Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets,

qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers

 

Les éditions de Port-Royal

 

 

Bibliographie

 

COUSIN Victor, Des Pensées de Pascal, éd. revue et augmentée, Paris, Ladrange, 1844.

MAIRE Albert, Essai bibliographique des Pensées de Pascal, Paris, Beauchesne, 1924.

TOURNEUR Zacharie, “Le massacre des Pensées de Pascal”, Mercure de France, 249, 15 janvier 1934, p. 285-301.

LAFUMA Louis, Histoire des Pensées de Pascal (1656-1952), Paris, éd. du Luxembourg, 1954.

FRANCIS Raymond, Les Pensées de Pascal en France de 1842 à 1942. Essai d’étude historique et critique, Paris, Nizet, 1959.

GOYET Thérèse, “Le visage de 1670”, in Les Pensées de Pascal ont trois cents ans, Clermont-Ferrand, De Bussac, 1971, p. 31-78.

La notice de l’édition de Michel LE GUERN dans les Œuvres complètes de Pascal qu’il a publiée dans la Pléiade, t. 2, Paris, Gallimard, 2000, p. 1306 sq.

PASCAL Blaise, Pensées sur la religion et sur quelques autres sujets. Étude et édition comparative de l’édition originale avec les copies et les versions modernes par Jean-Robert Armogathe et Daniel Blot, Paris, Champion, 2001.

PÉROUSE Marie, L’invention des Pensées de Pascal. Les éditions de Port-Royal (1670-1678), Paris, Champion, 2009.

 

L’histoire des Pensées commence avec la découverte posthume des papiers de Pascal (1662), et les discussions à Port-Royal sur la nécessité de les publier, intégralement ou partiellement.

L’édition de 1670, dite édition de Port-Royal, la première de toutes, a imposé l’appellation de Pensées. Elle a été précédée par une préoriginale datée de 1669. Elle a connu plusieurs impressions, et plusieurs versions successives en 1671 et 1678, avec des additions pour permettre aux libraires de renouveler leur privilège. D’autres réimpressions ont suivi, moins intéressantes, dans la mesure où elles n’apportaient pas de textes nouveaux.

La dernière réédition des Pensées de Port-Royal a été celle qu’Augustin Gazier a donnée en 1907.

L’édition de Port-Royal ne peut être présentée ici que sommairement, en renvoyant le lecteur au livre de Louis Lafuma et à l’article de Thérèse Goyet (voir ci-dessus). Retenons qu’elle ne saurait être assimilée à une édition telle que nous l’entendons actuellement : c’est une refonte complète du texte de Pascal, effectuée à partir des Copies prises sur les originaux. Conscients du fait que la fragmentation et le désordre apparent des papiers de Pascal excluaient qu’on les reproduise tels quels (comme aurait voulu le faire Gilberte Périer), les éditeurs ont procédé aux opérations suivantes :

- suppression d’un nombre considérable de fragments, soit en raison de leur caractère elliptique ou incompréhensibles, soit parce que le contexte des querelles religieuses les rendait difficilement publiables,

- suppression des audaces et des irrégularités de langage, pour ramener le style de Pascal aux normes du langage classique,

- coupures, corrections, modifications des fragments, soit pour les éclaircir, soit pour en atténuer les audaces ou en expliquer les obscurités,

- disjonction de certains fragments en plusieurs pièces, ou au contraire fusion de textes différents à l’origine,

- additions de phrases, et même de commentaires composés par les éditeurs, soit en tête, soit dans le corps même des fragments.

Enfin, le désordre des papiers ayant paru à la fois irrémédiable et incompréhensible, les éditeurs ont renoncé à le reconstituer, et ont converti le projet d’apologie en un livre de méditation morale et religieuse, en regroupant les textes selon des chefs indiqués par des titres inspirés des expressions de Pascal.

I. Contre l’indifférence des athées

II. Marques de la véritable religion

III. Véritable religion prouvée par les contrariétés qui sont dans l’homme et par le péché originel

IV. Il n’est pas incroyable que Dieu s’unisse à nous

V. Soumission et usage de la raison

VI. Foi sans raisonnement

VII. Qu’il est plus avantageux de croire que de ne pas croire ce qu’enseigne la religion chrétienne (c’est l’argument du pari)

