Fragment Fausseté des autres religions n° 4 / 18  – Papier original : RO 467-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Fausseté n° 264 p. 105 / C2 : p. 130

Éditions savantes : Michaut 829 / Brunschvicg 235 / Tourneur p. 246-2 / Le Guern 192 / Lafuma 206 / Sellier 238

 

 

 

Rem viderunt causam non viderunt.

 

 

Pascal résume ici par une formule augustinienne ce qui fait en général la nature de l’erreur, particulièrement en matière de religion : ne voir qu’une partie de la vérité, et surtout ne voir que les faits sans être capable d’en saisir la cause. C’est ce qui fait l’erreur des hérétiques et des sectateurs des fausses religions en général.

Traduction : Ils ont vu la chose, ils n’ont pas vu la cause.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Pensées diverses (Laf. 571, Sel .474). Il y a hérésie à expliquer toujours, omnes, de tous. Et hérésie à ne le pas expliquer quelquefois de tous, bibite ex hoc omnes. Les huguenots hérétiques en l’expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt. Les huguenots, hérétiques en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les Pères et la tradition pour savoir quand, puisqu’il y a hérésie à craindre de part et d’autre.

Pensées diverses (Laf. 577, Sel. 480). S’il ne fallait rien faire que pour le certain on ne devrait rien faire pour la religion, car elle n’est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l’incertain, les voyages sur mer, les batailles. Je dis donc qu’il ne faudrait rien faire du tout, car rien n’est certain. Et qu’il y a plus de certitude à la religion que non pas que nous voyions le jour de demain.

Car il n’est pas certain que nous voyions demain, mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n’en peut pas dire autant de la religion. Il n’est pas certain qu’elle soit mais qui osera dire qu’il est certainement possible qu’elle ne soit pas.

Or quand on travaille pour demain et pour l’incertain on agit avec raison, car on doit travailler pour l’incertain par la règle des partis qui est démontrée. 

Saint Augustin a vu qu’on travaille pour l’incertain sur mer, en bataille, etc. - mais il n’a pas vu la règle des partis qui démontre qu’on le doit. Montaigne a vu qu’on s’offense d’un esprit boiteux et que la coutume peut tout, mais il n’a pas vu la raison de cet effet.

Toutes ces personnes ont vu les effets mais ils n’ont pas vu les causes. Ils sont à l’égard de ceux qui ont découvert les causes comme ceux qui n’ont que les yeux à l’égard de ceux qui ont l’esprit. Car les effets sont comme sensibles et les causes sont visibles seulement à l’esprit. Et quoique ces effets-là se voient par l’esprit, cet esprit est à l’égard de l’esprit qui voit les causes comme les sens corporels à l’égard de l’esprit.

Pensées diverses (Laf. 701, Sel. 579). Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu’il se trompe il faut observer par quel côté il envisage la chose car elle est vraie ordinairement de ce côté-là et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela car il voit qu’il ne se trompait pas et qu’il manquait seulement à voir tous les côtés.

 

Mots-clés : CauseChoseVoir.