Preuves par les Juifs VI  – Fragment n° 5 / 15 – Le papier original est perdu

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 57 p. 253 v° / C2 : p. 469 v°

Éditions savantes : Faugère II, 116, IV / Havet X.6  / Brunschvicg 243 / Le Guern 431 / Lafuma 463 (série XI) / Sellier 702

 

 

 

C’est une chose admirable que jamais auteur canonique ne s’est servi de la nature pour prouver Dieu. Tous tendent à le faire croire : David, Salomon, et jamais n’ont dit Il n’y a point de vide, donc il y a un Dieu. Il fallait qu’ils fussent plus habiles que les plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s’en sont tous servis.

Cela est très considérable.

 

 

Ce fragment prolonge certaines réflexions présentes dans la liasse Ordre, sur le fait que la religion chrétienne ne soutient pas que, pour ceux qui ne la connaissent pas, le ciel et les oiseaux prouvent Dieu (Ordre 2 - Laf. 3, Sel. 38). Mais l’idée n’est pas ici formulée en général, mais du point de vue particulier de la pratique des auteurs canoniques. Pascal défend leur habileté, qui leur a épargné l’erreur de chercher dans la nature et dans la science des preuves de Dieu à l’intention des incrédules. De ce fait, le fragment prend un ton quasi satirique à l’intention des demi-habiles qui, malgré leur exemple, se sont adressés aux impies en prouvant la divinité par les ouvrages de la nature (Pensées diverses - Laf. 781, Sel. 644), et n’ont tiré d’une physique erronée que des preuves inefficaces.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Ordre 2 (Laf. 3, Sel. 38). Et quoi ne dites-vous pas vous-même que le ciel et les oiseaux prouvent Dieu ? Non. Et votre religion ne le dit-elle pas ? Non. Car encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes à qui Dieu donna cette lumière, néanmoins cela est faux à l’égard de la plupart.

Ordre 5 (Laf. 7, Sel. 41). La foi est différente de la preuve. L’une est humaine, l’autre est un don de Dieu. Justus ex fide vivit. C’est de cette foi que Dieu luimême met dans le cœur dont la preuve est souvent l’instrument. Fides ex auditu. Mais cette foi est dans le cœur et fait dire non Scio mais Credo.

Fondement 13 (Laf. 236, Sel. 268). Principe : Moïse était habile homme. Si donc il se gouvernait par son esprit il ne devait rien mettre qui fût directement contre l’esprit.

Preuves de Jésus-Christ 17 (Laf. 315, Sel. 346). David grand témoin.

Roi, bon, pardonnant, belle âme, bon esprit, puissant. Il prophétise et son miracle arrive. Cela est infini.

Pensées diverses (Laf. 781, Sel. 644). Préface de la seconde partie.

Parler de ceux qui ont traité de cette matière. J’admire avec quelle hardiesse ces personnes entreprennent de parler de Dieu. En adressant leurs discours aux impies leur premier chapitre est de prouver la divinité par les ouvrages de la nature. Je ne m’étonnerais pas de leur entreprise s’ils adressaient leurs discours aux fidèles, car il est certain que ceux qui ont la foi vive dedans le cœur voient incontinent que tout ce qui est n’est autre chose que l’ouvrage du Dieu qu’ils adorent, mais pour ceux en qui cette lumière est éteinte et dans lesquels on a dessein de la faire revivre, ces personnes destituées de foi et de grâce, qui recherchant de toute leur lumière tout ce qu’ils voient dans la nature qui les peut mener à cette connaissance ne trouvent qu’obscurité et ténèbres, dire à ceux-là qu’ils n’ont qu’à voir la moindre des choses qui les environnent et qu’ils y verront Dieu à découvert et leur donner pour toute preuve de ce grand et important sujet le cours de la lune et des planètes et prétendre avoir achevé sa preuve avec un tel discours c’est leur donner sujet de croire que les preuves de notre religion sont bien faibles et je vois par raison et par expérience que rien n’est plus propre à leur en faire naître le mépris. Ce n’est pas de cette sorte que l’Écriture qui connaît mieux les choses qui sont de Dieu en parle. Elle dit au contraire que Dieu est un Dieu caché et que depuis la corruption de la nature il les a laissés dans un aveuglement dont ils ne peuvent sortir que par Jésus-Christ hors duquel toute communication avec Dieu est ôtée. Nemo novit patrem nisi filius et cui filius voluerit revelare.

 

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