Fragment Commencement n° 10 / 16  – Papier original : RO 61-10

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Commencement n° 221 p. 77 v°-79 / C2 : p. 104

Éditions de Port-Royal : Chap. XXVIII - Pensées Chrétiennes : 1669 et janv. 1670 p. 273 / 1678 n° 77 p. 265-266

Éditions savantes : Faugère II, 182, V / Havet XXIV.50 / Brunschvicg 257 / Tourneur p. 227-3 / Le Guern 149 / Lafuma 160 / Sellier 192

 

 

 

Il y a trois sortes de personnes : les uns qui servent Dieu l’ayant trouvé, les autres qui s’emploient à le chercher ne l’ayant pas trouvé, les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux, les derniers sont fous et malheureux. Ceux du milieu sont malheureux et raisonnables.

 

 

Pascal aime à construire des classifications, le plus souvent par voie combinatoire, pour situer les uns par rapport aux autres les éléments d’une situation ou d’un problème. C’est le cas ici, où il tente de définir les rapports de ressemblance et de différence entre les athées, qui font l’objet principal de la liasse Commencement, et ceux qui, avec plus ou moins de succès, cherchent Dieu. Il aboutit dans le cas présent à trois catégories, qu’il a implicitement distinguées dans des framgents comme Commencement 6 (Laf. 156, Sel. 188) : Plaindre les athées qui cherchent, car ne sont‑ils pas assez malheureux. Invectiver contre ceux qui en font vanité. Entre les chrétiens heureux parce que leur recherche a abouti, et les athées qui ne cherchent ni ne trouvent Dieu, il existe une catégorie intermédiaire, qui mérite qu’on la plaigne, celle des personnes qui ont le bon sens de chercher, sinon Dieu, du moins la vérité, et qui vivent dans l’insatisfaction.

 

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Fragments connexes

 

Ordre 2 (Laf. 4, Sel. 38). Lettre pour porter à rechercher Dieu.

Ordre 3 (Laf. 5, Sel. 39). Ordre. Une lettre d’exhortation à un ami pour le porter à chercher. Et il répondra : Mais à quoi me servira de chercher ? Rien ne paraît. Et lui répondre : Ne désespérez pas. Et il répondrait qu’il serait heureux de trouver quelque lumière, mais que selon cette religion même, quand il croirait ainsi, cela ne lui servirait de rien et qu’ainsi il aime autant ne point chercher. Et à cela lui répondre : La machine.

Ordre 4 (Laf. 6, Sel. 40). Première partie : Misère de l’homme sans Dieu.

Deuxième partie : Félicité de l’homme avec Dieu.

Ordre 9 (Laf. 11, Sel. 45). Après la lettre qu’on doit chercher Dieu, faire la lettre d’ôter les obstacles, qui est le discours de la machine, de préparer la machine, de chercher par raison.

A P. R. 2 (Laf. 149, Sel. 182). Dieu a voulu racheter les hommes et ouvrir le salut à ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s’en rendent si indignes qu’il est juste que Dieu refuse à quelques‑uns à cause de leur endurcissement ce qu’il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due.

Commencement 6 (Laf. 156, Sel. 188). Plaindre les athées qui cherchent, car ne sont‑ils pas assez malheureux. Invectiver contre ceux qui en font vanité.

Commencement 8 (Laf. 158, Sel. 190). Par les partis vous devez vous mettre en peine de rechercher la vérité, car si vous mourez sans adorer le vrai principe vous êtes perdu. Mais, dites‑vous, s’il avait voulu que je l’adorasse il m’aurait laissé des signes de sa volonté. Aussi a‑t‑il fait, mais vous les négligez. Cherchez-les donc ; cela le vaut bien.

Loi figurative 24 (Laf. 269, Sel. 300). Il y en a qui voient bien qu’il n’y a pas d’autre ennemi de l’homme que la concupiscence qui les détourne de Dieu, et non pas des (ennemis), ni d’autre bien que Dieu, et non pas une terre grasse. Ceux qui croient que le bien de l’homme est en la chair et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens qu’ils s’en soûlent et qu’ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n’ont de déplaisir que d’être privés de sa vue, qui n’ont de désir que pour le posséder et d’ennemis que ceux qui les en détournent, qui s’affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis, qu’ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle; il y a un Libérateur pour eux; je le leur ferai voir; je leur montrerai qu’il y a un Dieu pour eux; je ne le ferai pas voir aux autres. Je ferai voir qu’un Messie a été promis pour délivrer des ennemis, et qu’il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non des ennemis.

Dossier de travail (Laf. 405, Sel. 24). Je blâme également et ceux qui prennent parti de louer l’homme, et ceux qui le prennent de le blâmer, et ceux qui le prennent de se divertir et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant.

Preuves par discours II (Laf. 427, Sel. 681). Qu’ils reconnaissent enfin qu’il n’y a que deux sortes de personnes qu’on puisse appeler raisonnables : ou ceux qui servent Dieu de tout leur cœur parce qu’ils le connaissent, ou ceux qui le cherchent de tout leur cœur parce qu’ils ne le connaissent pas.

Mais pour ceux qui vivent sans le connaître et sans le chercher, ils se jugent eux‑mêmes si peu dignes de leur soin, qu’ils ne sont pas dignes du soin des autres et qu’il faut avoir toute la charité de la religion qu’ils méprisent pour ne les pas mépriser jusqu’à les abandonner dans leur folie.

Preuves par discours II (Laf. 428, Sel. 682). Avant que d’entrer dans les preuves de la religion chrétienne, je trouve nécessaire de représenter l’injustice des hommes qui vivent dans l’indifférence de chercher la vérité d’une chose qui leur est si importante, et qui les touche de si près.

De tous leurs égarements, c’est sans doute celui qui les convainc le plus de folie et d’aveuglement, et dans lequel il est le plus facile de les confondre par les premières vues du sens commun et par les sentiments de la nature. […] Ils sont dans le péril de l’éternité de misères ; et sur cela, comme si la chose n’en valait pas la peine, ils négligent d’examiner si c’est de ces opinions que le peuple reçoit avec une facilité trop crédule, ou de celles qui, étant obscures d’elles‑mêmes, ont un fondement très solide, quoique caché. Ainsi ils ne savent s’il y a vérité ou fausseté dans la chose, ni s’il y a force ou faiblesse dans les preuves. Ils les ont devant les yeux ; ils refusent d’y regarder, et, dans cette ignorance, ils prennent le parti de faire tout ce qu’il faut pour tomber dans ce malheur au cas qu’il soit, d’attendre à en faire l’épreuve à la mort, d’être cependant fort satisfaits en cet état, d’en faire profession et enfin d’en faire vanité. Peut‑on penser sérieusement à l’importance de cette affaire sans avoir horreur d’une conduite si extravagante ?

 

Pensée n° 8H r° (Laf. 919, Sel. 751). Console‑toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé.

 

Mots-clés : ChercherDieuFouHeureuxMalheureuxPersonneRaisonnableServirSorteTrouverVivre.