Différents cas d’accolades dans les papiers des Pensées

et leur interprétation

 

 

Parmi les papiers qui nous sont parvenus dans le Recueil des originaux (RO) une dizaine portent une sorte d’accolade dont la signification a échappé au premier copiste et à plusieurs éditeurs modernes. Dans plusieurs cas, Pascal se servait de ces accolades pour décaler ou pour transposer la première partie d’un texte après une deuxième partie du même texte. Toute la difficulté consiste à déterminer où commence chacune des parties du texte.

Si par exemple un texte est formé de trois parties numérotées et , dont et sont marquées par une accolade, le texte doit être lu dans l’ordre   .

 

Dans un seul cas Pascal a indiqué explicitement la signification d’une accolade, en ajoutant en marge « Transposer après les lois, article suivant » :

 

Cas n° 1 -  RO p.  69 r/v° et 365 r/v° (Misère 9 (Laf. 60, Sel. 94) et 9 v° (Laf. 76, Sel. 111))

 

p. 70 (69 v°)

 

 

Les Copies (C1 p. 15 v° - 19 v° puis 21 v° - 23, C2 p. 35-37 puis 41-41 v°)  transcrivent ces différentes parties dans l’ordre suivant : en premier lieu vient “L’Économie du monde” () ; puis viennent, après les marques de fin de cahier, les parties barrées ( puis ). Un lien entre le texte principal et les parties barrées a été ménagé par un premier renvoi ajouté en marge du texte (# cy après page 8), ainsi que par un deuxième renvoi situé en marge de la partie (# cy dessus page 4).

Faugère transcrit les textes en trois parties dans l’ordre suivant : (II p.123), (III p. 125) et (IV p. 126).

Brunschvicg les reproduit en deux parties dans cet ordre, qui est correct : et (Br. 73) et (Br. 194).

Tourneur transcrit les papiers correspondants, p. 182, dans cet ordre, qui est correct : , et .

Lafuma les reproduit en deux parties comme Brunschvicg, dans cet ordre, qui est correct : et (Laf. 76) et (Laf. 60).

Le Guern 56 les reproduit en un seul fragment dans l’ordre suivant : la partie de qui se trouve hors de accolade ; puis , la partie de qui se trouve dans l’accolade, et . M. Le Guern transpose donc seulement la partie située dans l’accolade après le texte .

Sellier les reproduit en deux parties comme dans les Copies : (Sel. 94) ; et (Sel.111).

 

Cas n° 2 - RO p. 33 (Loi figurative 24 - Laf. 269, Sel. 300)

 

 

 

L’accolade, située à gauche du texte, a été rognée lors du collage du papier dans le Recueil. La marge de gauche a probablement été coupée en diagonale pour réduire la partie restée vierge. Pascal a séparé les deux parties du texte par un trait.

Interprétation de Z. Tourneur p. 263 puis Ph. Sellier 300 : lire la partie  (limitée par le premier trait de séparation) après la partie .

Les Copies (C1 p. 133, C2 p. 160), P. Faugère p. 307, L. Brunschvicg 692, L. Lafuma 269 et M. Le Guern 252 n’effectuent pas la transposition. Les Copies ne reproduisent pas l’accolade.

 

Cas n° 3 - RO p. 67-8 (Misère 6 - Laf. 58, Sel. 91)

 

 

 

L’accolade, située à gauche du texte, a probablement été rognée, comme dans le cas précédent, lors du collage du papier dans le Recueil.

 

 

 

Tourneur p. 181, puis Lafuma 58, Le Guern 54 et Sellier 91 proposent de lire la partie  après la partie .

Les Copies (C1 p. 15-15v, C2 p. 34), Faugère p. 188 et Brunschvicg 332 n’effectuent pas la transposition. Les Copies ne reproduisent pas l’accolade.

 

Cas n° 4 -  RO p. 205 (Pensées diverses - Laf. 432 série XXX, Sel. 662)

 

 

Noter la boucle de l’accolade, qui est inhabituelle.

 

 

 

 

Interprétation de Ph. Sellier : Lire la phrase   (à laquelle il ajoute [Ils]) après la partie .

