Preuves par les Juifs VI  – Fragment n° 3 / 15 – Le papier original est perdu

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 55 p. 253-253 v° / C2 : p. 469 v°

Éditions savantes : Faugère II, 157, XXVIII / Havet XXIV.6  / Brunschvicg 584 / Le Guern 429 / Lafuma 461 (série XI) / Sellier 700

 

 

 

Le monde subsiste pour exercer miséricorde et jugement, non pas comme si les hommes y étaient sortant des mains de Dieu, mais comme des ennemis de Dieu auxquels il donne par grâce assez de lumière pour revenir s’ils le veulent chercher et le suivre, mais pour les punir s’ils refusent de le chercher ou de le suivre.

 

 

Dans ce fragment Pascal aborde un problème rarement envisagé, savoir la justification de la subsistance du monde (et non la raison de son existence, problème différent). Pourquoi le monde subsiste-t-il et perdure-t-il depuis sa création ? La réponse qu’il apporte est liée à la doctrine de la grâce, et non à des considérations d’ordre métaphysique.

 

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Fragments connexes

 

Fondement 19 (Sel. 274). Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire.

Loi figurative 24 (Laf. 269, Sel. 300). Il y en a qui voient bien qu’il n’y a pas d’autre ennemi de l’homme que la concupiscence qui les détourne de Dieu, et non pas des (ennemis), ni d’autre bien que Dieu, et non pas une terre grasse. Ceux qui croient que le bien de l’homme est en sa chair et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens, qu’ils s’en soûlent et qu’ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n’ont de déplaisir que d’être privés de sa vue, qui n’ont de désir que pour le posséder et d’ennemis que ceux qui les en détournent, qui s’affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis, qu’ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle ; il y a un libérateur pour eux ; je le leur ferai voir ; je leur montrerai qu’il y a un Dieu pour eux ; je ne le ferai pas voir aux autres. Je ferai voir qu’un Messie a été promis pour délivrer des ennemis, et qu’il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non des ennemis.

Preuves par discours III (Laf. 438, Sel. 690). Que si la miséricorde de Dieu est si grande qu’il nous instruit salutairement, même lorsque il se cache, quelle lumière n’en devons‑nous pas attendre lorsqu’il se découvre ?

Preuves par discours III (Laf. 449, Sel. 690). Sans Jésus‑Christ, le monde ne subsisterait pas ; car il faudrait, ou qu’il fût détruit, ou qu’il fût comme un enfer.

Si le monde subsistait pour instruire l’homme de Dieu, sa divinité y reluirait de toutes parts d’une manière incontestable, mais comme il ne subsiste que par Jésus-Christ, et pour Jésus-Christ et pour instruire les hommes et de leur corruption et de leur rédemption tout y éclate des preuves de ces deux vérités.

Pensées diverses (Laf. 774, Sel. 638). Comme les deux sources de nos péchés sont l’orgueil et la paresse Dieu nous a découvert deux qualités en lui pour les guérir, sa miséricorde et sa justice. Le propre de la justice est d’abattre l’orgueil, quelque saintes que soient les œuvres, et non intres in judicium, etc., et le propre de la miséricorde est de combattre la paresse en invitant aux bonnes œuvres selon ce passage : La miséricorde de Dieu invite à pénitence et cet autre des Ninivites : faisons pénitence pour voir si par aventure il aura pitié de nous. Et ainsi tant s’en faut que la miséricorde autorise le relâchement que c’est au contraire la qualité qui le combat formellement. De sorte qu’au lieu de dire : s’il n’y avait point en Dieu de miséricorde il faudrait faire toutes sortes d’efforts pour la vertu ; il faut dire au contraire, que c’est parce qu’il y a en Dieu de la miséricorde qu’il faut faire toutes sortes d’efforts.

 

Mots-clés : ChercherDieuEnnemiGrâceHommeJugementLumièreMiséricordeMondeSubsister.