VIII. Image d’un homme qui s’est lassé de chercher Dieu par le seul raisonnement et qui commence à lire l’Écriture

IX. Injustice et corruption de l’homme

X. Juifs

XI. Moïse

XII. Figures

XIII. Que la loi était figurative

XIV. Jésus-Christ

XV. Preuves de Jésus-Christ par les prophéties

XVI. Diverses preuves de Jésus-Christ

XVII. Contre Mahomet

XVIII. Dessein de Dieu de se cacher aux uns, et de se découvrir aux autres

XIX. Que les vrais chrétiens et les vrais Juifs n’ont qu’une même religion

XX. On ne connaît Dieu utilement que par Jésus-Christ

XXI. Contrariétés étonnantes qui se trouvent dans la nature de l’homme à l’égard de la vérité, du bonheur et de plusieurs autres choses

XXII. Connaissance générale de l’homme

XXIII. Grandeur de l’homme

XXIV. Vanité de l’homme

XXV. Faiblesse de l’homme

XXVI. Misère de l’homme

XXVII. Pensées sur les miracles

XXVIII. Pensées chrétiennes

XXIX. Pensées morales

XXX. Pensées sur la mort, qui ont été extraites d’une lettre écrite par Monsieur Pascal sur le sujet de la mort de Monsieur son père

XXXI. Pensées diverses

XXXII. Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies.

L’objectif apologétique de Pascal se trouve ainsi quelque peu brouillé.

Une intéressante étude des caractéristiques de cette édition de 1670 et de son avatar de 1678 a été publiée par les éditions Champion, Marie Pérouse, L’invention des Pensées de Pascal. Les éditions de Port-Royal (1670-1678), 2009.

Cette édition connut plusieurs états, qu’il est utile de distinguer nettement :

 

Édition préoriginale de 1669

 

 

BNF. Rés. D 21.374

 

Des Guerrois 1874

Une préoriginale datée de 1669 était destinée à être présentée pour approbation aux autorités ecclésiastiques et aux correcteurs. Elle est aujourd’hui très rare : la BNF en possède un exemplaire (Rés. D 21374), ainsi que la médiathéque de l’agglomération de Troyes (Des Guerrois 1874). Selon J.-C. Niel, “Un second exemplaire de l’édition de 1669 des Pensées”, in Bulletin du Bibliophile, 1930, p. 485-491, « cet exemplaire est de tout point identique à celui de la B.N. sauf l’absence de tout feuillet de table, et douze « cartons » de correction au lieu des dix de Réserve D. 21374, ce qui prouve qu’il correspond à un état plus avancé de la révision par les approbateurs. L’exemplaire primitif ne devait comporter aucun carton ». Cette édition n’a naturellement pas de privilège ni les approbations des autorités ecclésiastiques.

Celui de la BNF est identique, sauf le feuillet 309-310 (chap. XXX - Pensées sur la mort). L’existence d’un index partiel (intitulé Table des matières) dans l’exemplaire de la BNF pourrait laisser penser qu’il est postérieur à celui de Troyes mais ce n’est pas le cas :

 

Exemplaire de Troyes : (en vert : différences par rapport à l’exemplaire de la BNF)

 

               M.  PASCAL.           309

Il en est de mesme du desir de do-

miner , de la paresse , & des autres.

L’application en est aisée à faire au

sujet de l’horreur que nous avons de

la mort. Cette horreur estoit natu-

relle & juste dans Adam innocent ;

parce que sa vie estant tres agreable

à Dieu , elle devoit estre agreable à

l’homme : & la mort eût esté horri-

ble , parce qu’elle eût finy une vie

conforme à la volonté de Dieu. De-

puis ,l’homme ayant péché ,sa vie est

devenuë corrompuë, son corps & son

ame ennemis l’un de l’autre, & tous

deux de Dieu.

Ce changement  ayant infecté

une si sainte vie, l’amour de la vie

est neanmoins demeuré ; & l’hor-

reur de la mort estant restée pa-

reille, ce qui estoit juste en Adam est

injuste en nous.

Voylà l’origine de l’horreur de la

mort, & la cause de sa défectuosité.

Esclairons donc l’erreur de la natu-

re par la lumiere de la foy.

L’horreur de la mort est naturelle ;

mais c’est en l’estat d’innocence ; par-

310                        PENSE’ES  DE

ce qu’elle n’eût pû entrer dans le Pa-

radis qu’en finissant une vie toute

pure. Il estoit juste de la haïr quand

elle n’eût pû arriver qu’en séparant

une ame sainte d’un corps saint :

mais il est juste de l’aimer quand

elle sépare une ame sainte d’un corps

impur. Il estoit juste de la fuïr, quand

elle eût rompu la paix entre l’ame

& le corps ; mais non pas quand

elle en calme la dissention irreconci-

liable. Enfin quand elle eût affligé

un corps innocent , quand elle eût

osté au corps la liberté d’honorer

Dieu, quand elle eût séparé de l’ame

un corps soûmis & cooperateur à ses

volontez, quand elle eût finy tous les

biens dont l’homme est capable, il

estoit juste de l’abhorrer;mais quand

elle finit une vie impure , quand elle

oste au corps la liberté de pécher ,

quand elle délivre l’ame d’un rebelle

trés puissant & contredisant tous les

motifs de son salut , il est trés in-

juste d’en conserver les mesmes sen-

timens.

