem, p. 439, et l’Introduction de Ph. Sellier dans la Bible de Sacy, coll. Bouquins, p. 460. Les Livres des Chroniques (Paralipomènes), semblent avoir pour auteur un lévite de Jérusalem, qui écrit vers la fin du IVe siècle avant Jésus-Christ. Les livres d’Esdras et de Néhémie sont apparemment l’œuvre d’un même auteur, qui est le même ou un scribe de même tradition.

Les livres d’Esdras et de Néhémie, dans la Bible, narrent les événements qui ont suivi l’édit de Cyrus mettant fin, en 538 avant Jésus-Christ, à la captivité des Juifs à Babylone. Sous le titre d’Esdras I ou Livre d’Esdras, la Bible canonique a retenu un livre hébreu et un texte dit Esdras II ou Livre de Néhémie qui longtemps, ne fut pas séparé du précédent. Voir Pascal, Les Provinciales, Pensées, Pochothèque, p. 1030. Les livres désignés sous les titres de 1er et 2e livres d’Esdras dans la Septante, 3e et 4e de la Vulgate, sont tenus pour apocryphes.

Pascal, Les Provinciales, Pensées, Pochothèque, p. 1030. Les livres d’Esdras et de Néhémie, dans la Bible, narrent les événements qui ont suivi l’édit de Cyrus mettant fin, en 538 avant Jésus-Christ, à la captivité des Juifs à Babylone. Mais un quatrième livre d’Esdras a été, comme le IIIe écrit en grec ; il date probablement du Ier siècle après Jésus-Christ. Il ne figure pas dans le canon de la Bible catholique. On lit au chapitre XIV que le texte de l’Écriture aurait brûlé dans l’incendie du Temple en 587 et qu’Esdras l’aurait reconstitué sous l’inspiration divine. Ce IVe livre d’Esdras renferme une série de visions apocalyptiques sur le règne du Messie et les destinées de la nation juive. Mais comme l’indique Pascal, Œuvres, éd. Le Guern, II, p. 1158, ce IVe livre d’Esdras, aujourd’hui considéré comme apocryphe, est encore reconnu comme authentique au début du XVIIe siècle, et se trouve dans la Bible de Louvain. Le passage sur lequel Pascal réfléchit est le chapitre XIV, 22-48. Voir Pascal, Les Provinciales, Pensées, Pochothèque, p. 1030 : on peut le lire dans La Bible, Écrits intertestamentaires, Pléiade, Paris, Gallimard, 1987, p. 1393-1465.

Ce récit permettait de mettre en doute l’authenticité, et par suite l’autorité de l’Écriture. Pascal s’attache donc à établir le caractère fabuleux de cette histoire. De fait on sait que le IVe livre d’Esdras est un apocryphe du Ier siècle après Jésus-Christ.

Pascal, Œuvres, éd. Le Guern, II, p. 1158. Le IVe livre d’Esdras, aujourd’hui considéré comme apocryphe, est encore reconnu comme authentique au début du XVIIe siècle, et se trouve dans la Bible de Louvain. Le passage sur lequel Pascal réfléchit est le chapitre XIV, 22-48. NB : En fait, on ne trouve le livre en question que dans la Bible de Louvain de 1550.

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, p. 169. Le concile de Trente a décidé que le canon biblique n’inclurait qu’un seul livre d’Esdras, savoir Esdras 2, connu aujourd’hui sous le titre de Néhémie. Le concile juge Esdras 4 apocryphe, quoique plusieurs Pères l’aient jugé canonique, dans la pensée qu’Esdras avait tout simplement redonné le texte composé par Moïse : p. 169-170.

 

Pourquoi le problème d’Esdras se pose-t-il à Pascal ?

 

Les notes de Pascal sur Esdras prennent leur sens dans le cadre de l’argument de Perpétuité.

Gouhier, Blaise Pascal. Commentaires, p. 225-226. Explication de l’argument de Pascal. Dans la perspective qui met au premier plan la véracité des témoignages, la critique n’envisage que la possibilité de ratés dans la transmission ; l’authenticité des textes ne se trouve mise en question que dans la mesure où elle est atteinte par une rupture de la chaîne qui définit la tradition. Le problème de la fable d’Esdras doit être envisagé sous cet angle. Pendant la captivité du peuple juif sous Nabuchodonosor, les Écritures auraient été brûlées, et Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, les aurait reconstituées sur l’ordre et avec l’inspiration de Dieu ; mais les décrets du concile de Trente le confirment, le livre où cette histoire fut racontée n’est pas canonique. La « fable » d’Esdras apparaît dans le IIe livre d’Esdras, selon la version des Septante : Pascal raisonne en disant qu’elle ne mérite créance que si l’on fait jouer l’argument d’autorité en faveur du récit qui la rapporte. Par suite, reconstituée ou non par le prêtre Esdras, les livres de Moïse conservent leur véracité : ou bien la fable n’est pas dans un texte inspiré et la tradition ne fut jamais rompue, ou bien elle n’est pas une fable mais fait partie de l’histoire sainte, et elle nous apprend que Dieu lui-même a réparé la tradition brisée, puisque Esdras et ses scribes ont écrit sous sa dictée. Pascal ne raisonne pas en historien : il intervient par un dilemme en supposant le travail des historiens achevé, en montrant que, quelle que soit la solution qu’ils apportent, l’autorité de la révélation y trouve son compte.

Pascal résume cette argumentation dans le fragment Contre la fable d’Esdras 2 (Laf. 968, Sel. 416). Si la fable d’Esdras est croyable, donc il faut croire que l’Écriture est Écriture sainte ; car cette fable n’est fondée que sur l’autorité de ceux qui disent celle des 70, qui montre que l’Écriture est sainte. Donc, si ce conte est vrai, nous avons notre compte par là ; sinon nous l’avons d’ailleurs. Et ainsi ceux qui voudraient ruiner la vérité de notre religion, fondée sur Moïse, l’établissent par la même autorité par où ils l’attaquent. Ainsi, par cette providence, elle subsiste toujours.

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, p. 169. Esdras IV affirmait que la Loi avait été brûlée et qu’il ne restait plus de manuscrits sur lesquels étaient écrits les commandements que Moïse avait reçus de Dieu. Esdras aurait demandé à Dieu de lui envoyer l’Esprit Saint afin d’écrire tout ce qui avait été fait dans le monde depuis le début, tout le contenu de la Loi ; Dieu aurait répondu favorablement à Esdras, et le lendemain lui aurait présenté une coupe qu’il boit avant de dicter quarante jours durant ce qu’il reçoit de Dieu. Les livres détruits ont ainsi pu être reconstitués par la faveur divine.

Le concile de Trente juge Esdras IV apocryphe, quoique plusieurs Pères l’aient jugé canonique, dans la pensée qu’Esdras avait tout simplement redonné le texte composé par Moïse : p. 169-170.

Il peut sembler étrange que la théorie désignant Esdras comme auteur du Pentateuque ait paru si dangereuse. Cela tient aux transformations de la notion d’inspiration : alors que les Pères n’hésitaient pas à penser qu’Esdras avait écrit sous la dictée de Dieu, les hommes du XVIIe siècle se trouvaient obligés à plus de prudence par les attaques mettant en cause l’inspiration divine. D’autre part, les livres de l’Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome avaient une grande valeur historique, du fait que leur auteur supposé, Moïse, avait été l’acteur des événements relatés. Esdras en revanche, n’a été témoin d’aucun des événements du Pentateuque. L’attribution de ces livres à Esdras en sapait la valeur historique : p. 174-175. Il importait donc de limiter son rôle.

