Fragment Commencement n° 14 / 16  – Papier original : RO 27-5

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Commencement n° 224 p. 79 / C2 : p. 105

Éditions de Port-Royal : Chap. XXVIII - Pensées Chrétiennes : 1669 et janv. 1670 p. 247 / 1678 n° 22 p. 239

Éditions savantes : Faugère II, 18 / Havet XXIV.17 bis / Brunschvicg 218 / Tourneur p. 228-1 / Le Guern 153 / Lafuma 164 / Sellier 196

 

 

 

Commencement.

Cachot.

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Je trouve bon qu’on n’approfondisse pas l’opinion de Copernic. Mais ceci...

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Il importe à toute la vie de savoir si l’âme est mortelle ou immortelle.

 

 

Ce fragment complète le précédent. La recherche scientifique, dans ses hypothèses les plus audacieuses, est ironiquement mise ici sur le même plan que le divertissement par le jeu de piquet. Dans l’urgence, il est en effet plus important de s’assurer que l’âme est immortelle que de savoir si la terre tourne autour du soleil ou non.

On a souvent reproché à Pascal cette indifférence à un problème cosmologique que l’affaire du procès de Galilée a contribué à dramatiser considérablement, indifférence que l’on a parfois interprétée comme l’effet d’une certaine timidité. En réalité, dans plusieurs textes, Pascal a nettement expliqué qu’entre les différents systèmes cosmologiques qui ont cours de son temps, aucune expérience rigoureuse ne permet de discerner. Du reste, dans l’univers infini tel qu’il le conçoit, le problème de savoir si c’est la terre ou le soleil qui est au centre du monde n’a strictement aucun sens, puisque n’importe quel point de l’espace peut être pris pour centre de référence. Ce point sera nettement expliqué dans la liasse Transition.

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Commencement 1 (Laf. 150, Sel. 183). Si vous ne vous souciez guère de savoir la vérité, en voilà assez pour vous laisser en repos. Mais si vous désirez de tout votre cœur de la connaître ce n’est pas assez regardé au détail. C’en serait assez pour une question de philosophie, mais ici où il va de tout... Et cependant après une réflexion légère de cette sorte on s’amusera, etc.

Commencement 5 (Laf. 154, Sel. 187). Partis. Il faut vivre autrement dans le monde, selon ces diverses suppositions :

1. Si on pouvait y être toujours.

2. S’il est incertain si on y sera toujours ou non. (barré verticalement)

         Faux (barré verticalement)

3. S’il est sûr qu’on n’y sera pas toujours, mais qu’on soit assuré d’y être longtemps. (barré verticalement)

4. S’il est certain qu’on n’y sera pas toujours et incertain si on y sera longtemps. (barré verticalement)

5. S’il est sûr qu’on n’y sera pas longtemps, et incertain si on y sera une heure.

Cette dernière supposition est la nôtre.

Commencement 13 (Laf. 163, Sel. 195). Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n’ayant plus qu’une heure pour l’apprendre, cette heure suffisant s’il sait qu’il est donné pour le faire révoquer. Il est contre nature qu’il emploie cette heure-là, non à s’informer si l’arrêt est donné, mais à jouer au piquet.

Transition 4 (Laf. 199, Sel. 230). Et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j’entends l’univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes, les maisons et soi‑même, son juste prix.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes, selon qu’il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu’il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu’en les réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet.

Preuves par discours II (Laf. 428, Sel. 682). Avant que d’entrer dans les preuves de la religion chrétienne, je trouve nécessaire de représenter l’injustice des hommes qui vivent dans l’indifférence de chercher la vérité d’une chose qui leur est si importante, et qui les touche de si près.

De tous leurs égarements, c’est sans doute celui qui les convainc le plus de folie et d’aveuglement, et dans lequel il est le plus facile de les confondre par les premières vues du sens commun et par les sentiments de la nature. Car il est indubitable que le temps de cette vie n’est qu’un instant, que l’état de la mort est éternel, de quelque nature qu’il puisse être, et qu’ainsi toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes selon l’état de cette éternité, qu’il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu’en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre dernier objet.

 

Mots-clés : ÂmeCachotCopernicMortelOpinionVie.