Preuves par les Juifs VI  – Fragment n° 14 / 15 – Le papier original est perdu

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 65 p. 257 / C2 : p. 473 v°

Éditions savantes : Faugère II, 190, VI / Havet XXIV.46 bis / Brunschvicg 594 / Le Guern 446 / Lafuma 481 (série XI) / Sellier 716

 

 

 

Contre l’histoire de la Chine.

 

Les histoires de Mexico, des cinq soleils, dont le dernier est il n’y a que huit cents ans.

Différence d’un livre reçu d’un peuple, ou qui forme un peuple.

 

 

Ce bref fragment donne une idée de l’ampleur de l’enquête que Pascal s’imposait dans l’examen des religions païennes, mais que la maladie l’a empêché d’accomplir. Les formules quelque peu lapidaires des notes qu’il a consacrées à ce problème auraient sans doute laissé place, dans des rédactions plus développées, à des argumentations plus substantielles.

La critique des fausses chronologies païennes doit être mise en regard de la défense de l’antiquité des Juifs, telle qu’on la trouve dans le fragment Preuves par discours III (Laf. 436, Sel. 688) par exemple.

Le sujet le plus essentiel du présent fragment n’est pas la Chine, qui n’est ici qu’un exemple parmi d’autres, mais le rapport qui existe entre un peuple et le livre qui contient son histoire et les dogmes de sa religion. La plupart des religions sont fondées sur des livres qui ont été composés par des écrivains très anciens, et que le peuple reçoit avec un respect appuyé sur la tradition. C’est ce que Pascal signifie par la formule un livre reçu d’un peuple. Il n’en va pas de même selon lui du peuple juif, car les livres les plus anciens de la Bible ne sont pas seulement reçus du peuple, ils ont formé ce peuple comme peuple élu par Dieu, en vue de porter sa Parole. La formation du peuple est donc un effet direct de l’existence de la Bible, ce qui implique que la naissance de l’un et de l’autre sont étroitement liés, non seulement du point de vue spirituel, mais même du point de vue chronologique. On comprend aussi ce que la perte de la Bible, qui a pu se produire à certains moments particulièrement dramatiques de l’histoire d’Israël, pouvait avoir de catastrophique pour le peuple juif : c’est le ciment même qui constitue le peuple qui risquait de disparaître.

 

Analyse détaillée...

     

Le livre du P. Martini et sa traduction.

 

Fragments connexes

 

Preuves par discours III (Laf. 436, Sel. 688). Antiquité des Juifs.

Qu’il y a de différence d’un livre à un autre ! Je ne m’étonne pas de ce que les Grecs ont fait l’Iliade, ni les Egyptiens et les Chinois leurs histoires. Il ne faut que voir comment cela est né. Ces historiens fabuleux ne sont pas contemporains des choses dont ils écrivent. Homère fait un roman, qu’il donne pour tel et qui est reçu pour tel ; car personne ne doutait que Troie et Agamemnon n’avaient non plus été que la pomme d’or. Il ne pensait pas aussi à en faire une histoire, mais seulement un divertissement ; il est le seul qui écrit de son temps, la beauté de l’ouvrage fait durer la chose : tout le monde l’apprend et en parle ; il la faut savoir, chacun la sait par cœur. Quatre cents ans après, les témoins des choses ne sont plus vivants ; personne ne sait plus par sa connaissance si c’est une fable ou une histoire : on l’a seulement appris de ses ancêtres, cela peut passer pour vrai.

Toute histoire qui n’est pas contemporaine est suspecte ; ainsi les livres des sibylles et de Trismégiste, et tant d’autres qui ont eu crédit au monde, sont faux et se trouvent faux à la suite des temps. Il n’en est pas ainsi des auteurs contemporains.

Il y a bien de la différence entre un livre que fait un particulier, et qu’il jette dans le peuple, et un livre qui fait lui-même un peuple. On ne peut douter que le livre ne soit aussi ancien que le peuple.

Preuves par les Juifs IV (Laf. 454, Sel. 694). Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, où voici ce que je trouve d’effectif. Je ne parle point ici des miracles de Moïse, de J.-C. et des apôtres, parce qu’ils ne paraissent pas d’abord convaincants et que je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.

Il est certain que nous voyons en quelques endroits du monde, un peuple particulier séparé de tous les autres peuples du monde qui s’appelle le peuple juif. Je vois donc des faiseurs de religions en plusieurs endroits du monde et dans tous les temps, mais ils n’ont ni la morale qui peut me plaire, ni les preuves qui peuvent m’arrêter, et qu’ainsi j’aurais refusé également, et la religion de Mahomet et celle de la Chine et celle des anciens Romains et celle des Égyptiens par cette seule raison que l’une n’ayant point plus de marques de vérité que l’autre, ni rien qui me déterminât nécessairement. La raison ne peut pencher plutôt vers l’une que vers l’autre.

Pensées diverses (Laf. 822, Sel. 663). Histoire de la Chine.

Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger.

(Lequel est le plus croyable des deux, Moïse ou la Chine ?)

Il n’est pas question de voir cela en gros ; je vous dis qu’il y a de quoi aveugler et de quoi éclaircir.

Par ce mot seul je ruine tous vos raisonnements ; mais la Chine obscurcit, dites-vous. Et je réponds : la Chine obscurcit, mais il y a clarté à trouver. Cherchez-la.

Ainsi tout ce que vous dites fait à un des desseins et rien contre l’autre. Ainsi cela sert et ne nuit pas.

Il faut donc voir cela en détail. Il faut mettre papiers sur table.

 

Mots-clés : ChineDifférenceHistoireMexicoPeupleSoleil.