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, p. 167 sq. Les défenseurs du christianisme ont eu affaire à des auteurs qui mettaient en doute le fait que Moïse était l’auteur du Pentateuque. Spinoza a cherché qui pouvait être l’auteur du Pentateuque dans le Traité théologico-politique, chapitre VIII. Spinoza en admettait l’unité pour le contenu et pour la forme, de sorte qu’il concluait qu’ils étaient écrits par un même historien. Il identifie cet auteur sans certitude, par défaut, en la personne d’Esdras : p. 168. Les livres en question traitaient d’événements allant de la création à la libération de Joakim : il fallait donc un contemporain de ce dernier événement, et Spinoza n’en voyait pas d’autre pour accomplir une pareille tâche : « Je le tiens pour le véritable auteur aussi longtemps qu’on ne m’en aura pas fait connaître un autre avec plus de certitude ». Dans le livre de Néhémie, ch. VIII, il est indiqué qu’Esdras lut et interpréta le livre de la Loi aux Juifs rassemblés. Esdras devait donc être désigné comme l’auteur des douze premiers livres de l’Ancien Testament. Esdras est pour Spinoza l’auteur du Pentateuque parce qu’il n’a pas simplement collationné des textes écrits par différents auteurs, mais qu’il a joué un rôle déterminant dans la rédaction du Pentateuque, en ce sens qu’il a choisi et organisé les textes de manière à ce qu’ils relatent une histoire suivie et transmettent un message globalement cohérent : p. 168-169.

Les défenseurs du christianisme ont donc dû entreprendre de démontrer qu’Esdras ne pouvait pas être l’auteur de ce recueil.

 

Économie générale de l’argumentation de Pascal sur l’histoire d’Esdras : structure d’ensemble de l’argument sur la fable d’Esdras chez Pascal pour prouver que l’histoire de la rédaction par Esdras des livres perdus est une fable

 

Cette économie d’ensemble suppose les arguments contre la « fable d’Esdras » recueillis par Pascal et réunis dans les fragments suivants :

Contre la fable d’Esdras 1 (Laf. 949, Sel. 415).

Contre la fable d’Esdras 2 (Laf. 968, Sel. 416).

Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417).

Contre la fable d’Esdras 4 (Laf. 953, Sel. 418).

Gouhier, Commentaires, p. 225-226. Explication de l’argument de Pascal. Dans la perspective qui met au premier plan la véracité des témoignages, la critique n’envisage que la possibilité de ratés dans la transmission ; l’authenticité des textes ne se trouve mise en question que dans la mesure où elle est atteinte par une rupture de la chaîne qui définit la tradition. Le problème de la fable d’Esdras doit être envisagé sous cet angle. Pendant la captivité du peuple juif sous Nabuchodonosor, les Écritures auraient été brûlées, et Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, les aurait reconstituées sur l’ordre et avec l’inspiration de Dieu ; mais les décrets du concile de Trente le confirment, le livre où cette histoire fut racontée n’est pas canonique. La « fable » d’Esdras apparaît dans le IIe livre d’Esdras, selon la version des Septante : Pascal raisonne en disant qu’elle ne mérite créance que si l’on fait jouer l’argument d’autorité en faveur du récit qui la rapporte. Par suite, reconstituée ou non par le prêtre Esdras, les livres de Moïse conservent leur véracité : ou bien la fable n’est pas dans un texte inspiré et la tradition ne fut jamais rompue, ou bien elle n’est pas une fable mais fait partie de l’histoire sainte, et elle nous apprend que Dieu lui-même a réparé la tradition brisée, puisque Esdras et ses scribes ont écrit sous sa dictée. Pascal ne raisonne pas en historien : il intervient par un dilemme en supposant le travail des historiens achevé, en montrant que quelle que soit la solution qu’ils apportent, l’autorité de la révélation y trouve son compte.

Lhermet J., Pascal et la Bible, p. 437 sq. Bref résumé de l’argument de Pascal.

Delassault Geneviève, Lemaistre de Sacy et son temps, p. 201-202. La doctrine de Pascal. Il considère comme une « fable » la reconstitution d’Esdras. Contre cette attribution, il donne plusieurs arguments :

1. Le témoignage des Macchabées, II, v. 2, prouve que le Pentateuque n’a pas été brûlé dans l’incendie du temple. Ceux d’Esdras (II, v. 8), de Josèphe, de Baronius qu’il n’avait pas été reconstitué sous l’inspiration de Dieu ; la Vita Moysis de Philon assure que les textes avaient gardé les mêmes caractères jusqu’à l’époque des Septante.

2. L’appel au bon sens : sous Antiochus ou Vespasien, on n’a pas réussi à abolir les textes sacrés, quoique aucun prophète n’ait été là pour les défendre ; comment les Babyloniens y seraient-ils parvenus, alors que la persécution n’était pas totale ?

3. Il restait à justifier les textes des Pères de l’Église. Saint Hilaire avait noté qu’Esdras avait remis les psaumes en ordre et Tertullien avait spécifié que Noé avait pu rétablir « en esprit » le livre d’Enoch perdu dans le déluge, comme Esdras avait reconstitué les textes sacrés égarés durant la captivité. Mais Pascal ne prête pas foi à cette hypothèse, il ne la considère que comme une allégation susceptible d’expliquer l’uniformité de composition qu’on voit dans les Septante. Voir Laf. 970 et les fragments suivants, classés dans l’édition du Luxembourg 953, 949, 968.

 

Les défenseurs d’Esdras

 

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, p. 172 sq. Certains auteurs défenseurs du Pentateuque ne niaient pas qu’Esdras avait modifié le texte de Moïse : le bénédictin Jean Martianay voyait en Esdras « comme un autre Moïse », qui aurait recueilli tous les exemplaires et les aurait collationnés en une sorte de « canon d’Esdras ».

 

La « fable » d’Esdras

 

Sur les livres d’Esdras et de Jérémie en général, voir

Robert A. et Feuillet A. (dir.), Introduction à la Bible, tome I, Tournai, Desclée, 1957, p. 708-717.

Cazelle Henri (dir.), Introduction critique à l’Ancien Testament, Paris, Desclée, 1973, p. 658 sq.

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, p. 169. Le concile de Trente a décidé que le canon biblique n’inclurait qu’un seul livre d’Esdras, savoir Esdras 2, connu aujourd’hui sous le titre de Néhémie. Le concile juge Esdras 4 apocryphe, quoique plusieurs Pères l’aient jugé canonique, dans la pensée qu’Esdras avait tout simplement redonné le texte composé par Moïse : p. 169-170.

Robert A. et Feuillet A., Introduction à la Bible, II, Nouveau Testament, Tournai, Desclée, 1959, p. 117. Le IVe livre d’Esdras a été écrit en hébreu ou en araméen après la ruine de Jérusalem (70). Il contient une affirmation de la foi et de l’espérance juive au milieu des épreuves présentes : p. 117. Il renferme une série de visions apocalyptiques sur le règne du Messie et les destinées de la nation juive.

Il a été comme le IIIe écrit en grec et date probablement du Ier siècle après Jésus-Christ.

Introduction de Ph. Sellier dans la Bible de Sacy de la collection Bouquins. Sous le titre d’Esdras I ou Livre d’Esdras, la Bible canonique a retenu un livre hébreu et un texte dit Esdras II ou Livre de Néhémie qui longtemps ne fut pas séparé du précédent. Voir Pascal, Les Provinciales, Pensées, Pochothèque, p. 1030. Les livres d’Esdras et de Néhémie, dans la Bible, narrent les événements qui ont suivi l’édit de Cyrus mettant fin, en 538 avant Jésus-Christ, à la captivité des Juifs à Babylone. Les 1er et 2e livres d’Esdras des Septante, 3e et 4e de la Vulgate, sont tenus pour apocryphes.

Mais comme l’indique Pascal, Œuvres, éd. Le Guern, II, p. 1558, ce IVe livre d’Esdras, aujourd’hui considéré comme apocryphe, est encore reconnu comme authentique au début du XVIIe siècle, et se trouve dans la Bible de Louvain. Le passage que Pascal vise est le chapitre XIV. Voir Pascal, Les Provinciales, Pensées, Pochothèque, p. 1030 : on peut le lire dans La Bible, Écrits intertestamentaires, Pléiade, Paris, Gallimard, 1987, p. 1393-1465. La citation que donne l’éd. Le Guern, Œuvres complètes, II, Pléiade, p. 1558-1559, commence juste après celle qui fait allusion à la destruction de l’Ancien Testament par le feu.

L’origine de cette tradition vient du 14e ch. du 4e livre d’Esdras (Contre la fable d’Esdras 4) : voir Esdras, Livre IV, ch. XIV, 18.

