Mémorial – Papier original : RO D et E

Copies du XVIIe s. : absent de C1 et C2 (le document ne fait pas partie du projet apologétique)

Copies du XVIIIe s. : copie Périer (Sainte-Beuve) p. 1 et 1 v°, copie Montempuys p. 9 et 10,

                               Troisième Recueil Guerrier p. 213, copie Théméricourt p. 24

Éditions du XVIIIe s. : Recueil d’Utrecht (1740) p. 259 / Condorcet (1776) p. [504] / Bossut (1779) p. 549

Éditions modernes : Faugère I, 239 / Havet (1866) t. I, p. CVI / Brunschvicg t. I, p. 3 / Tourneur p. 19 / Le Guern 711 / Lafuma 913 / Sellier 742 / Mesnard OC III, p. 19-56

 

Papier original (D)

 

Copie du parchemin (E)

 

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L’an de grâce 1654.

Lundi 23 novembre, jour de saint Clément pape et martyr et autres au martyrologe.

Veille de saint Chrysogone martyr et autres.

Depuis environ dix heures et demi du soir jusques environ minuit et demi.

Feu

Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,

non des philosophes et des savants.

Certitude, certitude, sentiment, joie, paix.

Dieu de Jésus‑Christ.

Deum meum et Deum vestrum.

Ton Dieu sera mon Dieu.

Oubli du monde et de tout hormis Dieu.

Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l’Évangile.

Grandeur de l’âme humaine.

Père juste, le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu.

Joie, joie, joie, pleurs de joie.

Je m’en suis séparé. ------------------------------------------------------

Dereliquerunt me fontem aquae vivae.

Mon Dieu, me quitterez‑vous -------------------------------------------

que je n’en sois pas séparé éternellement.

----------------------------------------------------------------------------------

Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé J.-C.

Jésus-Christ. --------------------------------------------------------

Jésus-Christ. ----------------------------------------------------

                                   je l’ai fui, renoncé, crucifié

Je m’en suis séparé,  ----------------------------------------------------

Que je n’en sois jamais séparé ! -------------------------------------

Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Évangile.

Renonciation totale et douce.

                         Etc.

 

 

 

L’an de grâce 1654.

Lundi 23 novembre, jour de saint Clément

Pape et m. et autres au martyrologe romain

veille de saint Chrysogone m. et autres, etc.

Depuis environ dix heures et demi du soir

jusques environ minuit et demi.

------------------------------------FEU.----------------------------------

Dieu d’Abraham. Dieu d’Isaac. Dieu de Jacob

non des philosophes et savants.

Certitude, joie, certitude, sentiment, vue, joie

Dieu de Jésus‑Christ.

Deum meum et Deum vestrum.

                                                   Jean 20. 17.

Ton Dieu sera mon Dieu. Ruth.

Oubli du monde et de Tout hormis DIEU

Il ne se trouve que par les voies enseignées

dans l’Évangile. Grandeur de l’âme humaine.

Père juste, le monde ne t’a point

connu, mais je t’ai connu. Jean 17.

Joie, joie, joie et pleurs de joie ---------------------------------

Je m’en suis séparé -----------------------------------------------

Dereliquerunt me fontem -----------------------------------------

mon Dieu, me quitterez‑vous -----------------------------------

que je n’en sois pas séparé éternellement.

--------------------------------------------------------------------------

Cette est la vie éternelle, qu’ils te connaissent

seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé

Jésus-Christ ---------------------------------------------------------

Jésus-Christ ------------------------------------------------------

                                   je l’ai fui, renoncé, crucifié

je m’en suis séparé,  -----------------------------------------------

que je n’en sois jamais séparé ----------------------------------

il ne se conserve que par les voies enseignées

dans l’Évangile.

Renonciation totale et douce ----------------------------

Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.

Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre.

Non obliviscar sermones tuos. Amen.

                                                               

 

Le Mémorial est, dans le Recueil des originaux, un document à part. Jean Mesnard le publie du reste à sa date dans le troisième volume de son édition. Il s’agit du monument du « sommet de vie religieuse » (OC III, éd. J. Mesnard, p. 19) par lequel Pascal est passé dans la nuit du 23 novembre 1654. Il n’a donc aucun rapport avec le projet d’apologie de Pascal, ni même avec les dossiers de miscellanea dans lesquels Pascal classait ses recherches annexes. Comme le remarque J. Mesnard, sa situation dans le Recueil le met clairement à part des cahiers numérotés qui réunissent les « fragments » des Pensées.

