Preuves par les Juifs III – Papier original : RO 239 r° / v° et 243 r° / v°

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 50 p. 241 à 243 v° / C2 : p. 455 à 459

Éditions de Port-Royal : Chap. XIX - Que les vrais Chrétiens et les vrais Juifs n’ont qu’une même Religion : 1669 et janvier 1670 p. 145-150  / 1678 n° 1 et 2 p. 144-148

Éditions savantes : Faugère II, 357, XIX  / Havet XXI / Michaut 512 / Brunschvicg 610 / Tourneur p. 318-2 / Le Guern 423 / Lafuma 453 (série VIII) / Sellier 693

 

 

 

Pour montrer que les vrais Juifs et les vrais chrétiens n’ont qu’une même religion.

 

La religion des Juifs semblait consister essentiellement en la paternité d’Abraham, en la circoncision, aux sacrifices, aux cérémonies, en l’arche, au temple, en Jérusalem, et enfin en la loi et en l’alliance de Moïse.

Je dis qu’elle ne consistait en aucune de ces choses, mais seulement en l’amour de Dieu, et que Dieu réprouvait toutes les autres choses.

 

Que Dieu n’acceptait point la parenté d’Abraham. Que les Juifs seront punis de Dieu comme les étrangers s’ils l’offensent.

Deut. IX, 19.

Si vous oubliez Dieu et que vous suiviez des dieux étrangers je vous prédis que vous périrez en la même manière que les nations que Dieu a exterminées devant vous.

-----

Que les étrangers seront reçus de Dieu comme les Juifs s’ils l’aiment.

Is. 56, 3. Que l’étranger ne dise point le Seigneur ne me recevra pas. Les étrangers qui s’attachent à Dieu seront pour le servir et l’aimer. Je les mènerai en ma sainte montagne et recevrai d’eux des sacrifices, car ma maison est la maison d’oraison.

 

Que les vrais Juifs ne considéraient leur mérite que de Dieu et non d’Abraham.

Is. 63, 16. Vous êtes véritablement notre père, et Abraham ne nous a pas connus, et Israël n’a point eu de connaissance de nous, mais c’est vous qui êtes notre père et notre rédempteur.

Moïse même leur a dit que Dieu n’acceptera point les personnes.

Deut. 10, 17. Dieu dit-il n’accepte point les personnes ni les sacrifices.

 

Le sabbat n’était qu’un signe. Ex. 31, 13, et en mémoire de la sortie d’Égypte. Deut. 5, 19, donc il n’est plus nécessaire puisqu’il faut oublier l’Égypte.

La circoncision n’était qu’un signe. Gen. 17, 11.

Et de là vient qu’étant dans le désert ils ne furent point circoncis parce qu’ils ne pouvaient se confondre avec les autres peuples. Et qu’après que Jésus-Christ est venu elle n’est plus nécessaire.

-----

Que la circoncision du cœur est ordonnée.

Deut. 10, 17. Jér. 4, 3. Soyez circoncis de cœur, retranchez les superfluités de votre cœur, et ne vous endurcissez plus. Car votre Dieu est un Dieu grand, puissant et terrible, qui n’accepte point les personnes.

 

Que Dieu dit qu’il le ferait un jour.

Deut. 30, 6. Dieu te circoncira le cœur et à tes enfants afin que tu l’aimes de tout ton cœur.

 

Que les incirconcis de cœur seront jugés.

Jér. 9, 26. Car Dieu jugera les peuples incirconcis et tout le peuple d’Israël parce qu’il est incirconcis de cœur.

 

Que l’extérieur ne sert à rien sans l’intérieur.

Joël 2, 13. Scindite corda vestra, etc.

Is. 58, 3-4, etc.

 

L’amour de Dieu est recommandé en tout le Deutéronome.

Deut. 30, 19. Je prends à témoins le ciel et la terre que j’ai mis devant vous la mort et la vie afin que vous choisissiez la vie et que vous aimiez Dieu et que vous lui obéissiez. Car c’est Dieu qui est votre vie.

 

Que les Juifs, manque de cet amour, seraient réprouvés pour leurs crimes et les païens élus en leur place.

Osée 1, 10.

Deut. 32, 20. Je me cacherai d’eux dans la vue de leurs derniers crimes. Car c’est une nation méchante et infidèle.

Ils m’ont provoqué à courroux par les choses qui ne sont point des dieux et je les provoquerai à jalousie par un peuple qui n’est point mon peuple, et par une nation sans science et sans intelligence.

Isaïe 65.

 

Que les biens temporels sont faux et que le vrai bien est d’être uni à Dieu.

Ps. 143, 15.

 

Que leurs fêtes déplaisaient à Dieu.

Amos, 5, 21.

 

Que les sacrifices des Juifs déplaisent à Dieu.

Is. 66.

I, 11.

Jér. 6, 20.

David, Miserere.

