Pensées diverses III – Fragment n° 50 / 85 – Papier original : RO 431-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 136 p. 377 / C2 : p. 335 v°

Éditions de Port-Royal : Chap. XXIX - Pensées morales : 1669 et janvier 1670 p. 289 / 1678 n° 42 p. 286

Éditions savantes : Faugère I, 192, XLIV / Havet VI.4 / Michaut 714 / Brunschvicg 383 / Tourneur p. 104-3 / Le Guern 591 / Lafuma 697 (série XXV) / Sellier 576

 

 

 

Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l’ordre que ce sont eux qui s’éloignent de la nature et ils la croient suivre, comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord fuient. Le langage est pareil de tous côtés, il faut avoir un point fixe pour en juger. Le port juge ceux qui sont dans un vaisseau, mais où prendrons‑nous un port dans la morale ?

 

 

Ce fragment aborde un sujet que Pascal a traité sous une autre forme dans les fragments Vanité 31 (Laf. 44, Sel. 78), sur les fantaisies de l’imagination, et Misère 9 (Laf. 60, Sel. 94), sur la diversité des lois politiques et morales. Mais alors que, dans ces fragments, il attirait l’attention du lecteur sur les effets surprenants de la réalité concrète, à l’aide d’exemples concrets, il traite ici le problème en s’appuyant sur une comparaison qui lui sert de modèle abstrait pour en expliquer la raison.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Vanité 9 (Laf. 21, Sel. 55). Si on est trop jeune on ne juge pas bien, trop vieil de même.

Si on n’y songe pas assez, si on y songe trop on s’entête et on s’en coiffe.

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Si on considère son ouvrage incontinent après l’avoir fait, on en est encore tout prévenu, si trop longtemps après, on n’y entre plus.

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Ainsi les tableaux vus de trop loin et de trop près. Et il n’y a qu’un point indivisible qui soit le véritable lieu. Les autres sont trop près, trop loin, trop haut ou trop bas. La perspective l’assigne dans l’art de la peinture. Mais dans la vérité et dans la morale, qui l’assignera ?

Transition 4 (Laf. 199, Sel. 230). Notre intelligence tient dans l’ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature.

Pensées diverses (Laf. 545, Sel. 460). Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair ou concupiscence des yeux ou orgueil de la vie. Libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi. Malheureuse la terre de malédiction que ces trois fleuves de feu embrasent plutôt qu’ils n’arrosent. Heureux ceux qui étant sur ces fleuves, non pas plongés, non pas entraînés, mais immobilement affermis sur ces fleuves, non pas debout, mais assis, dans une assiette basse et sûre, dont ils ne se relèvent pas avant la lumière, mais après s’y être reposés en paix, tendent la main à celui qui les doit élever pour les faire tenir debout et fermes dans les porches de la sainte Jérusalem où l’orgueil ne pourra plus les combattre et les abattre, et qui cependant pleurent, non pas de voir écouler toutes les choses périssables que ces torrents entraînent, mais dans le souvenir de leur chère patrie de la Jérusalem céleste, dont ils se souviennent sans cesse dans la longueur de leur exil.

Pensées diverses (Laf. 699, Sel. 577)Quand tout se remue également rien ne se remue en apparence ; comme en un vaisseau, quand tous vont vers le débordement nul n’y semble aller. Celui qui s’arrête fait remarquer l’emportement des autres, comme un point fixe.

Pensées diverses (Laf. 743, Sel. 617). Il y a plaisir d’être dans un vaisseau battu de l’orage lorsqu’on est assuré qu’il ne périra point ; les persécutions qui travaillent l’Église sont de cette nature.

 

Mots-clés : DérèglementLangageMoraleNatureOrdrePoint fixePortVaisseau.