Pensées diverses VIII – Fragment n° 3 / 6 – Papier original : RO 159-3

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 189 p. 427 v° / C2 : p. 399-399 v° (copie de Pierre Guerrier)

Éditions de Port-Royal : Chap. XXVIII - Pensées Chrestiennes : 1669 et janv. 1670 p. 271 / 1678 n° 72 p. 264

Éditions savantes : Faugère II, 190, VI / Havet XXIV.46 / Brunschvicg 593 / Tourneur p. 136-1 / Le Guern 672 / Lafuma 822 (série XXX) / Sellier 663

 

 

 

Histoire de la Chine.

 

Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger.

Il n’est pas question de voir cela en gros. Je vous dis qu’il y a de quoi aveugler et de quoi éclairer.

Par ce mot seul je ruine tous vos raisonnements : Mais la Chine obscurcit, dites‑vous ; et je réponds : La Chine obscurcit mais il y a clarté à trouver. Cherchez‑la.

Ainsi tout ce que vous dites fait à un des desseins et rien contre l’autre. Ainsi cela sert et ne nuit pas.

Il faut donc voir cela en détail. Il faut mettre papiers sur table.

 

 

Parmi les sujets que Pascal projetait d’étudier pour composer son apologie figure l’histoire de la Chine. Les missionnaires revenus d’Asie avaient en effet publié des récits qui faisaient état des chronologies historiques chinoises, qui faisaient remonter les premiers temps non seulement avant l’époque que la Bible assignait au Déluge, mais même avant la Création. Ces chronologies ont servi aux libertins d’objection contre les récits bibliques. Pascal a dessiné dans quelques fragments les principaux points de sa réponse, mais il n’a pas eu le temps de les développer.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Preuves par discours III (Laf. 436, Sel. 688). Antiquité des Juifs.

Qu’il y a de différence d’un livre à un autre, je ne m’étonne pas de ce que les Grecs ont fait l’Iliade, ni les Égyptiens et les Chinois leurs histoires.  Il ne faut que voir comment cela est né, ces historiens fabuleux ne sont pas contemporains des choses dont ils écrivent. Homère fait un roman, qu’il donne pour tel, et qui est reçu pour tel, car personne ne doutait que Troie et Agamemnon n’avaient non plus été que la pomme d’or. Il ne pensait pas aussi à en faire une histoire, mais seulement un divertissement, il est le seul qui écrit de son temps, la beauté de l’ouvrage fait durer la chose, tout le monde l’apprend et en parle, il la faut savoir, chacun la sait par cœur, quatre cents ans après les témoins des choses ne sont plus vivants, personne ne sait plus par sa connaissance si c’est une fable ou une histoire, on l’a seulement appris de ses ancêtres, cela peut passer pour vrai.

Toute histoire qui n’est pas contemporaine est suspecte, ainsi les livres des Sibylles et de Trismégiste, et tant d’autres qui ont eu crédit au monde sont faux et se trouvent faux à la suite des temps, il n’en est pas ainsi des auteurs contemporains.

Il y a bien de la différence entre un livre que fait un particulier, et qu’il jette dans le peuple et un livre qui fait lui-même un peuple, on ne peut douter que le livre ne soit aussi ancien que le peuple.

Preuves par les Juifs IV (Laf. 454, Sel. 694). Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, où voici ce que je trouve d’effectif.

[...]

Je vois donc des faiseurs de religions en plusieurs endroits du monde et dans tous les temps, mais ils n’ont ni la morale qui peut me plaire, ni les preuves qui peuvent m’arrêter, et qu’ainsi j’aurais refusé également, et la religion de Mahomet et celle de la Chine et celle des anciens Romains et celle des Égyptiens par cette seule raison que l’une n’ayant point plus de marques de vérité que l’autre, ni rien qui me déterminât nécessairement. La raison ne peut pencher plutôt vers l’une que vers l’autre.

Preuves par les Juifs VI (Laf. 481, Sel. 716). Contre l’histoire de la Chine.

Les histoires de Mexico, des cinq soleils, dont le dernier est il n’y a que huit cents ans.

Différence d’un livre reçu d’un peuple, ou qui forme un peuple.

 

Mots-clés : AveuglerChineDétailÉclairerHistoireMoïseRaisonnementTémoin.