          Expectans.

Même de la part des bons.

Ps. 49, 8-9-10-11-12-13 et 14.

 

Qu’il ne les a établis que pour leur dureté.

Michée admirablement, 6.

I R. 15, 22.

Osée, 6, 6.

 

Que les sacrifices des païens seront reçus de Dieu et que Dieu retirera sa volonté des sacrifices des Juifs.

Malachie, I, 11.

 

Que Dieu fera une nouvelle alliance par le Messie et que l’ancienne sera rejetée.

Jér. 31, 31.

-------

Mandata non bona. Ezéchiel.

-------

Que les anciennes choses seront oubliées.

Is. 43, 18-19.

65, 17-18.

 

Qu’on ne se souviendra plus de l’arche.

Jér. 3, 15-16.

 

Que le temple serait rejeté.

Jér. 7, 12-13-14.

 

Que les sacrifices seraient rejetés et d’autres sacrifices purs établis.

Mal. I, 11.

 

Que l’ordre de la sacrificature d’Aaron serait réprouvé et celle de Melchisédech introduite par le Messie.

Dixit Dominus.

-----

Que cette sacrificature serait éternelle.

Ibid.

 

Que Jérusalem serait réprouvée et Rome admise.

Dixit Dominus.

 

Que le nom des Juifs serait réprouvé et un nouveau nom donné.

Is. 65, 15.

 

Que ce dernier nom serait meilleur que celui de Juifs et éternel.

Is. 56, 5.

 

Que les Juifs devaient être sans prophètes.

Amos.

Sans roi, sans prince, sans sacrifice, sans idole.

 

Que les Juifs subsisteraient toujours néanmoins en peuple.

Jér. 31, 36.

 

 

Ce recueil de passages de l’Ancien Testament est destiné à appuyer ce qui peut apparaître comme un paradoxe : Pascal entend prouver que les vrais juifs et les vrais chrétiens n’ont qu’une même religion, mais aussi que la religion chrétienne rend obsolètes les commandements de la Loi de Moïse et les remplace par la loi de l’Évangile.

Il faut en fait entendre cette continuité de religion des vrais Juifs et des vrais chrétiens, c’est-à-dire des Juifs spirituels, qui sont principalement les prophètes, et les chrétiens spirituels. Les uns et les autres entendent les Écritures dans leur sens figuré, et non dans le littéral, auquel les Juifs charnels sont demeurés attachés. Cette communauté de religion et de spiritualité entre vrais Juifs et vrais chrétiens fonde ce que Pascal appelle la perpétuité, c’est-à-dire le fait que, selon l’expression de Miracles III (Laf. 860, Sel. 439), toujours ou les hommes ont parlé du vrai Dieu, ou le vrai Dieu a parlé aux hommes.

Le manuscrit montre que Pascal a travaillé sur ces textes, cherchant à établir une large liste de textes exprès ; mais il ne s’agit pas d’une recherche brute, ni d’un pur débroussaillage : les titres des rubriques sont déjà prêts, les thèmes regroupés par faisceaux connexes. Les expressions prises à la suite forment l’armature d’un raisonnement. L’étude du manuscrit permet de se faire une idée de la démarche de Pascal dans sa recherche des citations destinées à compléter les idées principales appuyées sur la partie centrale du papier.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Vanité 2 (Laf. 14, Sel. 48). Les vrais chrétiens obéissent aux folies néanmoins, non pas qu’ils respectent les folies, mais l’ordre de Dieu qui pour la punition des hommes les a asservis à ces folies. Omnis creatura subjecta est vanitati liberabitur. Ainsi saint Thomas explique le lieu de saint Jacques pour la préférence des riches, que s’ils ne le font dans la vue de Dieu ils sortent de l’ordre de la religion.

Loi figurative 14 (Laf. 259, Sel. 290), sur les sacrifices. Il n’était point permis de sacrifier hors de Jérusalem, qui était le lieu que le Seigneur avait choisi, ni même de manger ailleurs les décimes. Deut. 12. 5, etc. - Deut. 14. 23, etc. - 15. 20 - 16. 2, 7, 11, 15.

Osée a prédit qu’il serait sans roi, sans prince, sans sacrifice, etc., sans idole. Ce qui est accompli aujourd’hui, ne pouvant faire sacrifice légitime hors de Jérusalem.

Figure.

Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu’elle plaise à Dieu et qu’elle ne lui déplaise point. S’ils sont figures, il faut qu’ils plaisent et déplaisent.

Or dans toute l’Écriture ils plaisent et déplaisent. Il est dit que la loi sera changée, que le sacrifice sera changé, qu’ils seront sans roi, sans princes et sans sacrifices, qu’il sera fait une nouvelle alliance, que la loi sera renouvelée, que les préceptes qu’ils ont reçus ne sont pas bons, que leurs sacrifices sont abominables, que Dieu n’en a point demandé.