Ne quittons donc pas cet amour

 

Cet état correspond exactement à l’édition de janvier 1670. Il est postérieur à celui de l’exemplaire de la BNF.

 

Exemplaire de la BNF : (en vert : différences par rapport à l’exemplaire de Troyes)

 

               M.  PASCAL.           309

Il en est de mesme du desir de do-

miner , de la paresse , & des autres.

L’application en est aisée à faire au

sujet de l’horreur que nous avons de

la mort. Cette horreur estoit natu-

relle & juste dans Adam innocent ;

parce que sa vie estant tres agreable

à Dieu , elle devoit estre agreable à

l’homme : & la mort eût esté horrible,

lors qu’elle finissoit une vie confor-

me à la volonté de Dieu. Depuis,

l’homme ayant péché, sa vie est de-

venuë corrompuë, son corps & son

ame ennemis l’un de l’autre, & tous

deux de Dieu. Cét horrible change-

ment  ayant infecté une si sainte vie,

l’amour de la vie est neanmoins de-

meuré; & l’horreur de la mort estant

restée pareille , ce qui estoit juste en

Adam est injuste & criminel en

nous.

Voylà l’origine de l’horreur de la

mort, & la cause de sa défectuosité.

Esclairons donc l’erreur de la natu-

re par la lumiere de la foy.

L’horreur de la mort est naturelle;

mais c’est en l’estat d’innocence. La

310                        PENSE’ES  DE

mort à la verité est horrible ; mais

c’est quand elle finit une vie toute

pure.

Il estoit juste de la haïr , quand

elle separoit une ame sainte

d’un corps saint : mais il est juste de

l’aimer quand elle separoit une ame

sainte d’un corps impur. Il estoit juste

de la fuïr, quand elle rompoit la paix

entre l’ame & le corps ; mais non pas

quand elle en calme la dissention ir-

reconciliable. Enfin quand elle affli-

geoit un corps innocent , quand elle

ostoit au corps la liberté d’honorer

Dieu, quand elle separoit de l’ame

un corps soûmis & cooperateur à ses

volontez, quand elle finissoit tous les

biens dont l’homme est capable , il

estoit juste de l’abhorrer;mais quand

elle finit une vie impure , quand elle

oste au corps la liberté de pécher ,

quand elle délivre l’ame d’un rebelle

trés puissant & contredisant tous les

motifs de son salut , il est trés in-

juste d’en conserver les mesmes sen-

timens.

Ne quittons donc pas cet amour

Ce texte est très proche de l’original (voir J. Mesnard, OC, II, p. 859).

La présence des deux premières pages de la Table des matières dans l’exemplaire de la BNF peut s’expliquer par le fait que ces deux pages appartiennent au même cahier que la fin du texte des Pensées. La dernière page imprimée contient en effet une réclame que les protes ajoutent à la fin des cahiers. Cet index devait probablement être complet lors de l’impression des deux exemplaires. Dans le cas de l’exemplaire de Troyes, l’index n’a pas été imprimé (ou conservé).

Cette édition a donné lieu à plusieurs corrections (voir ci-dessous). On notera cependant que l’index n’a pas été corrigé à l’entrée Amour qui signale une occurrence page 148, ce qui correspond à sa situation en 1669, alors qu’elle est située page 147 dans l’édition de janvier 1670.

Différences constatées entre l’édition préoriginale et celle de janvier 1670

Voir le tome III (intitulé Documents) de l’éd. Lafuma, Luxembourg 1951, p. 165-170. Cette étude ne tient pas compte de plusieurs modifications de détails : correction de coquilles, révision de la ponctuation, suppression d’un fleuron, modification ponctuelle du texte. Nous les signalons dans les rubriques Éditions de Port-Royal associées aux fragments concernés. À ces corrections il faut ajouter la modification de plusieurs culs-de-lampe et frises dans le but d’éviter les décalages de pagination. Toutes ces corrections tiennent compte de la contrainte matérielle imposée par les cahiers existants si ce n’est de la Table des matières.

Aucun fragment n’a été ajouté.