« Et respondi : dixi coram te, Domine. 19. Ecce enim ego abibo sicut praecepisti mihi, et corripiam praesentem populum. Qui autem iterum nati fuerint, quis commonebit ? 20. Positum est ergo saeculum in tenebris, et qui inhabitant in eo sine lumine, 21. quoniam lex tua incensa est, propter quod nemo scit quae a te facta sunt vel quae incipient opera. 22. Si enim inveni gratiam coram te, immitte in me spiritum sanctum, et scribam omne quod factum est in saeculo ab initio, quae erant in lege tua scripta, ut possint homines invenire semitam, et qui voluerint vivere in novissimis vivant. 23. Et respondit ad me et dixit : Vadens congrega populum et dices ad eos, ut non te quaerant diebus quadraginta. 24. Tu autem praepara tibi buxos multos et accipe tecum Saream, Dabriam, Selemiam, Ethanum et Asihel, quinque hos qui parati sunt ad scribendum velociter. 25. Et venies hic, et ego accendam in corde tuo lucernam intellectus, quae non extinguetur quoadusque finiantur quae incipies scribere. 26. Et cum perfeceris, quaedam palam facies, quaedam sapientibus absconse trades. In crastinum enim hac hora incipies scribere. 27. Et profectus sum, sicut mihi praecepit, et congregavi omnem populum et dixi : 28. Audi, Israel, verba haec : 29. Peregrinantes peregrinati sunt patres nostri ab initio in Aegypto, et liberati sunt inde. 30. Et acceperunt legem vitae quem non custodierunt, quem et vos post eos transgressi estis. 31. Et data est vobis terra in sortem in terra Sion, et vos et patres vestri iniquitatem fecistis et non servastis vias, quas vobis praecepit Altissimus. 32. Justus judex cum sit, abstulit a vobis in tempore quod donaverat. 33. Et nunc vos hic estis, et fratres vestri introrsus vestrum sunt. 34. Si ergo imperaveritis sensui vestro et erudieritis cor vestrum, vivi conservati eritis et post mortem misericordiam consequemini. 35. Judicium enim post mortem veniet, quando iterum revivescemus, et tunc justorum nomina parebunt et impiorum facta ostendentur. 36. Ad me autem nemo accedat nunc, neque requirent me usque diebus quadraginta. 37. Et accepi quinque viros, sicut mandavit mihi, et profecti sumus in campo et mansimus ibi. 14. Et factus sum in crastinum, et ecce vox vocavit me dicens : Ezra, aperi os tuum et bibe quod te potiono. 39. Et aperui os meum, et ecce calix plenus porrigebatur mihi ; hoc erat plenum sicut aqua, color autem ejus ut ignis similis. 40. Et accepi et bibi, et in eo cum bibissem cor meum eructabatur intellectum et in pectus meum increscebat sapientia. Nam spiritus meus conservabat memoriam, 41. et apertum est os meum et non est clausum amplius. 42. Altissimus autem dedit intellectum quinque viris, et scripserunt quae dicebantur ex successione notis quas non sciebant, et sederunt quadraginta diebus. Ipsi autem per diem scribebant, 43. nocte autem manducabant panem ; ego autem per diem loquebar et nocte non tacebam. 44. Scripti sunt autem in quadraginta diebus libri nonagenti quatuor. 45. Et factum est cum completi essent quadraginta dies, et locutus est Altissimus dicens : priora quae scripsisti in palam pone, et legant digni et indigni. 46. Novissimos autem septuaginta conservabis, ut tradas eos sapientibus de populo tuo. 47. In his enim est vena intellectus et sapientiae fons et scientiae flumen. Et feci sic. »

Traduction de la Septante, 1550, p. 191 v° :

« Voici vraiment je m’en irai, ainsi que tu m’as commandé, et corrigerai le peuple présent. Mais qui admonestera ceux qui seront nés après ? Le siècle est mis donc en ténèbres, et ceux qui habitent en icelui sont sans lumière. Car ta loi est allumée, par quoi aucun ne sait quelles choses sont faites de toi, ni quelles œuvres commenceront. Mais si j’ai trouvé grâce envers toi, envoie en moi le saint Esprit, et que j’écrive tout ce qui a été fait au siècle, dès le commencement, les choses qui étaient en ta loi, afin que les hommes puissent trouver le sentier, et que ceux qui voudront vivre ès derniers jours, qu’ils puissent vivre. Et il me répondit, et dit : Va, et si assemble le peuple, et leur diras, qu’ils ne te cherchent point par quarante jours. Mais toi, prépare pour toi plusieurs tablettes de buis, et prends avec toi Saream, Dabriam, Salemeiam, Echanum, et Asiel, ces cinq ici, qui sont disposés pour écrire légèrement. Et viendras ici, et j’allumerai en ton cœur une lumière d’entendement, laquelle ne sera point éteinte, jusques à ce que les choses que tu commenceras à écrire soient finies. Et adonc manifesteras-tu aucunes choses aux parfaits, et bailleras aucunes choses secrètement aux sages. Et commenceras demain à cette heure à écrire. Je m’en suis allé ainsi qu’il m’a commandé, et assemblai tout le peuple, et dis : Écoute Israël ces paroles : Nos pères ont été pélerins en Égypte dès le commencement, et ont été délivrés d’illec, et ont reçu la loi de vie, laquelle n’ont pas gardée, laquelle aussi vous après eux l’avez transgressée : et vous a été donnée la terre par sort, et la terre de Sion, mais vos pères et vous avez fait iniquité, et n’avez point gardé les voies que le souverain vous a commandées : et comme il soit juste juge, il vous a ôté pour un temps ce qu’il vous avait donné. Et maintenant êtes ici, et vos frères sont entre vous. Si donc vous dominez sur votre sens, et que vous endoctrinez votre cœur, vous serez gardés en vie, et après la mort, obtiendrez miséricorde. Car le jugement viendra après la mort, que derechef reviendrons en vie. Et adonc seront. Manifestés les noms des justes, et les œuvres de ceux qui sont sans pitié, seront montrées. Donc que aucun ne vienne à moi maintenant, et que nul ne me cherche, jusques à quarante jours. Et pris cinq hommes, ainsi qu’il me commanda, et nous en allâmes au champ, et illec demeurâmes. Et le lendemain venu, voici une voix qui m’appela, disant : Esdras, ouvre ta bouche, et bois ce que je te donnerai à boire. J’ouvris ma bouche, et voici un plein hanap qui me fut baillé. Il était plein comme d’eau, mais sa couleur était semblable au feu : je le pris, et le bus. Et quand j’eus bu en icelui, mon cœur fut tourmenté d’entendement, et la sapience croissait en mon cœur. Car mon esprit fut conservé par mémoire : et ma bouche fut ouverte, et ne fut plus fermée ; le souverain donna entendement aux cinq hommes, et écrivirent les excès de la nuit étaient dits, lesquels ne savaient point. Et mangeaient de nuit le pain, mais je parlais de jour, et ne me taisais point par nuit. Et furent écrits par quarante jours, deux cent quatre livres. Et quand ils eurent accompli les quarante jours, advint que le souverain parla, disant : Publie les premières choses que tu as écrites, et que ceux qui sont dignes ou indignes les lisent ; mais tu garderas les septante derniers, pour les bailler aux sages de ton peuple. Car en iceux est la veine de l’entendement, et la fontaine de sapience, et le fleuve de science : et je fis ainsi ».

 

Les Écritures de l’Ancien Testament auraient été détruites par l’incendie lors de la prise de Jérusalem

 

Esdras et Nehemias traduits en français, Paris, Desprez, 1693. Plusieurs anciens ont écrit que les exemplaires du Vieux Testament avaient été brûlés par les Chaldéens avec le Temple, et qu’Esdras inspiré de Dieu avait rétabli toute l’Écriture.

Dans le quatrième livre d’Esdras, qui ne figure pas dans le canon de la Bible catholique, on lit au chapitre XIV que le texte de l’Écriture aurait brûlé dans l’incendie du Temple en 587 et qu’Esdras l’aurait reconstitué sous l’inspiration divine : « Car ta loi est allumée, par quoi aucun ne sait quelles choses sont faites de toi, ni quelles œuvres commenceront » (tr. de la Bible de Louvain de 1550, IVe d’Esdras, p. 191 v°).

