Pensées diverses III – Fragment n° 21 / 85 – Papier original : RO 402-2

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 122 p. 369 v° / C2 : p. 327-327 v°

Éditions de Port-Royal : Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janvier 1670 p. 340 / 1678 n° 40 p. 335

Éditions savantes : Faugère I, 288, LXVIII ; I, 247, I ; I, 226, CLXII / Havet Prov. 402 p. 294 ; VII.27 ; XXV.19 / Brunschvicg 932, 25, 457 / Tourneur p. 99-2 / Le Guern 562 / Lafuma 666 à 668 (série XXV) / Sellier 547

 

 

 

Sera bien condamné qui le sera par Escobar.

 

 

Éloquence.

 

Il faut de l’agréable et du réel, mais il faut que cet agréable soit lui‑même pris du vrai.

 

 

Chacun est un tout à soi‑même, car lui mort le tout est mort pour soi. Et de là vient que chacun croit être tout à tous. Il ne faut pas juger de la nature selon nous, mais selon elle.

 

 

Cette suite de notes très elliptiques touche des sujets divers : la morale des casuistes, les règles de l’éloquence et les effets de l’amour propre. Elles sont visiblement transcrites en attente de développement. Elles n’en sont pas moins significatives pour autant.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Preuves de Jésus-Christ 6 (Laf. 303, Sel. 334). Un artisan qui parle des richesses, un procureur qui parle de la guerre, de la royauté, etc., mais le riche parle bien des richesses, le roi parle froidement d’un grand don qu’il vient de faire, et Dieu parle bien de Dieu.

Dossier de travail (Laf. 396, Sel. 15). Il est injuste qu’on s’attache à moi quoiqu’on le fasse avec plaisir et volontairement. Je tromperais ceux à qui j’en ferais naître le désir, car je ne suis la fin de personne et n’ai de quoi les satisfaire. Ne suis-je pas prêt à mourir et ainsi l’objet de leur attachement mourra. Donc comme je serais coupable de faire croire une fausseté, quoique je la persuadasse doucement, et qu’on la crût avec plaisir et qu’en cela on me fît plaisir ; de même je suis coupable de me faire aimer. Et si j’attire les gens à s’attacher à moi, je dois avertir ceux qui seraient prêts à consentir au mensonge, qu’ils ne le doivent pas croire, quelque avantage qui m’en revînt ; et de même qu’ils ne doivent pas s’attacher à moi, car il faut qu’ils passent leur vie et leurs soins à plaire à Dieu ou à le chercher.

Pensées diverses (Laf. 539, Sel. 458). La volonté est un des principaux organes de la créance, non qu’elle forme la créance, mais parce que les choses sont vraies ou fausses selon la face par où on les regarde. La volonté qui se plaît à l’une plus qu’à l’autre détourne l’esprit de considérer les qualités de celle qu’elle n’aime pas à voir, et ainsi l’esprit marchant d’une pièce avec la volonté s’arrête à regarder la face qu’elle aime et ainsi il en juge par ce qu’il y voit.

Pensées diverses (Laf. 559, Sel. 466). Miscellan. Langage.

Ceux qui font les antithèses en forçant les mots sont comme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie.

Leur règle n’est pas de parler juste mais de faire des figures justes.

Pensées diverses (Laf. 578, Sel. 481). L’éloquence est une peinture de la pensée, et ainsi ceux qui après avoir peint ajoutent encore font un tableau au lieu d’un portrait.

Pensées diverses (Laf. 586, Sel. 486)Beauté poétique.

Comme on dit beauté poétique on devrait aussi dire beauté géométrique et beauté médicinale, mais on ne le dit pas et la raison en est qu’on sait bien quel est l’objet de la géométrie et qu’il consiste en preuve, et quel est l’objet de la médecine et qu’il consiste en la guérison ; mais on ne sait pas en quoi consiste l’agrément qui est l’objet de la poésie. On ne sait ce que c’est que ce modèle naturel qu’il faut imiter et à faute de cette connaissance on a inventé de certains termes bizarres, siècle d’or, merveille de nos jours, fatal, etc. Et on appelle ce jargon beauté poétique.

Pensées diverses (Laf. 597, Sel. 494). Le moi est haïssable.

Pensées diverses (Laf. 701, Sel. 579). Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu’il se trompe il faut observer par quel côté il envisage la chose car elle est vraie ordinairement de ce côté-là et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela car il voit qu’il ne se trompait pas et qu’il manquait seulement à voir tous les côtés. Or on ne se fâche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas être trompé, et peut-être que cela vient de ce que naturellement l’homme ne peut tout voir, et de ce que naturellement il ne se peut tromper dans le côté qu’il envisage, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies.

 

Mots-clés : AgréableÉloquenceEscobarMortNatureToutVrai.