Deux textes présents dans l’édition de 1669 ont été supprimés :

Chap. XIX. Que les vrais chrétiens et les vrais Juifs n’ont qu’une même religion, p. 147 :« Je dis que le sabbat n’était qu’un signe ; institué en mémoire de la sortie d’Égypte. Donc il n’est plus nécessaire, puisqu’il faut oublier l’Égypte. (Exod. 31. 13. Deutér. 15. 15. et 16.) » Ce texte ainsi que ces références n’ont pas été conservés. Le texte du manuscrit est : « Le sabbat n’était qu’un signe, Exode, XXXI, 13 ; et en mémoire de la sortie d’Égypte, Deutéronome, V, 15. Donc il n’est plus nécessaire, puisqu’il faut oublier l’Égypte. » (Preuves par les Juifs III - Laf. 453, Sel. 693).

Chap. XXIX. Pensées Morales, p. 293 :« J’ai passé longtemps de ma vie, en croyant qu’il y avait une justice ; et en cela je ne me trompais pas ; car il y en a selon que Dieu nous l’a voulu révéler. Mais je ne le prenais pas ainsi ; et c’est en quoi je me trompais ; car je croyais que notre justice était essentiellement juste, et que j’avais de quoi la connaître, et en juger. Mais je me suis trouvé tant de fois en faute de jugement droit, qu’enfin je suis entré en défiance de moi, et puis des autres. J’ai vu tous les pays, et tous les hommes changeant. Et ainsi après bien des changements de jugement touchant la véritable justice, j’ai connu que notre nature n’était qu’un continuel changement ; et je n’ai plus changé depuis ; et si je changeais, je confirmerais mon opinion. » Ce paragraphe a été supprimé à la demande d’Arnauld. Ce texte est issu d’un texte barré du manuscrit (Pensées diverses - Laf. 520, Sel. 453).

Les modifications portent souvent sur des textes qui ont été utilisés dans un premier temps dans un état proche de l’original de Pascal.

C’est par exemple le cas du texte qui a été intégré dans le chap. XVIII. Dessein de Dieu de se cacher aux uns, et de se découvrir aux autres,p. 141 : « Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voient clair, et donner la vue aux aveugles ; guérir les malades, et laisser mourir les sains ; appeler les pécheurs à la pénitence et les justifier, et laisser les justes dans leurs péchés ; remplir les indigents, et laisser les riches vides. » (Fondement 12 - Laf. 235, Sel. 267).

Ce texte a été modifié avant d’être publié en 1670  : « Jésus-Christ est venu, afin que ceux qui ne voyaient point vissent, et que ceux qui voyaient devinsent aveugles : il est venu guérir les malades, et laisser mourir les sains ; appeler les pécheurs à la pénitence et les justifier, et laisser ceux qui se croyaient justes dans leurs péchés ; remplir les indigents, et laisser les riches vides. ».

Ces modifications montrent une partie du travail qui a été réalisé sur les textes par le Comité de Port-Royal. D’autres traces de ce travail d’édition ont été conservées dans les Portefeuilles Vallant ainsi que dans la Copie C1 (propositions de corrections par Arnauld, Nicole et Étienne Périer).

 

Éditions de janvier 1670, mars 1670 et 1671

L’édition originale proprement dite est sortie en janvier 1670. Ce premier état ne porte pas en page de titre l’indication qu’elle est la première.

Une deuxième impression a été réalisée en mars 1670. Il en existe deux tirages, qui diffèrent par le fait que l’un d’entre eux porte dans la page de titre la mention « Seconde édition », et non pas l’autre. Il semble que l’impression ne comportant pas l’indication « Seconde édition » soit antérieure à l’autre. Il faut distinguer cette impression de la précédente, en raison des corrections qui y ont été apportées, et de la suppression d’un fragment issu de Morale chrétienne 2 (Laf. 352, Sel. 384), volontaire et non pas accidentelle, puisque l’index en tient compte.

L’étude détaillée de cette édition montre que certains mots ont été modifiés ou ajoutés, que des coquilles ont été corrigées ; des signes de ponctuation ont été modifiés, ajoutés ou supprimés, le lignage a parfois été modifié et des culs-de-lampe et des frises ont été changés ou supprimés. Ces modifications ont été réalisées à partir de la composition de janvier 1670 (les changements de graphies sont en effet peu importants).

La rapidité de l’impression, due à la nécessité de tourner les interventions de l’archevêque de Paris Hardouin de Péréfixe, qui « proposait » avec insistance d’ajouter la déclaration du père Beurrier, a suscité l’omission d’un cahier, correspondant au chapitre XXXI (Pensées diverses), qui a dû être ajouté après coup, de sorte que la pagination est irrégulière (les 358 pages sont d’abord paginées de 1 à 312, puis de 307 à 330, puis de 313 à 334).