Esdras IV affirmait que la Loi avait été brûlée et qu’il ne restait plus de manuscrits sur lesquels étaient écrits les commandements que Moïse avait reçus de Dieu. Esdras aurait demandé à Dieu de lui envoyer l’Esprit Saint afin d’écrire tout ce qui avait été fait dans le monde depuis le début, tout le contenu de la Loi ; Dieu répond favorablement à Esdras, et le lendemain lui présente une coupe qu’il boit avant de dicter quarante jours durant ce qu’il reçoit de Dieu. Les livres détruits ont ainsi pu être reconstitués par la faveur divine.

Gouhier Henri, Blaise Pascal. Commentaires, 2e éd., Paris, Vrin, 1971, p. 225-226. Pendant la captivité du peuple juif sous Nabuchodonosor, les Écritures auraient été brûlées, et Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, les aurait reconstituées sur l’ordre et avec l’inspiration de Dieu.

On trouve aussi ce livre dans l’Encyclopédie théologique publiée par Migne, tome XXIII, Dictionnaire des apocryphes, Tome I, 1856, col. 635-658, dans une traduction plus intelligible : « Le livre de votre loi a été consumé par le feu. C’est pourquoi il ne se trouve plus personne qui soit instruit des grandes choses que vous devez faire, et de celles que vous devez faire dans la nuit des temps ». Une note remarque que « cela ne peut s’entendre des livres de la loi, qui étaient entre les mains des prêtres, des lévites et du peuple, mais de l’original ou de ceux qui étaient gardés dans l’arche. » Elle indique que « Daniel et Tobie [...] lisaient l’Écriture pendant leur captivité, puisqu’ils la citent. Il est à présumer qu’Ézéchiel, qui fut emmené en captivité avec le roi Joachim emporta avec lui un exemplaire de l’Écriture. »

Lhermet J., Pascal et la Bible, p. 437 sq. Esdras, au retour de la captivité de Babylone, aurait restitué les livres de Moïse et de l’Ancien Testament, détruits en partie sous l’impie Manassé et totalement brûlés dans l’incendie du Temple par Nabuchodonosor (587 avant Jésus-Christ). Certains Pères avaient donné le crédit de leur autorité à cette légende : Pascal cite Tertullien, Eusèbe et saint Hilaire. La conclusion tendait à ruiner l’édifice apologétique et religieux, en montrant que nous ne possédons plus le texte original du Pentateuque, mais seulement la rédaction d’Esdras, qui aurait attribué son texte à Moïse, pour lui donner plus d’autorité.

Si l’on admet que les Écritures ont été détruites, et qu’Esdras les a rétablies de mémoire, on peut se demander si Esdras n’a pas carrément refait la loi, au lieu de se contenter de la relire publiquement. Il y aurait donc eu une rupture dans la continuité de la tradition et dans l’histoire de la Vérité, donc dans la perpétuité telle que Pascal la conçoit.

 

Selon le IVe livre d’Esdras, Esdras aurait rétabli le texte des Écritures par inspiration divine

 

Gouhier Henri, Blaise Pascal. Commentaires, 2e éd., Paris, Vrin, 1971, p. 225-226. Pendant la captivité du peuple juif sous Nabuchodonosor, les Écritures auraient été brûlées, et Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, les aurait reconstituées sur l’ordre et avec l’inspiration de Dieu.

Esdras IV affirmait que la Loi avait été brûlée et qu’il ne restait plus de manuscrits sur lesquels étaient écrits les commandements que Moïse avait reçus de Dieu. Esdras aurait demandé à Dieu de lui envoyer l’Esprit Saint afin d’écrire tout ce qui avait été fait dans le monde depuis le début, tout le contenu de la Loi ; Dieu répond favorablement à Esdras, et le lendemain lui présente une coupe qu’il boit avant de dicter quarante jours durant ce qu’il reçoit de Dieu. Les livres détruits ont ainsi pu être reconstitués par la faveur divine.

L’origine de cette tradition vient du 14e ch. du 4e livre d’Esdras (Contre la fable d’Esdras 4) : voir Esdras, Livre IV, ch. XIV, 18.

 

Objection à Esdras IV : la destruction des Écritures par l’incendie de la prise de Jérusalem n’est pas vraisemblable

 

Esdras et Nehemias traduits en français, Paris, Desprez, 1693. La thèse de la destruction des Écritures était contestée par des arguments puissants par ceux qui soutenaient que cette destruction n’était pas vraisemblable : comment des livres répandus par toute la terre auraient-ils pu être brûlés ? D’ailleurs Daniel (IX, 2) avait le livre de Jérémie à Babylone. Les livres d’Ézéchiel ont aussi subsisté. Et de même ceux de Daniel, puisqu’ils sont prophétisés après la destruction de Jérusalem. De même Tobie et Esther, comprenant des choses qui se sont passées depuis que les Juifs furent enlevés de leur pays » : p. 4. « Il est donc assez visible qu’Esdras ne rétablit pas l’Écriture dans le sens auquel l’ont cru quelques auteurs de l’Antiquité » : p. 5. Il a corrigé des fautes introduites par la négligence des prêtres et la suite des temps.

 

L’argument de la source unique du Livre d’Esdras IV et la réfutation de Baronius

 

Sur Cesare Baronio, 1538-1607, écrivain ecclésiastique, auteur d’annales d’une grande érudition, voir Bluche François (dir.), Dictionnaire du grand siècle, article Baronius, p. 162.

Pascal renvoie aux Annales ecclesiastici du cardinal Baronius, 12 vol., 1588-1607, dans Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417). Sur Esdras. [...] Baron. anno. 180. nullus penitus haebraeorum antiquorum reperitur qui tradiderit libros periisse et per Esdram esse restitutos nisi in 4 Esdr.

Traduction : « On ne trouve absolument personne parmi les anciens Juifs qui ait rapporté que les livres avaient disparu et qu’ils avaient été reconstitués par Esdras, sauf au Quatrième livre d’Esdras. »

Voir Baronius, Annales sacrées et ecclésiastiques contenant tout ce qui est advenu de mémorable dans l’Église et dans les empires et royaumes depuis la création du monde jusques à maintenant, divisées en six tomes (...) mises en français par Pierre Coppin, seconde édition, Paris, Jacques d’Allin, 1656, p. 408.

« Davantage, il est grandement probable qu’il (Néhémie) exécuta tout ceci à la persuasion et par le secours d’Esdras, et même qu’il l’établit, comme étant scribe de la loi et très docte, surintendant de tout l’ouvrage, et grand bibliothécaire. Le même Esdras étant inspiré de Dieu, ainsi que nous estimons, et que Rabanus Maurus l’a remarqué, remit alors en état tous les mêmes livres sacrés, qu’il rechercha soigneusement, et corrigea tous les volumes des prophètes, que les Gentils avaient corrompus, et divisa tout le vieil Testament en vingt-deux livres, selon le nombre des lettres hébraïques. D’où l’on croit qu’il soit advenu, que d’un commun consentement Esdras a été estimé le restaurateur des livres sacrés, de quoi nous tombons aussi d’accord. Ce n’est pas que tous les volumes sacrés fussent perdus tout à fait en l’embrasement du Temple, et de la ville de Jérusalem, ainsi que nous avons dit ci-dessus, contre l’opinion de plusieurs, ni qu’Esdras les dictât par inspiration divine à des secrétaires qui écrivissent sous lui, comme quelques-uns le colligent du quatrième livre d’Esdras, qui est entre les apocryphes, mais seulement qu’il eut un grand soin de rechercher toute l’Écriture sainte, de la rédiger à un corps, et d’y corriger ce qui y était dépravé, ainsi que Bellarmin le prouve fort bien par l’autorité des Pères anciens, et par bonnes raisons ; et Génébrard y rapporte des Hébreux, qu’on célébra pour cela un grand concile. »

Baron. anno. 180 : voir GEF XIV, p. 73. Année du Christ 1890.

Lhermet J., Pascal et la Bible, p. 437 sq.

 

Le témoignage des II Maccabées, II, 1-2, établit que Jérémie donna la loi aux Juifs

 

Voir Preuves de Moïse sur le Pentateuque en général.

Delassault, Lemaistre de Saci, p. 201-203 : Le témoignage des Maccabées, II, II, V, 2, prouve que le Pentateuque n’a pas été brûlé dans l’incendie du Temple.

