Fragment Misère n° 13 / 24 – Papier original : RO 73-6

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Misère n° 92 p. 19 / C2 : p. 38

Éditions de Port-Royal : Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janv. 1670 p. 336-337 / 1678 n° 30 p. 331

Éditions savantes : Faugère I, 186, XXIV / Havet VI.50 / Brunschvicg 295 / Tourneur p. 185-4 / Le Guern 60 / Maeda III p. 91 / Lafuma 64 / Sellier 98

 

 

 

Mien, tien.

 

« Ce chien est à moi », disaient ces pauvres enfants. « C’est là ma place au soleil. » Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre.

 

 

 

Ce fragment traite du thème de l’usurpation déjà abordé dans le fragment Misère 9 (Laf. 60, Sel. 94), c’est-à-dire du caractère foncièrement arbitraire de la propriété. Les hommes ont tort, selon Pascal, de croire que la possession de la terre répond à une nécessité essentielle : c’est en réalité le résultat d’un accaparement que la coutume a confirmé. Il y voit une conséquence du péché originel qui a engendré en l’homme une libido dominandi, un désir de dominer, qui est une forme de sa misère, puisque malgré ce désir, nul ne peut trouver un titre véritable à cette propriété. Mais le présent fragment souligne surtout que cette usurpation est enracinée et visible en l’homme dès son plus jeune âge, et que les enfants les plus pauvres, malgré leur dénuement, peuvent déjà être pris pour symboles de ce qu’est l’ordre de la société.

 

Analyse détaillée...

Fragment connexe

 

Misère 9 (Laf. 60, Sel. 94). Il ne faut pas qu’il [sc. l’homme] sente la vérité de l’usurpation, elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable. Il faut la faire regarder comme authentique, éternelle et en cacher le commencement, si on ne veut qu’elle ne prenne bientôt fin.

 

Mots-clés : ChienEnfantSoleilPlaceUsurpationImageCommencement.