Il est dit au contraire que la loi durera éternellement, que cette alliance sera éternelle, que le sacrifice sera éternel, que le sceptre ne sortira jamais d’avec eux, puisqu’il n’en doit point sortir que le roi éternel n’arrive.

Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité ? Non. Marquent-ils aussi que ce soit figure ? Non, mais que c’est réalité ou figure. Mais les premiers excluant la réalité marquent que ce n’est que figure.

Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité. Tous peuvent être dits de la figure. Donc Ils ne sont pas dits de la réalité mais de la figure.

Agnus occisus est ab origine mundi. Juge sacrificium.

Loi figurative 18 (Laf. 263, Sel. 294). Contrariétés.

Le sceptre jusqu’au Messie sans roi ni prince.

Loi éternelle, changée.

Alliance éternelle, alliance nouvelle.

Loi bonne, préceptes mauvais. Ézé. 20.

Loi figurative 22 (Laf. 267, Sel. 298). Dès qu’on a ouvert ce secret il est impossible de ne le pas voir. Qu’on lise le vieil testament en cette vue et qu’on voie si les sacrifices étaient vrais, si la parenté d’Abraham était la vraie cause de l’amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu de repos ? Non, donc c’étaient des figures. Qu’on voie de même toutes les cérémonies ordonnées et tous les commandements qui ne sont point pour la charité, on verra que c’en sont les figures. Tous ces sacrifices et cérémonies étaient donc figures ou sottises, or il y a des choses claires trop hautes pour les estimer des sottises.

Loi figurative 23 (Laf. 268, Sel. 299). Circoncision du cœur, vrai jeûne, vrai sacrifice, vrai temple : les prophètes ont indiqué qu’il fallait que tout cela fût spirituel.

Loi figurative 25 (Laf. 270, Sel. 301). Le monde ayant vieilli dans ces erreurs charnelles. Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l’éclat attendu, et ainsi ils n’ont pas pensé que ce fût lui. Après sa mort saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure, que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l’esprit, que les ennemis des hommes n’étaient pas leurs Babyloniens, mais leurs passions, que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié, que la circoncision du corps était inutile, mais qu’il fallait celle du cœur, que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel, etc.

Perpétuité 1 (Laf. 279, Sel. 311). Un mot de David ou de Moïse, comme que Dieu circoncira leur cœur fait juger de leur esprit. Que tous leurs autres discours soient équivoques et douteux d’être philosophes ou chrétiens, enfin un mot de cette nature détermine tous les autres comme un mot d’Épictète détermine tout le reste au contraire. Jusque-là l’ambiguïté dure et non pas après.

Perpétuité 8 (Laf. 286, Sel. 318). Deux sortes d’hommes en chaque religion.

Parmi les païens des adorateurs de bêtes, et les autres adorateurs d’un seul Dieu dans la religion naturelle.

Parmi les juifs les charnels et les spirituels qui étaient les chrétiens de la loi ancienne.

Parmi les chrétiens les grossiers qui sont les Juifs de la loi nouvelle.

Les juifs charnels attendaient un Messie charnel et les chrétiens grossiers croient que le Messie les a dispensés d’aimer Dieu. Les vrais Juifs et les vrais chrétiens adorent un Messie qui leur fait aimer Dieu.

Perpétuité 9 (Laf. 287, Sel. 319). Qui jugera de la religion des Juifs par les grossiers la connaîtra mal. Elle est visible dans les saints livres et dans la tradition des prophètes, qui ont assez fait entendre qu’ils n’entendaient pas la loi à la lettre. Ainsi notre religion est divine dans l’Évangile, les apôtres et la tradition, mais elle est ridicule dans ceux qui la traitent mal.

Le Messie selon les Juifs charnels doit être un grand prince temporel. Jésus-Christ selon les chrétiens charnels est venu nous dispenser d’aimer Dieu, et nous donner des sacrements qui opèrent tout sans nous ; ni l’un ni l’autre n’est la religion chrétienne, ni juive.

Les vrais juifs et les vrais chrétiens ont toujours attendu un Messie qui les ferait aimer Dieu et par cet amour triompher de leurs ennemis.

Prophéties VIII (Laf. 503, Sel. 738). Il nous a donc appris enfin que toutes ces choses n’étaient que figures et ce que c’est que vraiment libre, vrai Israélite, vraie circoncision, vrai pain du ciel, etc.

 

Mots-clés : AaronAbrahamAllianceAmosAmourArcheCérémonieChrétienCirconcisionCœurDeutéronomeDieuÉgypteÉtrangerGenèseIdoleIntelligenceIsaïe –  IsraëlJérémieJérusalemJésus-ChristJoëlJuifLoiMalachieMelchisédechMessieMichéeMoïseNomOséePaïenPeuplePsaumeRédempteurReligionRoiRomeSabbatSacrificeScienceSigneTempleVérité.