Le texte serait, d’après cette lecture : « Mais ceux‑là mêmes qui semblent les plus opposés à la gloire de la religion, nous en ferons le premier argument qu’il y a quelque chose de surnaturel. [Ils] n’y seront pas inutiles pour les autres. Car un aveuglement de cette sorte n’est pas une chose naturelle. Et si leur folie les rend si contraires à leur propre bien, elle servira à en garantir les autres par l’horreur d’un exemple si déplorable et d’une folie si digne de compassion. Est‑ce qu’ils sont si fermes qu’ils soient insensibles à tout ce qui les touche ? Éprouvons‑les dans la perte des biens ou de l’honneur : quoi ! c’est un enchantement... »

 

Les Copies (C1 p. 427-427v, C2 p. 399 - qui n’est pas du copiste habituel), Faugère p. 20, Brunschvicg 194 bis, Lafuma 432 série XXX, Le Guern 403 et Tourneur p. 313 n’effectuent pas la transposition (Tourneur avoue dans sa note « qu’il n’ose pas obéir, pour ne pas troubler l’ordre de la pensée »). Les Copies ne reproduisent pas l’accolade.

 

Cas n° 5 -  RO p. 401 v° (Miracles III, Laf. 877, Sel. 441)

 

 

 

 

 

Tourneur p. 155, puis Lafuma 877, Le Guern 699 et Sellier 441 proposent de lire la partie  après la partie  :

« S’ils disent qu’ils sont soumis au pape, c’est une hypocrisie.

S’ils sont prêts à souscrire toutes ses constitutions, cela ne suffit pas.

S’ils disent que notre salut dépend de Dieu, ce sont des hérétiques. »

Les Copies (C1 p. 460, C2 p. 259), Faugère p. 279 et Brunschvicg 849 n’effectuent pas la transposition. Les Copies ne reproduisent pas l’accolade.

 

Cas n° 6 -  RO p. 415-2 v° (Laf. 969, Sel. 801)

 

 

 

 

Tourneur p. 32, puis Lafuma 969 et Sellier 801 proposent de lire la partie  après la partie .

« Probable.

Ils raisonnent comme ceux qui montrent qu’il est nuit à midi.

Si d’aussi méchantes raisons que celles‑ci sont probables, tout le sera :

Première raison : Dominus actuum conjugalium. Molina.

Deuxième raison : Non potest compensari. Lessius.

Opposer non des maximes saintes, mais des abominables.

Bauny brûleur de granges.

Mascarenhas, concile de Trente, pour les prêtres en péché mortel, quam primum. »

 

Faugère p. 284, Brunschvicg 926  puis Le Guern 750 n’effectuent pas la transposition. Ce fragment manque dans les Copies.

 

 

Cas n° 7 -  RO p. 449 n° 2 (Miracles II, Laf. 855, Sel. 435)

 

 

 

 

 

La forme de l’accolade est semblable à celle du cas n° 4.

Tourneur p. 151, puis Lafuma 855, Le Guern 693 et Sellier 435 proposent de lire la partie  après la partie , comme suit :

« Cette maison est de Dieu, car il y fait d’étranges miracles. Les autres : Cette maison n’est point de Dieu, car on n’y croit pas que les cinq propositions soient dans Jansénius. Lequel est le plus clair ? »

L’expression les autres n’est pas concernée par cette transposition comme le suggère le trait qui prolonge l’accolade.

Les Copies (C1 p. 453 et C2 p. 251v), Faugère p. 225 et Brunschvicg 834 n’effectuent pas la transposition.

En revanche, les Copies reproduisent l’accolade (et transcrivent la deuxième occurrence de Lequel est le plus clair après car il y fait d’étranges miracles).

 

 

Cas d’accolades d’interprétation douteuse

 

Cas n° 8 - RO p. 3-2 (Pensées diverses - Laf. 634, Sel. 527) : l’accolade englobe tout le papier et au-delà.

 

 

Les Copies (C1 p. 361, C2 p. 317 v°),  Z. Tourneur p. 94, L. Lafuma 634, M. Le Guern 541 et Ph. Sellier 527 ne proposent aucune interprétation. Les Copies ne signalent pas d’accolade.

 

Cas n° 9 - RO p. 202-2 (Rabbinage 1 - Laf. 277, Sel. 308)

 

 

Tourneur p. 268, Lafuma 277, Le Guern 260 et Sellier 308 reproduisent le texte avec ou sans les accolades, sans modifier l’ordre du texte. Dans ce cas, les accolades associent entre elles des références livresques ; elles n’ont aucun rôle de transposition.

Le cas de ces accolades est différent : il s’agit ici de la reproduction d’un document. Ce ne sont pas des accolades de transposition.

Les Copies (C1 p. 141, C2 p. 171) reproduisent le texte avec les deux accolades.

 

Cas n° 10 -  RO p. 385 v° (Laf. 957, Sel. 792)

 

 

 

La forme de l’accolade est semblable à celle du cas n° 4. Et pourtant l’accolade semble ici regrouper les quatre termes dans un ordre chronologique.

Tourneur p. 45, Lafuma 957, Le Guern 741 et Sellier 792 transcrivent dans cet ordre.

Ce texte n’est pas dans les Copies.