Voir Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417). Faux par les Macchabées : Jérémie leur donna la loi : voir le IIe Livre des Maccabées, II, 1-2. « 1. Or on trouve dans les écrits du prophète Jérémie qu’il commanda à ceux qui allaient de Judée en un pays étranger de prendre le feu sacré, comme on l’a marqué auparavant, et qu’il leur donna des préceptes lorsqu’ils étaient sur le point d’être transférés ; 2. Et il leur enjoignit très expressément de n’oublier pas les ordonnances du Seigneur, et de ne pas tomber dans l’égarement d’esprit, en voyant les idoles d’or et d’argent avec tous leurs ornements. »

 

Esdras ne pouvait réécrire des livres que tout le monde connaissait

 

L’idée est reprise dans Bossuet, Discours sur l’histoire universelle, Pléiade, p. 924 : Esdras ne peut avoir inventé des livres dont tout le monde connaissait l’existence et le contenu.

 

Argument selon lequel, en un temps favorable, on n’avait aucune raison de perdre les Écritures

 

Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417). Sous Antioche et Vespasien où l’on a voulu abolir les livres et où il n’y avait point de prophètes on ne l’a pu faire : appel au bon sens : sous Antiochus ou Vespasien, on n’a pas réussi à abolir les textes sacrés, quoique aucun prophète n’ait été là pour les défendre. Comment les Babyloniens y seraient-ils arrivés alors que la persécution n’était pas totale ?

Josèphe, Ant., XI, 1.Cyrus prit sujet de la prophétie d’Isaïe de relâcher le peuple.

Flavius Josèphe, Histoire ancienne des Juifs, tr. Arnauld d’Andilly, éd. Lidis-Brepols, 1981.

 

Contre la fable d’Esdras 4 (Laf. 953, Sel. 418) : Saint Hilaire dans la préface sur les psaumes dit qu’Esdras a mis les psaumes en ordre

 

Saint Augustin, La crise pélagienne, I, Œuvres, 21, p. 623. Note sur le prestige de saint Hilaire de Poitiers, adversaire des ariens et auteur d’un commentaire allégorique et moral sur saint Matthieu et sur les Psaumes. Il a été une des grandes autorités théologiques de l’Église latine avec saint Cyprien avant saint Ambroise. Saint Augustin le cite avec respect, et lui a emprunté des idées de son De trinitate sur le rôle du Saint-Esprit. Il lui a emprunté des idées sur la pureté du cœur comme condition préalable à la connaissance des vérités éternelles.

Sur saint Hilaire de Poitiers vers 353, voir l’article que lui consacre Le Nain de Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Saint Hilaire, évêque de Poitiers, Docteur de l’Église et confesseur, tome septième, Paris, Robustel, 1700, p. 432-469. Voir pour complément l’article qui lui est consacré dans l’Encyclopédie saint Augustin, Paris, Cerf, 2005, p. 697-698.

Saint Hilaire note en effet dans ses Commentaires sur les Psaumes, Instruction préalable sur les Psaumes, que, quant à la tradition issue d’Esdras, qui aurait réuni les psaumes en un livre après l’exil, il revient à ceux qui suspectent les auteurs de ces psaumes d’établir que l’on doit la considérer comme invraisemblable ou fausse. Ils ne peuvent avoir été mis en ordre que s’ils ont été prophétisés prophétiquement (nisi prophetis prophetantibus prophetari). Voir sur www.patristique.org, la traduction de Claude Rigolot.

 

Esdras n’a pas récité les Écritures de mémoire ou d’inspiration, mais il les a lues, ce qui suppose qu’elles étaient conservées, de sorte qu’il n’y a pas eu de rupture dans la tradition

 

Voir Delassault Geneviève, Lemaistre de Sacy et son temps, p. 201-202. Josèphe et Esdras, Baronius notent que le Pentateuque n’avait pas été reconstitué sous l’inspiration de Dieu.

Voir Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417). Fable qu’il récita tout par cœur. Joseph et Esdras marquent qu’il lut le livre.

Joseph et Esdras marquent qu’il lut le livre : voir Flavius Josèphe, Histoire ancienne des Juifs, XI, v, tr. d’Arnauld d’Andilly, éd. Lidis-Brepols, 1981, p. 347.

« Au septième mois, qui était le temps de célébrer la fête des Tabernacles, presque tout le peuple s’assembla auprès de la porte du Temple qui regarde l’orient, et pria Esdras de lui lire les lois de Moïse. Il le fit ; et cette lecture dura depuis le matin jusqu’au soir. Ils en furent si touchés que tous généralement répandirent des larmes, parce que ces saintes lois ne leur firent pas seulement voir ce qu’ils devaient faire dans le temps présent et à l’avenir, mais elles leur firent connaître que s’ils les eussent observées par le passé, ils ne seraient pas tombés dans tant de malheurs. »

IIe Livre d’Esdras, VIII, 2-8 (NB : ce livre n’est pas apocryphe, comme c’est le cas du quatrième).

« 2. Esdras, prêtre, apporta donc la loi devant l’assemblée des hommes et des femmes, et de tous ceux qui pouvaient l’entendre, le premier jour du septième mois. 3. Et il lut dans ce livre clairement et distinctement au milieu de la place qui était devant la porte des eaux, depuis le matin jusqu’à midi, en présence des hommes, des femmes et de ceux qui étaient capables de l’entendre, et tout le peuple avait les oreilles attentives à la lecture de ce livre. 4. Esdras, docteur de la loi, se tint debout sur un marchepied de bois qu’il avait fait pour parler devant le peuple, Mathatias, Séméia, Ania, Uria, Helcia et Maasia étaient à sa droite ; et Phadaïa, Misaël, Melchia, Hasum, Hasbadana, Zacharie et Mosollam étaient à sa gauche. 5. Esdras ouvrit le livre devant tout le peuple ; car il était élevé au-dessus de tous, et après qu’il l’eut ouvert, tout le peuple se tint debout. [...]. 8. Et ils lurent dans le livre de la loi de Dieu distinctement, et d’une manière intelligible, et le peuple entendit ce qu’on lui disait. » (Tr. Le Maistre de Sacy).

Lhermet J., Pascal et la Bible, p. 437 sq.

 

Contre la fable d’Esdras 1 (Laf. 949, Sel. 415) : 4, Rois, 17, 27

 

Même dans les pires situations, la Loi a été préservée.

Ce 4e Livre des Rois correspond, dans les versions modernes, au IIe Livre des Rois. La Bible de Port-Royal traduit le passage en question comme suit : « Alors le roi des Assyriens leur donna cet ordre, et leur dit : Envoyez en Samarie l’un des prêtres que vous en avez emmenés captifs ; qu’il y retourne, et demeure avec ces peuples, afin qu’il leur apprenne le culte qui doit être rendu au Dieu ». Voir le commentaire de l’éd. Sellier-Ferreyrolles, p. 1031 : « ce passage montre, sur l’exemple d’une première déportation (celle qui suivit la chute du royaume d’Israël en 721 avant Jésus-Christ), la conservation de la Loi à travers des pires catastrophes politiques et humaines. »

 

Le texte de Tertullien

 

Sur Tertullien, voir Encyclopédie saint Augustin, p. 1397 sq. La vie de Quintus Septimus Florentius, auteur ecclésiastique latin né à Carthage vers 160, de parents païens, et mort vers 240, est mal connue. Il a étudié le grec et le droit. Il s’est converti vers 195. Ordonné prêtre vers 196, il prend la défense des chrétiens, mais adopte par la suite la doctrine de la secte des montanistes. Il semble s’être ensuite séparé des montanistes pour fonder une communauté distincte, les tertullianistes. On ne sait s’il s’est réconcilié avec l’Église. On distingue dans ses œuvres les livres orthodoxes, dont l’autorité est reconnue, de ceux qui sont entachés d’hérésie. Dans ses ouvrages apologétiques (Ad nationes, Apologeticum, De testimonio animae, Ad scapulam), Tertullien réfute les accusations portées contre les chrétiens, dénonce l’ignorance et l’obstination dans l’erreur des païens. Contre les hérétiques il compose le De praescriptione adversus omnes haereses. Il a traité aussi la théologie fondamentale (De anima, De resurrectione). Ses œuvres disciplinaires concernent les devoirs de la foi, sur les sacrements (De baptismo, De paenitentia) et la vie morale (De spectaculis, De cultu faeminarum). L’Apologétique et le livre Les spectacles sont restés célèbres. Polémiste et rhéteur de talent, il connaît aussi les philosophes contre lesquels il écrit. Il pratique l’exégèse littérale, qui doit selon lui précéder l’exégèse allégorique.

