Pensées diverses VII – Fragment n° 2 / 10 – Papier original : RO 41-2

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 178 p. 417 / C2 : p. 391

Éditions savantes : Faugère II, 145, XII / Havet XXV.88 / Brunschvicg 532 / Tourneur p. 130-1 / Le Guern 661 / Lafuma 800 (série XXIX) / Sellier 652

 

 

 

L’Écriture a pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions.

La nature semble avoir fait la même chose par ces deux infinis, naturels et moraux. Car nous aurons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus misérables, pour abaisser notre orgueil et relever notre abjection.

 

 

Ce fragment propose une analogie de l’univers naturel et moral, avec la manière dont l’Écriture est composée.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Contrariétés 13 (Laf. 130, Sel. 163). S’il se vante, je l’abaisse.

S’il s’abaisse, je le vante.

Et le contredis toujours

Jusqu’à ce qu’il comprenne

Qu’il est un monstre incompréhensible.

Transition 4 (Laf. 199, Sel. 230). Notre intelligence tient dans l’ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l’étendue de la nature.

[...]

Nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l’étendue de leurs recherches, car qui doute que la géométrie par exemple a une infinité d’infinités de propositions à exposer ? Elles sont aussi infinies dans la multitude et la délicatesse de leurs principes, car qui ne voit que ceux qu’on propose pour les derniers ne se soutiennent pas d’eux-mêmes et qu’ils sont appuyés sur d’autres qui en ayant d’autres pour appui ne souffrent jamais de dernier ?

Fausseté 6 (Laf. 208, Sel. 240). La seule religion chrétienne a pu guérir ces deux vices, non pas en chassant l’un par l’autre par la sagesse de la terre, mais en chassant l’un et l’autre par la simplicité de l’Évangile. Car elle apprend aux justes qu’elle élève jusqu’à la participation de la divinité même qu’en ce sublime état ils portent encore la source de toute la corruption qui les rend durant toute la vie sujets à l’erreur, à la misère, à la mort, au péché, et elle crie aux plus impies qu’ils sont capables de la grâce de leur rédempteur. Ainsi donnant à trembler [à] ceux qu’elle justifie et consolant ceux qu’elle condamne elle tempère avec tant de justesse la crainte avec l’espérance par cette double capacité qui est commune à tous et de la grâce et du péché. Qu’elle abaisse infiniment plus que la seule raison ne peut faire mais sans désespérer et qu’elle élève infiniment plus que l’orgueil de la nature, mais sans enfler, et que faisant bien voir par là qu’étant seule exempte d’erreur et de vice il n’appartient qu’à elle et d’instruire et de corriger les hommes.

Preuves par discours I (Laf. 418, Sel. 680). Infini rien.

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Notre âme est jetée dans le corps où elle trouve nombre, temps, dimensions, elle raisonne là-dessus et appelle cela nature, nécessité, et ne peut croire autre chose.

Pensées diverses (Laf. 698, Sel. 577). Nature s’imite.

La nature s’imite. Une graine jetée en bonne terre produit. Un principe jeté dans un bon esprit produit.

Les nombres imitent l’espace qui sont de nature si différente.

Tout est fait et conduit par un même maître.

La racine, les branches, les fruits, les principes, les conséquences.

Pensées diverses (Laf. 783, Sel. 645). Quand on veut poursuivre les vertus jusques aux extrêmes, de part et d’autre il se présente des vices qui s’y insinuent insensiblement dans leurs routes insensibles du côté du petit infini, et il s’en présente des vices en foule du côté du grand infini, de sorte qu’on se perd dans les vices et on ne voit plus les vertus.

 

Mots-clés : AbjectionConditionConsolerÉcritureHabileInfiniMisèreMoralNatureOrgueil.