Pensées diverses II – Fragment n° 12 / 37 – Papier original : RO 251-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 105 p. 353-353 v°  / C2 : p. 309

Éditions savantes : Faugère I, 317, I / Havet XXIV.84 / Brunschvicg 871 / Tourneur p. 87 / Le Guern 516 / Lafuma 604 (série XXIV) / Sellier 501

 

 

 

Église, pape.

 

Unité / multitude.

En considérant l’Église comme unité, le pape, qui en est le chef, est comme tout. En la considérant comme multitude, le pape n’en est qu’une partie. Les Pères l’ont considérée tantôt en une manière, tantôt en l’autre, et ainsi ont parlé diversement du pape.

Saint Cyprien, sacerdos Dei.

Mais en établissant une de ces deux vérités ils n’ont pas exclu l’autre.

La multitude qui ne se réduit point à l’unité est confusion. L’unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie.

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Il n’y a presque plus que la France où il soit permis de dire que le concile est au‑dessus du pape.

 

 

Le fragment esquisse une critique des excès de l’autorité pontificale, et de la tentation, dans les milieux ultramontains, qui la porte à la tyrannie. Pascal montre que l’on peut considérer le pape comme représentant de l’ensemble de l’Église dont il est la tête, mais qu’il n’en a pas pour autant un pouvoir absolu sur l’Église universelle.

 

Sacerdos Dei : prêtre de Dieu.

 

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Fragments connexes

 

Misère 6 (Laf. 58, Sel. 91). Tyrannie.

La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. On rend différents devoirs aux différents mérites, devoir d’amour à l’agrément, devoir de crainte à la force, devoir de créance à la science.

On doit rendre ces devoirs-là, on est injuste de les refuser, et injuste d’en demander d’autres.

Misère 7 (Laf. 58, Sel. 92). La tyrannie consiste au désir de domination universel et hors de son ordre.

Diverses chambres de forts, de beaux, de bons esprits, de pieux dont chacun règne chez soi, non ailleurs. Et quelquefois ils se rencontrent et le fort et le beau se battent sottement à qui sera le maître l’un de l’autre, car leur maîtrise est de divers genre. Ils ne s’entendent pas. Et leur faute est de vouloir régner partout. Rien ne le peut, non pas même la force : elle ne fait rien au royaume des savants, elle n’est maîtresse que des actions extérieures.

Soumission 10 (Laf. 176, Sel. 207). Ceux qui n’aiment pas la vérité prennent le prétexte de la contestation et de la multitude de ceux qui la nient, et ainsi leur erreur ne vient que de ce qu’ils n’aiment pas la vérité ou la charité. Et ainsi ils ne s’en sont pas excusés.

Transition 4 (Laf. 199, Sel. 230). C’est ainsi que nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l’étendue de leurs recherches, car qui doute que la géométrie par exemple a une infinité d’infinités de propositions à exposer. Elles sont aussi infinies dans la multitude et la délicatesse de leurs principes, car qui ne voit que ceux qu’on propose pour les derniers ne se soutiennent pas d’eux-mêmes et qu’ils sont appuyés sur d’autres qui en ayant d’autres pour appui ne souffrent jamais de dernier.

Pensées diverses (Laf. 567, Sel. 473). Il ne faut pas juger de ce qu’est le pape par quelques paroles des Pères (comme disaient les Grecs dans un Concile, Règles importantes), mais par les actions de l’Église, et des Pères et par les canons.

L’unité et la multitude : Duo aut tres / in unum. Erreur à exclure l’un des deux, comme font les papistes qui excluent la multitude, ou les huguenots qui excluent l’unité.

Pensées diverses (Laf. 569, Sel. 473). Le pape est premier. Quel autre est connu de tous ? Quel autre est reconnu de tous, ayant pouvoir d’insinuer dans tout le corps parce qu’il tient la maîtresse branche qui s’insinue partout ?

Qu’il était aisé de faire dégénérer cela en tyrannie. C’est pourquoi Jésus-Christ leur a posé ce précepte : Vos autem non sic.

 

Mots-clés : ChefConcileConfusionÉgliseFranceMultitudePapePèresSaint CyprienTyrannieUnitéVérité.