Pensées diverses III – Fragment n° 28 / 85 – Papier original : RO 427-6

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 123 p. 371 / C2 : p. 327 v°-329

Éditions de Port-Royal : Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janvier 1670 p. 340-341 / 1678 n° 41 p. 335-336

Éditions savantes : Faugère I, 249, IX / Havet VII.28 / Brunschvicg 29 / Tourneur p. 100-6 / Le Guern 569 / Lafuma 675 (série XXV) / Sellier 554

 

 

 

Style.

 

Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s’attendait de voir un auteur et on trouve un homme, au lieu que ceux qui ont le goût bon et qui, en voyant un livre, croient trouver un homme, sont tout surpris de trouver un auteur. Plus poetice quam humane locutus es. Ceux‑là honorent bien la nature qui lui apprennent qu’elle peut parler de tout, et même de théologie.

 

 

L’idéal d’un style naturel est ici défini tel que la connaissance du milieu mondain l’a suggéré à Pascal. Il vise à créer une relation d’identification entre les pensées du lecteur et celles qu’il rencontre dans le livre de son auteur. Chez Pascal, ce naturel humain entre en résonance avec la rhétorique chrétienne.

Plus poetice quam humane locutus es : Tu as parlé plutôt en poète qu’en homme.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Preuves de Jésus-Christ 12 (Laf. 309, Sel. 340). Preuves de Jésus-Christ.

Jésus-Christ a dit les choses grandes si simplement qu’il semble qu’il ne les a pas pensées, et si nettement néanmoins qu’on voit bien ce qu’il en pensait. Cette clarté jointe à cette naïveté est admirable.

Pensées diverses (Laf. 611, Sel. 503). Sa règle est l’honnêteté.

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Poète et non honnête homme.

Pensées diverses (Laf. 689, Sel. 568). Ce n’est pas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que j’y vois.

Pensées diverses (Laf. 701, Sel. 579). Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu’il se trompe il faut observer par quel côté il envisage la chose car elle est vraie ordinairement de ce côté-là et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela car il voit qu’il ne se trompait pas et qu’il manquait seulement à voir tous les côtés. Or on ne se fâche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas être trompé, et peut-être que cela vient de ce que naturellement l’homme ne peut tout voir, et de ce que naturellement il ne se peut tromper dans le côté qu’il envisage, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies.

 

Mots-clés : Auteur ÉtonnementGoûtHommeLivreNatureStyleThéologie.