Simon M. et Benoit A., Le judaïsme et le christianisme antique, Paris, Presses Universitaires de France, 1968, p. 166-167.

Pascal le cite dans la XIe Provinciale, contre les jésuites, éd. Cognet, Garnier, p. 199.

Référence à Tertullien :

Contre la fable d’Esdras 4 (Laf. 953, Sel. 418) : Tertul. Perinde potuit abolefactam eam violentia cataclysmi, in spiritu rursus reformare : quemadmodum et Hierosolymis babylonia expugnatione deletis, omne instrumentum judaicae litteraturae per Esdram constat restauratum. Tert. I. 1. de cultu femin. c. 3. Tr. : Noé « a pu aussi bien rétablir en esprit [le livre d’Énoch] détruit par la violence du cataclysme, comme on sait qu’Esdras, après la destruction de Jérusalem sous les coups des Babyloniens, a reconstitué tout le corpus des Écritures judaïque. »

La leçon de cultu femin. est indiscutablement dans le manuscrit. Mais en réalité, elle est erronée : le texte vient du De habitu feminarum liber, ch. III, in Opera quae hactenus reperiri potuerunt omnia, Paris, éd. Pamelius, 1616, p. 258, et non du De cultu feminarum liber. L’erreur vient peut-être du copiste.

Le texte latin exact est le suivant : « Proinde potuit abolefactam eam violentia cataclysmi, in spiritu rursus reformare : quemadmodum et Hierosolymis babylonia expugnatione deletis, omne instrumentum Judaicae litteraturae per Esdram constat restauratum. »

La leçon du manuscrit des Pensées est indiscutablement perinde (de la même manière), et non proinde (donc, par conséquent) qui est celle de l’édition de Tertullien. Il faut donc maintenir perinde, qui se trouve sur le manuscrit.

Le verbe est, que plusieurs éditeurs ajoutent devant omne instrumentum, ne figure pas sur le manuscrit.

deletis

La différence entre deleta et deletis est moins claire. La forme deleta, proposée par Z. Tourneur, n’est pas recevable : Babylonia deleta supposerait que c’est Babylone qui aurait été détruite, ce qui est absurde. Deletis est en fait un ablatif pluriel accordé à Hierosolymis (Jérusalem), qui est l’ablatif de Hierosolyma (génitif : Hierosolymorum).

Traduction de Tertullien, I, 3 : Noé « a pu aussi bien rétablir en esprit [le livre d’Énoch] détruit par la violence du cataclysme, qu’Esdras, après la destruction de Jérusalem sous les coups des Babyloniens, a reconstitué, [...] tout le corpus des Écritures hébraïques ». Voir le contexte dans De l’ornement des femmes, in Œuvres de Tertullien, tr. De Genoude, III, Vivès, 1852, p. 308.

Voir GEF XIV, p. 74. Brunschvicg note que « la citation est copiée d’une main étrangère ». C’est peut-être ce qui explique les erreurs.

Ce passage est suivi d’une note explicative, p. 261. « Similiter Irenaeus lib. 3. Adv. Hereses c. 25. In ea (inquit) captivitate populi quae facta est a Nabuchodonor corruptis sceipturis, et post 70 annos Judaeis descendentibus in regionem suam, et post deinde temporibus Artaxerxis Persarum Regis, inspiravit Deus Esdrae sacerdoti tribus Levi praeteritorum prophetarum omnes rememorare sermons, et restituere populo eam legemn quae data esset per Moysen. Hinc etiam B. Hieron., lib. I adversus Helvidium Esdram restoratorem Pentateuchi nuncupat: et alibi scribit, quod scripturas sacras jam dispersas eodem spiritu, quo ante scriptae errant, restituit: Eodem pertinent illud B. Isidori Etym. l. 6, Hebraei (inquit) vetus Testamentum Esdra Auctore juxta numerum litterarum sacrarum in 22 libris accipiunt, dividentes oes in tres ordines, Legis scilicet, Prophetarum, et Hagiographorum, etc. »

L’erreur de référence explique sans doute pourquoi les éditeurs ont été gênés par le renvoi au De cultu feminarum, et se sont contentés de copier la référence erronée, ou plus prudemment de se tenir en silence.

Contre la fable d’Esdras 4 (Laf. 953, Sel. 418) : Il dit que Noé a pu aussi bien rétablir en esprit le livre d’Énoch perdu par le déluge, que Esdras a pu rétablir les Écritures perdues durant la captivité.

Genèse, V, 21. « Hénoc, âgé de soixante-cinq ans, engendra Metuschélah. 22. Hénoc, après la naissance de Metuschélah, marcha avec Dieu trois cents ans ; et il engendra des fils et des filles. 23. Tous les jours d’Hénoc furent de trois cent soixante-cinq ans. 24. Hénoc marcha avec Dieu ; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. » Patriarche, fils de Jarel et père de Mathusalem ; Énoch vécut 365 ans, obéissant à Dieu, mais « ne parut plus, parce que Dieu le prit ». Cette fin mystérieuse est rappelée dans quelques passages des Livres saints ; l’Ecclésiaste dit qu’Énoch a été transporté pour servir aux nations d’exemple de repentir ; saint Paul affirme que par la foi il fut emporté pour ne pas passer par la mort ; la tradition catholique indique qu’il a quitté la terre sans passer par la mort. On comprend pourquoi Cyrano le rencontre dans la Lune.

Lemaître de Saci, dans son commentaire sur la Genèse, indique que la plupart des saints Pères, et saint Augustin entre autres, « croient qu’Énoch a été transféré dans le paradis terrestre, où Dieu le conserve d’une manière miraculeuse, vivant dans un corps qui n’est sujet à aucune des conditions de la faiblesse et de la fragilité de la nature mortelle, et le réserve pour l’opposer à la fureur de l’Antéchrist, afin qu’il prêche la pénitence aux nations, comme Élie, que Dieu lui doit joindre dans le même ministère, la doit prêcher aux Juifs, en la manière que saint Jean le décrit dans l’Apocalypse ». Voir le dossier thématique sur l’Antéchrist.

Les premiers chrétiens lisaient un livre intitulé Livre d’Énoch, qui n’a toutefois pas été retenu dans le canon des Livres saints ; c’est une sorte d’Apocalypse en cinq livres ; le premier raconte la chute des anges et leur union avec des filles des hommes ; le second renferme des paraboles messianiques, et le troisième des fables ; le quatrième résume en deux visions l’histoire du peuple juif ; le cinquième contient des exhortations morales. C’est un agrégat d’éléments hétérogènes dont les plus récents datent du premier siècle de l’ère chrétienne ; on le croyait perdu, mais il a été retrouvé en 1769 par l’anglais J. Bruce.

Kircher Athanase, Arca Noë, in tres libros digesta, quorum I. De rebus quae ante Diluvium, II. De iis, quae ipso Diluvio ejusque duratione, III. De iis, quae post Diluvium à Noëmo gesta sunt, Quae omnia novo methodo, nec non summa argumentorum varietate, explicantur, et demonstrantur, Amstelodami, apud Joannem Janssonium à Waesberge, anno MDCLXXV, p. 4. La Terre n’était pas plate (il fallait bien qu’il y ait le mont Ararat...). Les villes avant le Déluge : p. 4. La civilisation avant le Déluge : p. 4 sq. Adam, Énoch et d’autres ont écrit des livres ; mais on est dans le doute sur ce qu’ils ont dit : p. 5. Le Livre d’Enoch : p. 5.

Robert A. et Feuillet A., Introduction à la Bible, II, Nouveau Testament, Tournai, Desclée, 1959, p. 111 sq. Littérature hénochienne.

 

Le texte d’Eusèbe et la source de saint Irénée

 

Pascal cherche les textes qui ont pu autoriser la « fable d’Esdras ».

Voir GEF XIV, p. 75. Brunschvicg note que « la citation [en grec] est écrite d’une main étrangère.

