Fragment Fondement n° 2 / 21  – Papier original : RO 47-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Fondement n° 278 p. 117 / C2 : p. 143

Éditions savantes : Faugère I, 121, CXXXVIII / Havet XXIV.99 / Brunschvicg 816 / Tourneur p. 250-3 / Le Guern 210 / Lafuma 224 / Sellier 257

 

 

 

Incrédules les plus crédules, ils croient les miracles de Vespasien pour ne pas croire ceux de Moïse.

 

 

La mention des miracles de Moïse éclaire ce fragment d’apparence énigmatique. Pascal sait qu’à l’égard des incrédules, les miracles de Moïse devraient être convaincants, tant ils témoignent à l’évidence de la puissance de Dieu. Mais il constate que la résistance à la reconnaissance des miracles est très forte chez les incrédules. Il doit en tenir compte dans la composition de sa stratégie apologétique, comme en témoigne le fragment Preuves par les Juifs IV (Laf. 454, Sel. 694) : Je ne parle point ici des miracles de Moïse, de J.-C. et des apôtres, parce qu’ils ne paraissent pas d’abord convaincants et que je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.

Pascal a déjà fait l’expérience de ces résistances aux miracles au moment du miracle de la sainte épine, du côté des jésuites. Voir sur ce point l’étude de Shiokawa Tetsuya, Pascal et les miracles. Il s’agit donc pour Pascal de s’opposer à une résistance à l’évidence des miracles qui est inspirée par le cœur mauvais. Le meilleur moyen d’y parvenir est de mettre en évidence une contradiction radicale dans la manière de raisonner des incrédules. L’usage de la rétorsion est une manière de les rappeler au bon sens par l’emploi de l’ironie.

Cette rétorsion aboutit précisément à taxer de vanité ceux contre qui elle porte. C’est par là que s’explique la présence de ce fragment dans la liasse Fondement. Le rapprochement s’impose avec la liasse Raisons des effets. Déjà, celle-ci témoignait que le contraire de ce qui a une raison, de ce qui est fondé, est la vanité, et que les opinions des demi-habiles sont vaines en ce sens qu’elles manquent de fondement. De la même manière les opinions des incrédules en matière de miracles sont vaines en ce sens qu’ils manquent de sens des proportions, accordant foi à des miracles qui ne le méritent pas, et non aux miracles plus crédibles et plus extraordinaires de Moïse. Ce qui revient à dire qu’elles manquent aussi de fondement.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

Loi figurative 19 (Laf. 264, Sel. 295). Les Juifs étaient accoutumés aux grands et éclatants miracles et ainsi ayant eu les grands coups de la mer rouge et la terre de Canaan comme un abrégé des grandes choses de leur messie ils en attendaient donc de plus éclatants, dont ceux de Moïse n’étaient que l’échantillon.

Preuves par les Juifs IV (Laf. 454, Sel. 694). Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, où voici ce que je trouve d’effectif.

Je ne parle point ici des miracles de Moïse, de J.-C. et des apôtres, parce qu’ils ne paraissent pas d’abord convaincants et que je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit.

Il est certain que nous voyons en plusieurs endroits du monde, un peuple particulier séparé de tous les autres peuples du monde qui s’appelle le peuple juif.

Pensées diverses (Laf. 594, Sel. 491). Conduite générale du monde envers l’Église. Dieu voulant aveugler et éclairer.

L’événement ayant prouvé la divinité de ces prophéties le reste doit en être cru et par là nous voyons l’ordre du monde en cette sorte.

Les miracles de la création et du déluge s’oubliant Dieu envoya la loi et les miracles de Moïse, les prophètes qui prophétisent des choses particulières. Et pour préparer un miracle subsistant il prépare des prophéties et l’accomplissement. Mais les prophéties pouvant être suspectes il veut les rendre non suspectes, etc.

Contre la fable d’Esdras (Laf. 953, Sel. 417). Vespasien.

 

Mots-clés : CrédulitéIncrédulitéMoïseMiracleVespasien.