Pensées diverses III – Fragment n° 74 / 85 – Papier original : RO 435-3

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 144 p. 381 v° / C2 : p. 341 v°

Éditions savantes : Faugère I, 269, XIV / Prov. n° 435 p. 288 / Brunschvicg 922 / Tourneur p. 109-4 / Le Guern 614 / Lafuma 722 (série XXV) / Sellier 600

 

 

 

Probable.

 

Qu’on voie si on recherche sincèrement Dieu par la comparaison des choses qu’on affectionne.

Il est probable que cette viande ne m’empoisonnera pas.

Il est probable que je ne perdrai pas mon procès en ne sollicitant pas.

 

 

Fragment dans lequel Pascal essaie de rendre sensible la différence qui existe entre le sens ordinaire du mot probable et le sens auquel l’entendent les partisans de la probabilité, afin de leur faire saisir la manière dont ils se trompent eux-mêmes sur eux-mêmes dans leur recherche de Dieu.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Plusieurs fragments portent le titre Probable ou Probabilité.

 

A P. R. 2 (Laf. 149, Sel. 182). Incroyable que Dieu s’unisse à nous.

Cette considération n’est tirée que de la vue de notre bassesse, mais si vous l’avez bien sincère, suivez‑la aussi loin que moi et reconnaissez que nous sommes en effet si bas que nous sommes par nous-mêmes incapables de connaître si sa miséricorde ne peut pas nous rendre capables de lui. Car je voudrais savoir d’où cet animal qui se reconnaît si faible a le droit de mesurer la miséricorde de Dieu et d’y mettre les bornes que sa fantaisie lui suggère. Il sait si peu ce que c’est que Dieu qu’il ne sait pas ce qu’il est lui-même. Et tout troublé de la vue de son propre état, il ose dire que Dieu ne le peut pas rendre capable de sa communication. Mais je voudrais lui demander si Dieu demande autre chose de lui sinon qu’il l’aime et le connaisse, et pourquoi il croit que Dieu ne peut se rendre connaissable et aimable à lui, puisqu’il est naturellement capable d’amour et de connaissance. Il est sans doute qu’il connaît au moins qu’il est et qu’il aime quelque chose. Donc s’il voit quelque chose dans les ténèbres où il est et s’il trouve quelque sujet d’amour parmi les choses de la terre, pourquoi, si Dieu lui découvre quelque rayon de son essence, ne sera‑t‑il pas capable de le connaître et de l’aimer en la manière qu’il lui plaira se communiquer à nous ? Il y a donc sans doute une présomption insupportable dans ces sortes de raisonnements, quoiqu’ils paraissent fondés sur une humilité apparente, qui n’est ni sincère ni raisonnable si elle ne nous fait confesser que, ne sachant de nous‑mêmes qui nous sommes, nous ne pouvons l’apprendre que de Dieu.

[...]

Dieu a voulu racheter les hommes et ouvrir le salut à ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s’en rendent si indignes qu’il est juste que Dieu refuse à quelquesuns à cause de leur endurcissement ce qu’il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due.

S’il eût voulu surmonter l’obstination des plus endurcis, il l’eût pu en se découvrant si manifestement à eux qu’ils n’eussent pu douter de la vérité de son essence, comme il paraîtra au dernier jour avec un tel éclat de foudres et un tel renversement de la nature que les morts ressuscités et les plus aveugles le verront.

Ce n’est pas en cette sorte qu’il a voulu paraître dans son avènement de douceur, parce que tant d’hommes se rendant indignes de sa clémence il a voulu les laisser dans la privation du bien qu’ils ne veulent pas. Il n’était donc pas juste qu’il parût d’une manière manifestement divine et absolument capable de convaincre tous les hommes. Mais il n’était pas juste aussi qu’il vînt d’une manière si cachée qu’il ne pût être reconnu de ceux qui le chercheraient sincèrement. Il a voulu se rendre parfaitement connaissable à ceuxlà.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). Qu’ils apprennent au moins quelle est la religion qu’ils combattent avant que de la combattre. Si cette religion se vantait d’avoir une vue claire de Dieu, et de la posséder à découvert et sans voile, ce serait la combattre que de dire qu’on ne voit rien dans le monde qui la montre avec cette évidence. Mais puisqu’elle dit au contraire, que les hommes sont dans les ténèbres et dans l’éloignement de Dieu, qu’il s’est caché à leur connaissance, que c’est même le nom qu’il se donne dans les Écritures, Deus absconditus ; et, enfin, si elle travaille également à établir ces deux choses : que Dieu a établi des marques sensibles dans l’Église pour se faire reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement ; et qu’il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu’il ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur cœur.

[...]

Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n’épargnant rien pour en sortir, font de cette recherche leurs principales et leurs plus sérieuses occupations.

Preuves par les Juifs VI (Laf. 480, Sel. 715). Pour les religions, il faut être sincère : vrais païens, vrais juifs, vrais chrétiens.

Pensées diverses (Laf. 823, Sel. 664). C’est un héritier qui trouve les titres de sa maison. Dira-t-il peut-être qu’ils sont faux, et négligera-t-il de les examiner.

 

Mots-clés : DieuPoisonProbableProcèsSincérité.