Le Mémorial nous est parvenu sous deux formes différentes. L’original est écrit sur papier de la main de Pascal lui-même : il a sans doute été écrit durant la « nuit de feu » elle-même. Nous savons que Pascal avait aussi lui-même écrit sur parchemin une deuxième rédaction, dont le texte comporte de nombreuses différences avec l’original sur papier. Ce document est aujourd’hui perdu. Mais le Recueil des originaux contient un troisième document, qui reproduit sans doute de très près cet original perdu : une copie figurée sur parchemin, de la main de Louis Périer, neveu de Pascal, qui permet de se faire une idée précise du document perdu.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

Grandeur 6 (Laf. 110, Sel. 142). Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur. C’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c’est en vain que le raisonnement, qui n’y a point de part essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n’ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison. Cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l’incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent.

A P. R. 2 (Laf. 149, Sel. 182). C’est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes les remèdes à vos misères. Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu’à connaître que ce n’est point dans vous-même que vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les philosophes vous l’ont promis et ils n’ont pu le faire. Ils ne savent ni quel est votre véritable bien, ni quel est (votre véritable état).

Excellence 1 (Laf. 189, Sel. 221). Dieu par J.-C.

Nous ne connaissons Dieu que par J.-C. Sans ce médiateur est ôtée toute communication avec Dieu. Par J.-C. nous connaissons Dieu. Tous ceux qui ont prétendu connaître Dieu et le prouver sans J.-C. n’avaient que des preuves impuissantes. Mais pour prouver J.-C. nous avons les prophéties qui sont des preuves solides et palpables. Et ces prophéties étant accomplies et prouvées véritables par l’événement marquent la certitude de ces vérités et partant la preuve de la divinité de J.-C. En lui et par lui nous connaissons donc Dieu. Hors de là et sans l’Écriture, sans le péché originel, sans médiateur nécessaire, promis et arrivé, on ne peut prouver absolument Dieu, ni enseigner ni bonne doctrine, ni bonne morale. Mais par J.-C. et en J.-C. on prouve Dieu et on enseigne la morale et la doctrine. J.-C. est donc le véritable Dieu des hommes.

Mais nous connaissons en même temps notre misère, car ce Dieu-là n’est autre chose que le réparateur de notre misère. Ainsi nous ne pouvons bien connaître Dieu qu’en connaissant nos iniquités.

Aussi ceux qui ont connu Dieu sans connaître leur misère ne l’ont pas glorifié, mais s’en sont glorifiés.

Excellence 4 (Laf. 191, Sel. 224). Il est non seulement impossible mais inutile de connaître Dieu sans J. C. Ils ne s’en sont pas éloignés mais approchés ; ils ne se sont pas abaissés mais… Quo quisque optimus eo pessimus si hoc ipsum quod sit optimus ascribat sibi.

Preuves par discours I (Laf. 424, Sel. 680). C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison.

Preuves par discours IV (Laf. 449, Sel. 690). Le Dieu des chrétiens ne consiste pas en un Dieu simplement auteur des vérités géométriques et de l’ordre des éléments ; c’est la part des païens et des épicuriens. Il ne consiste pas seulement en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suite d’années à ceux qui l’adorent ; c’est la portion des Juifs. Mais le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu des chrétiens, est un Dieu d’amour et de consolation ; c’est un Dieu qui remplit l’âme et le cœur de ceux qu’il possède ; c’est un Dieu qui leur fait sentir intérieurement leur misère, et sa miséricorde infinie ; qui s’unit au fond de leur âme ; qui la remplit d’humilité, de joie, de confiance, d’amour ; qui les rend incapables d’autre fin que de lui‑même.

Preuves par les Juifs VI (Laf. 460, Sel. 699). Le Dieu des chrétiens est un Dieu qui fait sentir à l’âme qu’il est son unique bien ; que tout son repos est en lui, qu’elle n’aura de joie qu’à l’aimer ; et qui lui fait en même temps abhorrer les obstacles qui la retiennent et l’empêchent d’aimer Dieu de toutes ses forces. L’amour propre et la concupiscence, qui l’arrêtent, lui sont insupportables. Ce Dieu lui fait sentir qu’elle a ce fond d’amour propre qui la perd, et que lui seul la peut guérir.

Pensées diverses (Laf. 633, Sel. 526). Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer qui nous élève.

Pensées diverses (Laf. 759, Sel. 628). Pensée fait la grandeur de l’homme.

Pensées diverses (Laf. 793, Sel. 646). Ainsi je tends les bras à mon libérateur, qui, ayant été prédit durant 4 000 ans est venu souffrir et mourir pour moi sur la terre dans les temps et dans toutes les circonstances qui en ont été prédites, et par sa grâce j’attends la mort en paix dans l’espérance de lui être éternellement uni et je vis cependant avec joie, soit dans les biens qu’il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu’il m’envoie pour mon bien et qu’il m’a appris à souffrir par son exemple.

 

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