Fragment Commencement n° 13 / 16  – Papier original : RO 61-8

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Commencement n° 223 p. 79 / C2 : p. 105

Éditions de Port-Royal : Chap. I - Contre l’Indifférence des Athées : 1669 et janv. 1670 p. 12 / 1678 n° 1 p. 11

Éditions savantes : Faugère II, 18 / Havet IX.4 / Michaut 165 / Brunschvicg 200 / Tourneur p. 227-4 / Le Guern 152 / Lafuma 163 / Sellier 195

 

 

 

Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n’ayant plus qu’une heure pour l’apprendre, cette heure suffisant s’il sait qu’il est donné pour le faire révoquer, il est contre nature qu’il emploie cette heure-là, non à s’informer si l’arrêt est donné, mais à jouer au piquet.

Ainsi il est surnaturel que l’homme, etc. C’est un appesantissement de la main de Dieu.

Ainsi non seulement le zèle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais l’aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas.

 

 

Pascal use ici de l’image particulièrement dramatique de l’homme enfermé dans un cachot ; mais il la renouvelle en imaginant que ce prisonnier est assez inconscient de son malheur pour se divertir à jouer au moment où il aurait une chance d’assurer son salut. Une sorte de comique tragique rend le symbole particulièrement prenant. Pascal n’aura plus qu’à imaginer que plusieurs prisonniers sont réunis dans un même cachot, comme il le fait dans le fragment Preuves par discours II (Laf. 434, Sel. 686), pour donner à cette figure la force d’une véritable allégorie.

Cependant, l’image est ici le support d’un argument complexe, savoir que l’attitude de ceux qui ne croient pas, et qui se divertissent, contredit si fortement l’ordre naturel de l’amour propre qu’il est possible d’en tirer une preuve du fait qu’elle ne peut s’expliquer que par un appesantissement de la main de Dieu.

 

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Fragments connexes

 

Commencement 14 (Laf. 164, Sel. 196). Commencement. Cachot.

Dossier de travail (Laf. 383, Sel. 2). D’être insensible à mépriser les choses intéressantes, et devenir insensible au point qui nous intéresse le plus.

Dossier de travail (Laf. 386, Sel. 5). Afin que la passion ne nuise point faisons comme s’il n’y avait que huit jours de vie.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). Rien n’est si important à l’homme que son état ; rien ne lui est si redoutable que l’éternité. Et ainsi, qu’il se trouve des hommes indifférents à la perte de leur être et au péril d’une éternité de misères, cela n’est point naturel. Ils sont tout autres à l’égard de toutes les autres choses : ils craignent jusqu’aux plus légères, ils les prévoient, ils les sentent ; et ce même homme qui passe tant de jours et de nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d’une charge ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, c’est celui-là même qui sait qu’il va tout perdre par la mort, sans inquiétude et sans émotion. C’est une chose monstrueuse de voir dans un même cœur et en même temps cette sensibilité pour les moindres choses et cette étrange insensibilité pour les plus grandes.

C’est un enchantement incompréhensible, et un assoupissement surnaturel, qui marque une force toute-puissante qui le cause.

Pensées diverses (Laf. 432, Sel. 662). Est-ce qu’ils sont si fermes qu’ils soient insensibles à tout ce qui les touche ? Éprouvons-le dans la perte des biens ou de l’honneur. Quoi ? c’est un enchantement.

Pensées diverses (Laf. 632, Sel. 525). La sensibilité de l’homme aux petites choses et l’insensibilité (aux) plus grandes choses, marque d’un étrange renversement.

 

Mots-clés : ArrêtAveuglementCachotChercherDieuHeureHommeMainNaturePiquetSurnaturelZèle.