Sur Eusèbe de Césarée, voir l’Encyclopédie saint Augustin, p. 586-588. Sa vie «(environ 260 à 339 ou 340) ne semble pas très bien connue. Il a été formé par le presbytre Pamphile, auprès de qui il a appris à copier les manuscrits bibliques. Il a connu les travaux d’Origène. Il fut emprisonné sous la persécution de Maximin (309). C’est à la fin de la grande persécution de Dioclétien qu’il paraît en évêque de Césarée. Ses sympathies pro-ariennes et subordinatianistes le font excommunier au concile d’Antioche, mais il est réintégré au concile de Nicée en 325, où il siège au côté de Constantin. Il participe à la déposition d’Athanase à Tyr en 335 et de Marcel d’Ancyre à Constantinople en 336. Ses livres touchent à tous les genres, histoire, biographie, apologétique, commentaire biblique. Son Histoire ecclésiastique est la première du genre, et porte sur l’histoire des évêques et de ses penseurs, mais aussi des hérésies La Préparation évangélique plaide contre le paganisme. Il écrit une Vie de Constantin, en qui il voir l’initiateur d’un empire chrétien, idée avec laquelle La cité de Dieu est en complète contradiction. Ses œuvres complètes se trouvent dans la Patrologie de Migne, t. XIX-XXIV.

Eusèbe, Historia ecclesiastica, lib. V, Hist. c. 8, Qualiter Irenaeus divinarum meminit Scripturarum, in Patrologiae cursus completus, Patrologiae grecae latine tantum editae, tomus, XIII, Eusebius Pamphilus ; éd. Migne, 1857, col. 180-182 : « Neque vero mirandum est id a Deo praestitum fuisse, cum in captivitate populis quae sub Nabuchodonosoro contingit, corruptis Scripturis, ; ac post septuaginta demum annos regressis in patriam Judaeis, Artaxerxis Persarum regis temporibus, Esdram sacerdotem de tribu Levi afflatu suo Deus impulerit, ut omnes veterum prophetarum libros denuo componeret, legemque ministerio Moïsis latam populo restitueret. » : col. 182.

Il semble que ce soit la seule mention d’Eusèbe dans l’œuvre de Pascal.

Contre la fable d’Esdras 4 (Laf. 953, Sel. 418) : Deus glorificatus est, et scripturae verae divinae creditae sunt [...]. La traduction latine du texte grec d’Eusèbe est de Pascal. « Dieu a été glorifié, et les vraies écritures divines ont été crues, que tous récitaient dans les mêmes termes exactement depuis le début jusqu’à la fin, afin que les peuples présents connussent que ces Écritures ont été interprétées par l’inspiration de Dieu, et qu’il n’était pas étonnant que Dieu ait accompli en eux cette œuvre, puisque, dans la captivité du peuple sous Nabuchodonosor, les Écritures étant détruites, et soixante-dix ans plus tard les Juifs retournant dans leur pays, et ensuite au temps d’Artaxerxès, roi des Perses, il inspira à Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, l’idée de rappeler les prophéties anciennes et de restituer au peuple la loi qu’il avait donnée par Moïse. »

L’origine de cette tradition vient du 14e ch. du 4e livre d’Esdras : voir Esdras, Livre IV, ch. XIV, 18.

Il a pris cela de saint Irénée lib. 3 ch. 25 : voir la note de l’éd. Le Guern, Œuvres, II, Pléiade, p. 1560. Il s’agit d’un passage du Contre les hérésies, III, XXI, où saint Irénée parle de la traduction des Septante :

« Or lorsqu’ils se trouvèrent ensemble auprès de Ptolémée et qu’ils comparèrent les unes aux autres leurs traductions, Dieu fut glorifié et les Écritures furent reconnues pour vraiment divines, car tous avaient exprimé les mêmes passages par les mêmes expressions et les mêmes mots, du commencement à la fin, de sorte que même les païens qui étaient là reconnurent que les Écritures avaient été traduites sous l’inspiration de Dieu. Il n’est d’ailleurs nullement surprenant que Dieu ait opéré ce prodige ; quand les Écritures eurent été détruites lors de la captivité du peuple sous Nabuchodonosor et qu’après soixante-dix ans les Juifs furent revenus dans leurs pays n’est-ce pas Dieu lui-même qui, par la suite, au temps d’Artaxerxès, roi des Perses, inspira Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, pour rétablir de mémoire toutes les paroles des prophètes antérieurs et rendre au peuple la Loi donnée par Moïse ? »

 

Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417) : Fable : qu’il changea les lettres

 

Delassault Geneviève, Lemaistre de Sacy et son temps, p. 201-202. La Vita Moysis de Philon assure que les textes avaient gardé les mêmes caractères jusqu’à l’époque des Septante.

 

Contre la fable d’Esdras 3 (Laf. 953, Sel. 417) : Philo, in Vita Moysi. Illa lingua ac character quo antiquitus scripta est Lex sic permansit usque ad 70

 

Cette note dément le livre d’Esdras IV, selon lequel Dieu a donné l’inspiration à cinq secrétaires à qui Esdras aurait dicté le texte de la loi, et l’écrivirent avec des signes qu’ils ne connaissaient pas.

Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Paris, Cerf, 1993, article Esdras, p. 362-363. Selon les rabbins, Esdras transforma l’écriture hébraïque par l’usage de caractères araméens, carrés. Il aurait aussi collaboré à la codification du Pentateuque en prescrivant que certains mots dont la graphie était douteuse devaient être ponctués.

On peut renvoyer aux Œuvres de Philon Juif, Vie de Moïse II, tr. F. Morel, Paris, J. Bessin, 1619, p. 343 sq.

« Anciennement les lois ont été écrites en la langue chaldaïque, et demeurèrent longtemps en un même état, sans changer de langage, tellement qu’elles ne firent point paraître leur beauté : mais après que par la continuelle méditation et exercitation, qu’on faisait chacun jour d’elles, le sentiment vint aux étrangers, alors leur gloire, et lors s’épandit de tous côtés : car les choses belles, encore que par envie elles soient quelque peu de temps cachées, si est-ce qu’à la fin elles viennent en lumière, et reluisent par la bonté de leur nature. Par quoi aucuns sachez que ces lois étaient seulement connues à une certaine partie d’hommes, à savoir à la seule nation barbare, et que la grecque en était totalement privée, eurent grand’envie qu’elles fussent traduites en leur langue grecque : et d’autant que l’œuvre était grande et profitable à tout le monde, non seulement aux gens privés, mais aussi aux princes et seigneurs, il fut dédié au plus excellent de tous les rois du monde, qui était Ptolomée, surnommé Philadelphe. C’était le troisième roi d’Égypte depuis Alexandre, et le plus excellent en vertu [...]. Lui donc désireux de la connaissance de nos lois, se délibéra de les faire traduire de la langue chaldaïque en la langue grecque : et pour y parvenir envoya incontinent des ambassadeurs vers le prince des sacrificateurs et roi de Judée [...], lui faisant entendre sa volonté et l’incitant à lui choisir par les lignées des personnes qui lui pourraient traduire ses lois. Le grand sacrificateur ayant entendu cela fut fort joyeux, comme aussi il devait être, estimant que le roi par inspiration divine s’était adonné à cet œuvre : au moyen de quoi il rechercha les plus excellents Hébreux, qui outre les lettres du pays, avaient aussi appris les lettres grecques, et les lui envoya de bon cœur. Les interprètes étant arrivés et reçus gracieusement, comme appartient aux étrangers, qu’on mande de lointain pays, entretinrent d’honnêtes et sages devis celui qui leur faisait le banquet, lui en rendant par ce moyen un autre de leur côté. »

Par la suite, « après qu’ils eurent été approuvés par le roi, commencèrent incontinent d’accomplir la charge de leur bel ambassade : tellement que discourant en eux-mêmes la conséquence et importance de l’affaire qui était de traduire des lois, prise de la bouche de Dieu (où il n’était licite d’ôter aucune chose, ni ajouter, ni changer, mais fallait garder l’ancienne forme et façon) regardaient tout à l’entour de la ville, où était l’endroit le plus net et sain ». Ils s’installent au Pharos d’Alexandrie. « Ces personnages trouvèrent des mots qui s’accordaient fort bien avec les choses, lesquels seules sans autres donnaient clairement à entendre le sens d’icelles ». La traduction qui leur est due a reçue le nom de Septante. L’ensemble de l’histoire permet de dire qu’il n’existait pas de traduction des Écritures en grec avant que cette traduction ait été réalisée. Or l’époque de cette traduction est bien postérieure à celle d’Esdras.

Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Paris, Cerf, 1993, article Esdras, p. 362-363. Selon les rabbins, Esdras transforma l’écriture hébraïque et l’usage de caractères araméens. Il aurait aussi collaboré à la codification du Pentateuque en prescrivant que certains mots dont la graphie était douteuse devaient être ponctués.

On trouve dans Baronius, Annales sacrées et ecclésiastiques contenant tout ce qui est advenu de mémorable dans l’Église et dans les empires et royaumes depuis la création du monde jusques à maintenant, divisées en six tomes (...) mises en français par Pierre Coppin, seconde édition, Paris, Jacques d’Allin, 1656, p. 409, que « S. Hierosme rapporte que le même Esdras inventa de nouveaux caractères, ou lettres hébraïques, qui sont maintenant en usage, et qu’il laissa les anciennes aux Samaritains ».

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, p. 173. Les défenseurs de la mosaïcité du Pentateuque reconnaissaient qu’Esdras n’avait pas seulement corrigé les premiers livres sacrés, mais qu’il avait aussi apporté un changement fondamental en changeant l’alphabet dans lequel ils avaient été écrits. Les anciens caractères samaritains n’étant plus familiers après plusieurs années d’exil, Esdras avait choisi de présenter les livres sacrés dans l’alphabet chaldaïque auquel s’étaient habitués les Israélites. Bossuet admettait sans difficulté ce changement.

Le Pentateuque samaritain est écrit en alphabet paléo-hébreu du IIe siècle av. J.-C. On admettait qu’Esdras avait apporté aux livres sacrés qu’il avait restaurés un changement dans l’alphabet. Voir l’Avertissement de la Bible de Port-Royal aux livres d’Esdras et Néhémie, Esdras et Nehemias traduits en français, Paris, Desprez, 1693 : Esdras, qui « travailla avec le secours de l’Esprit de Dieu » à corriger les fautes qui s’étaient glissées « dans les exemplaires des livres saints », « changea même les caractères samaritains, dont les Juifs se servaient auparavant, et les laissant à ces peuples de Samarie, il y substitua dans les saintes Écritures les caractères chaldéens, soit parce que les Juifs s’y étaient accoutumés durant leur captivité, soit pour éloigner par là encore davantage le peuple de Dieu de ces peuples schismatiques qui s’en étaient séparés. »

Les LXX, c’est-à-dire les Septante : voir ci-dessous.

Esdras et Nehemias traduits en français, Paris, Desprez, 1693, p. 5. Esdras a corrigé des fautes introduites par la négligence des prêtres et la suite des temps.

Delassault Geneviève, Lemaistre de Sacy et son temps, p. 201-202. Josèphe et Esdras, Baronius notent que le Pentateuque n’avait pas été reconstitué sous l’inspiration de Dieu ; la Vita Moysis de Philon assure que les textes avaient gardé les mêmes caractères jusqu’à l’époque des Septante.

Voir Arnauld et Nicole, La Logique, II, VIII (éd de 1664), éd. D. Descotes, Paris, Champion, 2014, p. 267-269, sur les points vocaliques.

 

Contre la fable d’Esdras 1 (Laf. 949, Sel. 415) : Les Juifs avaient des possessions paisibles sous Cyrus en Babylone. Donc ils pouvaient bien avoir la Loi

 

Argument négatif, mais réaliste. Les Juifs déportés à Babylone y avaient trouvé un lieu favorable à leurs affaires, à telle enseigne que, lorsqu’il leur fut permis de retourner dans leur pays, un certain nombre d’entre eux décida de demeurer à Babylone. Sachant que la Loi était leur bien le plus précieux, le fait qu’ils aient eu des possessions moins précieuses suppose qu’a fortiori ils pouvaient avoir disposé des Écritures.

 

La Septante

 

Robert A. et Feuillet A., Introduction à la Bible, I, Desclée, 1957, p. 85-89. Après la chute de Jérusalem et de Samarie, les Juifs se répandent dans le monde (diaspora). La traduction de l’Écriture en grec s’est imposée, de sorte que Ptolémée Philadelphe a fait appel à 72 docteurs israélites pour entreprendre de l’établir, sans dictionnaire ni grammaire. Il y eut plusieurs traducteurs mais aussi plusieurs traductions, qui s’avérèrent identiques, selon la légende. Sur l’inégalité de la valeur de la traduction, voir p. 86. Les éditions imprimées datent du XVIe siècle.

Les LXX, c’est-à-dire les Septante : nom donné aux 72 juifs que Ptolémée Philadelphe d’Égypte employa à traduire la Bible de l’hébreu en grec, en 277 avant J.-C. Saint Justin, saint Irénée et saint Clément assurent que Ptolémée fit enfermer les traducteurs dans des cellules séparées, pour voir le rapport qu’il y aurait entre les traductions ; elles furent entièrement identiques. Cette légende, à laquelle Pascal fait allusion, est née, semble-t-il, à l’ère chrétienne, et a été vite contestée. Voir saint Irénée, Contre les hérésies, III, XXI, où il parle de la traduction des Septante : « Or lorsqu’ils se trouvèrent ensemble auprès de Ptolémée et qu’ils comparèrent les unes aux autres leurs traductions, Dieu fut glorifié et les Écritures furent reconnues pour vraiment divines, car tous avaient exprimé les mêmes passages par les mêmes expressions et les mêmes mots, du commencement à la fin, de sorte que même les païens qui étaient là reconnurent que les Écritures avaient été traduites sous l’inspiration de Dieu. Il n’est d’ailleurs nullement surprenant que Dieu ait opéré ce prodige... »

Bernier Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, Paris, Champion, 2010, p. 74. Richard Simon contre l’incertitude de la tradition, qui a tenu de l’Antiquité jusqu’à saint Jérôme, que la traduction des Septante avait été faite par des prophètes : p. 74.

 

Bibliographie

 

BARONIUS, Annales sacrées et ecclésiastiques contenant tout ce qui est advenu de mémorable dans l’Église et dans les empires et royaumes depuis la création du monde jusques à maintenant, divisées en six tomes (...) mises en français par Pierre Coppin, seconde édition, Paris, Jacques d’Allin, 1656.

BERNIER Jean, La critique du Pentateuque de Hobbes à Calmet, Paris, Champion, 2010.

BRIANT Pierre, Histoire de l’empire perse. De Cyrus à Alexandre, Paris, Fayard, 1996.

CAZELLE Henri (dir.), Introduction critique à l’Ancien Testament, Paris, Desclée, 1973.

CHÉDOZEAU Bernard, L’Univers biblique catholique au siècle de Louis XIV. La Bible de Port-Royal, vol. 1, Paris, Champion, 2013.

COHEN Lionel (Yehuda Arye), Une polémique judéo-chrétienne au Moyen Âge et ses rapports avec l’analyse pascalienne de la religion juive, Reprint of Bar Ilan, volume in Humanities and social sciences, Jérusalem, 1969.

Esdras et Nehemias traduits en français, Paris, Desprez, 1693.

FLAVIUS JOSÈPHE, Histoire ancienne des Juifs, tr. Arnauld d’Andilly, éd. Lidis-Brepols, 1981.

JOSÈPHE Flavius, Histoire des Juifs écrite par Flavius Josèphe sous le titre de Antiquités judaïques. Traduites sur l’original grec revu sur divers manuscrits par Monsieur Arnauld d’Andilly. Troisième édition, Paris, chez Pierre Le Petit, MDCLXX. Privilège du 17 août 1652.

GOUHIER Henri, Blaise Pascal. Commentaires, 2e éd., Paris, Vrin, 1971.

LHERMET J., Pascal et la Bible, Paris, Vrin, 1931.

ODELAIN O. et SÉGUINEAU R., Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris, Cerf et Desclée de Brouwer, 1978, p. 132-133.

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ROBERT A. et FEUILLET A. (dir.), Introduction à la Bible, tome I, Tournai, Desclée, 1957.

TERTULLIEN, Opera quae hactenus reperiri potuerunt omnia, Paris, éd. Pamelius, 1616.