Fragment Preuves de Moïse n° 2 / 7  – Papier original : RO 491-6

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : Preuves de Moïse n° 329 p. 153 / C2 : p. 183-184

Éditions savantes : Faugère II, 354, XIII / Havet XXV.185 / Michaut 879 / Brunschvicg 587 / Tourneur p. 274-3 / Le Guern 274 / Lafuma 291 / Sellier 323

 

 

 

Cette religion si grande en miracles – saints purs, irréprochables, savants et grands témoins, martyrs, rois – David – établis, Isaïe prince du sang –, si grande en science, après avoir étalé tous ses miracles et toute sa sagesse, elle réprouve tout cela et dit qu’elle n’a ni sagesse ni signe, mais la Croix et la folie.

Car ceux qui par ces signes et cette sagesse ont mérité votre créance et qui vous ont prouvé leur caractère vous déclarent que rien de tout cela ne peut nous changer et nous rendre capables de connaître et aimer Dieu que la vertu de la folie de la Croix, sans sagesse ni signe, et point non les signes sans cette vertu. Ainsi notre religion est folle en regardant à la cause efficace, et sage en regardant à la sagesse qui y prépare.

 

 

Ce fragment paraît peu à sa place dans la liasse Preuves de Moïse, puisqu’il n’y est question ni de prophéties, ni de preuves, ni de Moïse. En réalité elle touche à la racine du sujet : Preuves de Moïse tend en effet à montrer que la religion chrétienne est digne de croyance parce qu’elle est confirmée par la tradition prophétique, la dignité de ses témoins, et les miracles. Mais Pascal avertit d’emblée que si ces arguments donnent des raisons de croire, ce ne sont pas eux qui peuvent donner la foi elle-même, qui est toujours l’effet de la grâce du Christ, dans la folie de la croix. Il esquisse déjà l’idée qui sera nettement affirmée dans le fragment Conclusion 1 (Laf. 377, Sel. 409), qu’il y a loin de la connaissance de Dieu par les preuves à l’aimer. La foi est un acte dans lequel le raisonnement ne saurait être considéré comme la cause efficace, et qui doit toujours apparaître à ceux qui ne l’ont pas comme une forme de folie, stultitia. Mais cette folie est une sagesse du point de vue surnaturel.

 

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Fragments connexes

 

Vanité 2 (Laf. 14, Sel. 48). Les vrais chrétiens obéissent aux folies néanmoins, non pas qu’ils respectent les folies, mais l’ordre de Dieu qui pour la punition des hommes les a asservis à ces folies. Omnis creatura subjecta est vanitati, liberabitur. Ainsi saint Thomas explique le lieu de saint Jacques pour la préférence des riches, que s’ils ne le font dans la vue de Dieu ils sortent de l’ordre de la religion.

Commencement 10 (Laf. 160, Sel. 192). Il n’y a que trois sortes de personnes : les uns qui servent Dieu l’ayant trouvé, les autres qui s’emploient à le chercher ne l’ayant pas trouvé, les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux, les derniers sont fous et malheureux. Ceux du milieu sont malheureux et raisonnables.

Excellence 1 (Laf. 189, Sel. 221). Dieu par J.-C.

Nous ne connaissons Dieu que par J.-C. Sans ce médiateur est ôtée toute communication avec Dieu. Par J.-C. nous connaissons Dieu. Tous ceux qui ont prétendu connaître Dieu et le prouver sans J.-C. n’avaient que des preuves impuissantes. Mais pour prouver J.-C. nous avons les prophéties qui sont des preuves solides et palpables. Et ces prophéties étant accomplies et prouvées véritables par l’événement marquent la certitude de ces vérités et partant la preuve de la divinité de J.-C. En lui et par lui nous connaissons donc Dieu. Hors de là et sans l’Écriture, sans le péché originel, sans médiateur nécessaire, promis et arrivé, on ne peut prouver absolument Dieu, ni enseigner ni bonne doctrine, ni bonne morale. Mais par J.-C. et en J.-C. on prouve Dieu et on enseigne la morale et la doctrine. J.-C. est donc le véritable Dieu des hommes.

Mais nous connaissons en même temps notre misère, car ce Dieu là n’est autre chose que le réparateur de notre misère. Ainsi nous ne pouvons bien connaître Dieu qu’en connaissant nos iniquités.

Aussi ceux qui ont connu Dieu sans connaître leur misère ne l’ont pas glorifié, mais s’en sont glorifiés.

Quia non cognovit per sapientiam, placuit Deo per stultitiam predicationis salvos facere.

Preuves de Jésus-Christ 17 (Laf. 315, Sel. 346). Moïse d’abord enseigne la Trinité, le péché originel, le Messie.

David grand témoin. Roi, bon, pardonnant, belle âme, bon esprit, puissant. Il prophétise et son miracle arrive. Cela est infini.

Dossier de travail (Laf. 412, Sel. 31). Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.

Preuves par les Juifs VI (Laf. 458, Sel. 697). Contrariétés.

Sagesse infinie et folie de la religion.

Pensées diverses (Laf. 695, Sel. 574). Le péché originel est folie devant les hommes, mais on le donne pour tel. Vous ne me devez donc pas reprocher le défaut de raison en cette doctrine, puisque je la donne pour être sans raison. Mais cette folie est plus sage que toute la sagesse des hommes, sapientius est hominibus. Car, sans cela, que dira-t-on qu’est l’homme ? Tout son état dépend de ce point imperceptible. Et comment s’en fût-il aperçu par sa raison, puisque c’est une chose contre la raison, et que sa raison, bien loin de l’inventer par ses voies, s’en éloigne, quand on le lui présente ?

Miracles II (Laf. 842, Sel. 427). Notre religion est sage et folle, sage parce que c’est la plus savante et la plus fondée en miracles, prophéties, etc., folle parce que ce n’est point tout cela qui fait qu’on en est. Cela fait bien condamner ceux qui n’en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont. Ce qui les fait croire est la croix - ne evacuata sit crux.

Et ainsi saint Paul qui est venu en sagesse et signes dit qu’il n’est venu ni en sagesse ni en signes, car il venait pour convertir, mais ceux qui ne viennent que pour convaincre peuvent dire qu’ils viennent en sagesse et signes.

 

Fragment n° 17 R (Laf. 933, Sel. 761). Dieu seul donne la sagesse et c’est pourquoi : qui gloriatur in domino glorietur.

 

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