Une « troisième édition », probablement préparée en 1670, parut en 1671 après le décès de Péréfixe (31 décembre 1670). Selon Maire, n° 10 p. 108, l’exemplaire de la Bibliothèque Mazarine contient une note de Faugère qui signale que « cette édition est non seulement tout à fait conforme pour le texte avec la 2e édition de 1670, mais les ornements et les caractères sont identiques ; les mêmes fautes typographiques se rencontrent dans l’une et dans l’autre ; enfin il est évident que la même composition a servi pour les deux éditions. Tout le changement consiste à avoir substitué dans le titre le mot troisième au mot deuxième. Dans la deuxième édition, qui est à la Bibliothèque royale, le titre imprimé sur une feuille volante qui a été collée après coup forme un carton. C’est cet exemplaire qui se trouve identique à celui-ci. »

Son format est cependant légèrement plus grand que les éditions précédentes : le texte des Pensées est composé de 348 pages au lieu de 365. Le numéro du chapitre a été ajouté dans le titre courant. Certaines graphies ont été modernisées (notamment -monstr- en -montr-) et quelques frises et lettrines ont été modifiées. Quelques corrections ont été introduites dans le texte, notamment des références bibliques. Des coquilles ont été corrigées mais d’autres ont été introduites : signalons notamment l’erreur grossière du prote qui a corrigé Je ne vois que des infinités de toutes parts en Je ne vois que des infirmités de toutes parts (p. 8).

 

Édition de 1678

En 1678, munie d’un privilège de 1677 couvrant une durée de 20 ans, fut publiée une édition augmentée d’une quarantaine de fragments qui avaient été exclus de la première. De nombreuses corrections ont été apportées, mais sans que la structure du livre soit changée. Les éditions publiées par la suite n’ajouteront rien de neuf.

La sélection des fragments pour cette édition a donné lieu à plusieurs phases de marquage à la sanguine dans la Copie C1. Selon J. Mesnard, ces marques seraient de la main d’Étienne Périer.

Les nombreux changements de graphies (notamment la « modernisation » systématique de la graphie aym- en aim-) et l’abandon des modifications présentes dans les deuxième et troisième éditions (notamment la réintégration du fragment supprimé en mars 1670) montrent que le texte a été entièrement recomposé à partir du manuscrit utilisé pour la première édition.

Trois nouveaux textes ont été introduits dans cette édition :

Discours sur les pensées de Mr. Pascal (132 pages) composé par M. Du Bois de la Cour (Filleau de la Chaise),

Discours sur les preuves des livres de Moïse (78 pages), de Filleau de la Chaise,

Qu’il y a des démonstrations d’une autre espèce et aussi certaines que celles de la géométrie et qu’on en peut donner de telles pour la religion chrétienne (12 pages), de Filleau de la Chaise.

 

Sur l’édition de Port-Royal, on peut recourir au livre de Louis Lafuma sur l’histoire des Pensées, et aux introductions des éditions de Philippe Sellier, ou de Michel Le Guern dans la Pléiade.

L’importance historique de l’édition dite « de Port-Royal » tient au fait qu’elle a été la première, mais surtout au fait qu’elle a été la source de toutes les autres jusqu’au XIXe siècle : quoiqu’il fût de notoriété publique que l’original de Pascal était déposé à la Bibliothèque Royale de France, même lorsqu’ils ont changé l’ordre ou le texte de certains fragments, les éditeurs ne se s’en sont pas moins contentés de reprendre le texte de Port-Royal, persuadés que l’on pouvait faire toute confiance aux premiers éditeurs, qui avaient familièrement connu Pascal, et qui étaient aussi bien informés que possible sur son projet, qu’il leur avait exposé lors d’une conférence à Port-Royal.

L’autorité accordée à cette édition peut paraître paradoxale, au vu des transformations qui ont été mentionnées ci-dessus. Il faut pourtant remarquer qu’elles n’ont nullement fait obstacle au succès de librairie des Pensées, dont témoigne la persévérance que Desprez a mis pour en conserver le privilège.

Il faut aussi considérer, comme l’a fait par exemple Sainte-Beuve, que cette édition a été élaborée et produite par des amis de Pascal qui avaient une familiarité profonde avec Pascal. Aussi toutes les éditions des Pensées qui ont été publiées, notamment les éditions de Condorcet (1776), et l’édition contenue dans les Œuvres complètes de Pascal établie par l’abbé Bossut (1779), sont directement dépendantes des éditions de Port-Royal, pour le texte, sinon pour la disposition.