Pensées de Blaise Pascal

    

Fragment Vanité n° 34 / 38 – Papier original : RO 79-9

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Vanité n° 68 p. 13 v° / C2 : p. 31

Éditions de Port-Royal : Chap. XXV - Faiblesse de l’homme : 1669 et janv. 1670 p. 195 / 1678 n° 9 p. 190-191

Éditions savantes : Faugère II, 53, VI / Havet III.9 / Brunschvicg 366 / Tourneur p. 179-1 / Le Guern 44 / Maeda II p. 171 / Lafuma 48 / Sellier 81

 

 

 

L’esprit de ce souverain juge du monde n’est point si indépendant qu’il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut point le bruit d’un canon pour empêcher ses pensées. Il ne faut que le bruit d’une girouette ou d’une poulie. Ne vous étonnez point, s’il ne raisonne pas bien à présent, une mouche bourdonne à ses oreilles. C’en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu’il puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. Le plaisant dieu que voilà ! O ridicolosissim[o] heroe !

 

 

 

Évocation concrète (dont on trouve plusieurs autres exemples dans le fragment “Imagination” (Vanité 31), qui montre comment une cause infinitésimale parvient à paralyser ce qui fait la grandeur de l’homme, savoir la pensée. Preuve de la faiblesse et de la vanité de sa nature.

 

Empêcher : faire obstacle, entraver.

Conseil : terme ambigu. Conseil donné ou conseil reçu ? Sens latin : décision qu’on prend sur les moyens à trouver pour réaliser une fin. Tout le texte porte sur la décision autonome qu’on prend.

 

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Fragments connexes

 

Vanité 10 (Laf. 22, Sel. 56). Les mouches empêchent notre âme d’agir.

Pensées diverses (Laf. 581, Sel. 483), sur Scaramouche.

 

Mots-clés : SouverainJugePenséeGirouettePoulieMoucheVéritéAnimalDieuHérosRaison.