Pensées de Blaise Pascal

    

Fragment Excellence n° 3 / 5  – Papier original : RO 265-8

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Excellence n° 240 p. 85 v° / C2 : p. 113

Éditions savantes : Faugère II, 115, II / Havet X.5 / Michaut 544 / Brunschvicg 543 / Tourneur p. 233-2 / Le Guern 179 / Lafuma 190 / Sellier 223

 

 

 

C’est ce que produit la connaissance de Dieu qui se tire sans Jésus-Christ, qui est de communiquer sans médiateur avec le Dieu qu’on a connu sans médiateur.

Au lieu que ceux qui ont connu Dieu par médiateur connaissent leur misère.

 

 

Ce fragment, qui prolonge et approfondit le précédent, avec lequel il forme une unité pour le fond, explique la racine de l’inefficacité des preuves métaphysiques de Dieu, et des preuves naturelles de Dieu en général : Pascal remonte en l’occurrence à la raison des effets. En introduisant la personne du Christ médiateur, qui n’était pas mentionnée dans Excellence 2 (Laf. 190, Sel. 222), il répond à un point du programme de démonstration établi dans Excellence 1 (Laf. 189, Sel. 221), Dieu par J.-C. Nous ne connaissons Dieu que par J.-C. Sans ce médiateur est ôtée toute communication avec Dieu. Par J.-C. nous connaissons Dieu.

 

Analyse détaillée...

Fragments connexes

 

Philosophes 4 (Laf. 142, Sel. 175). Contre les philosophes qui ont Dieu sans J.-C. (texte barré)

Excellence 4 (Laf. 191, Sel. 224). Il est non seulement impossible mais inutile de connaître Dieu sans J. C. Ils ne s’en sont pas éloignés mais approchés ; ils ne se sont pas abaissés mais… Quo quisque optimus eo pessimus si hoc ipsum quod sit optimus ascribat sibi.

Excellence 5 (Laf. 192, Sel. 225). La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l’orgueil.

La connaissance de sa misère sans celle de Dieu fait le désespoir.

La connaissance de J.-C. fait le milieu parce que nous y trouvons, et Dieu et notre misère.

Conclusion 2 (Laf. 378, Sel. 410). Il y a une opposition invincible entre Dieu et nous et [...] sans un médiateur il ne peut y avoir de commerce.

Dossier de travail (Laf. 416, Sel. 35). Sans J.-C. il faut que l’homme soit dans le vice et dans la misère. Avec J.-C. l’homme est exempt de vice et de misère. En lui est toute notre vertu et toute notre félicité. Hors de lui il n’y a que vice, misère, erreur, ténèbres, mort, désespoir.

Dossier de travail (Laf. 417, Sel. 36). Non seulement nous ne connaissons Dieu que par Jésus-Christ mais nous ne nous connaissons nous-mêmes que par J.-C. ; nous ne connaissons la vie, la mort que par Jésus-Christ. Hors de J.-C. nous ne savons ce que c’est ni que notre vie, ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous-mêmes. Ainsi sans l’Écriture qui n’a que J.-C. pour objet nous ne connaissons rien et ne voyons qu’obscurité et confusion dans la nature de Dieu et dans la propre nature.

Preuves par discours III (Laf. 449, Sel. 690). Elle enseigne donc ensemble aux hommes ces deux vérités : et qu’il y a un Dieu, dont les hommes sont capables, et qu’il y a une corruption dans la nature, qui les en rend indignes. Il importe également aux hommes de connaître l’un et l’autre de ces points ; et il est également dangereux à l’homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître le Rédempteur qui l’en peut guérir. Une seule de ces connaissances fait, ou la superbe des philosophes, qui ont connu Dieu et non leur misère, ou le désespoir des athées, qui connaissent leur misère sans Rédempteur. Et ainsi, comme il est également de la nécessité de l’homme de connaître ces deux points, il est aussi également de la miséricorde de Dieu de nous les avoir fait connaître.

Preuves par discours III (Laf. 449, Sel. 690). Je n’entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou l’existence de Dieu, ou la Trinité, ou l’immortalité de l’âme, ni aucune des choses de cette nature ; non seulement parce que je ne me sentirais pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. [...] Tous ceux qui cherchent Dieu hors de Jésus-Christ, et qui s’arrêtent dans la nature, ou ils ne trouvent aucune lumière qui les satisfasse, ou ils arrivent à se former un moyen de connaître Dieu et de le servir sans médiateur, et par là ils tombent ou dans l’athéisme ou dans le déisme, qui sont deux choses que la religion chrétienne abhorre presque également.

Pensées diverses (Laf. 781, Sel. 644). Ce n’est pas de cette sorte que l’Écriture qui connaît mieux les choses qui sont de Dieu en parle. Elle dit au contraire que Dieu est un Dieu caché et que depuis la corruption de la nature il les a laissés dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par J.-C., hors duquel toute communication avec Dieu est ôtée. Nemo novit patrem nisi filius et cui filius voluit revelare.

 

Textes connexes

 

Sur Jésus-Christ, voir la liasse Preuves de Jésus-Christ, et le fragment intitulé Le mystère de Jésus (Laf. 919, Sel. 749), ainsi que l’Abrégé de la vie de Jésus-Christ, OC III, éd. J. Mesnard, p. 178 sq.

 

Mots-clés : ConnaissanceDieuJésus-ChristMédiateurMisère.