Pensées diverses IV – Fragment n° 3 / 23 – Papier original : RO 275-1 r° / v°

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 153 p. 385 à 387 v° / C2 : p. 347 à 353

Éditions de Port-Royal : Chap. XXVIII - Pensées chrestiennes : 1669 et janvier 1670 p. 239-241 /

1678 n° 4 p. 231-233

Éditions savantes : Faugère I, 321-322, XI et XII / Havet XXIV.12 / Michaut 563 / Brunschvicg 862 / Tourneur p. 112-1 / Le Guern 624 / Lafuma 733 (série XXVI) / Sellier 614

 

 

 

L’Église a toujours été combattue par des erreurs contraires. Mais peut‑être jamais en même temps comme à présent. Et si elle en souffre plus à cause de la multiplicité d’erreurs, elle en reçoit cet avantage qu’ils se détruisent.

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Elle se plaint des deux, mais bien plus des calvinistes à cause du schisme.

Il est certain que plusieurs des deux contraires sont trompés. Il faut les désabuser.

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La foi embrasse plusieurs vérités qui semblent se contredire, temps de rire, de pleurer, etc. responde, ne respondeas, etc.

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La source en est l’union des deux natures en Jésus-Christ.

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Et aussi les deux mondes. La création d’un nouveau ciel et nouvelle terre. Nouvelle vie, nouvelle mort.

Toutes choses doublées et les mêmes noms demeurant.

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Et enfin les deux hommes qui sont dans les justes. Car ils sont les deux mondes, et un membre et image de Jésus-Christ. Et ainsi tous les noms leur conviennent de justes pécheurs, mort vivant, vivant mort, élu réprouvé, etc.

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Il y a donc un grand nombre de vérités, et de foi et de morale, qui semblent répugnantes et qui subsistent toutes dans un ordre admirable.

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La source de toutes les hérésies est l’exclusion de quelques‑unes de ces vérités.

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Et la source de toutes les objections que nous font les hérétiques est l’ignorance de quelques‑unes de nos vérités.

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Et d’ordinaire il arrive que, ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités opposées et croyant que l’aveu de l’une enferme l’exclusion de l’autre, ils s’attachent à l’une, ils excluent l’autre, et pensent que nous au contraire. Or l’exclusion est la cause de leur hérésie, et l’ignorance que nous tenons l’autre cause leurs objections.

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Premier exemple : Jésus-Christ est Dieu et homme. Les Ariens, ne pouvant allier ces choses qu’ils croient incompatibles, disent qu’il est homme ; en cela ils sont catholiques. Mais ils nient qu’il soit Dieu ; en cela ils sont hérétiques. Ils prétendent que nous nions son humanité ; en cela ils sont ignorants.

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Second exemple : sur le sujet du Saint Sacrement. Nous croyons que la substance du pain étant changée et transsubstantiée en celle du corps de Notre Seigneur Jésus-Christ y est présent réellement : voilà une des vérités. Une autre est que ce sacrement est aussi une figure de celui de la croix, et de la gloire, et une commémoration des deux. Voilà la foi catholique qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées.

L’hérésie d’aujourd’hui, ne concevant pas que ce sacrement contient tout ensemble, et la présence de Jésus-Christ, et sa figure, et qu’il soit sacrifice, et commémoration de sacrifice, croit qu’on ne peut admettre l’une de ces vérités sans exclure l’autre pour cette raison.

Ils s’attachent à ce point seul que ce sacrement est figuratif, et en cela ils ne sont pas hérétiques. Ils pensent que nous excluons cette vérité, et de là vient qu’ils nous font tant d’objections sur les passages des Pères qui le disent. Enfin ils nient la présence, et en cela ils sont hérétiques.

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Troisième exemple : les indulgences.

 

 

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C’est pourquoi le plus court moyen pour empêcher les hérésies est d’instruire de toutes les vérités, et le plus sûr moyen de les réfuter est de les déclarer toutes.

Car que diront les hérétiques ?

 

 

 

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Pour savoir si un sentiment est d’un Père...

 

 

 

 

 

Fragment important, qui expose la manière dont Pascal pense que doit être conduite la discussion avec les hérétiques. Cette suite de notes constitue une synthèse sur la nature et les causes des hérésies qui se sont opposées à l’Église catholique au cours des siècles. Pour Pascal, l’hérésie tient toujours à une connaissance incomplète de la vérité, et les hérésies opposées ne diffèrent que par les aspects de la vérité qu’elles récusent. Il en conclut que la meilleure manière de faire admettre la vérité aux incrédules et aux hérétiques doit être de leur expliquer la vérité dans sa totalité, comme il tente de le faire dans les Écrits sur la grâce. Cette conception de la controverse religieuse, même dans les cas où elle atteint les fondements et où elle impose de ne rien céder sur les principes, exclut évidemment les formes violentes de la polémique que Pascal dénonce dans la XIe Provinciale.

En quelques phrases, Pascal donne la raison profonde de cet état de choses : si les hérésies naissent toujours de l’ignorance d’une partie de la vérité, c’est que la foi embrasse plusieurs vérités qui semblent se contredire. Mais plus profondément encore, la source en est l’union des deux natures en Jésus-Christ.

 

Responde, ne respondeas : Réponds, ne réponds pas.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Loi figurative 13 (Laf. 257, Sel. 289). Contradiction.

On ne peut faire une bonne physionomie qu’en accordant toutes nos contrariétés et il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordantes sans accorder les contraires ; pour entendre le sens d’un auteur il faut accorder tous les passages contraires.

Ainsi pour entendre l’Ecriture il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s’accordent ; il ne suffit pas d’en avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants, mais d’en avoir un qui accorde les passages même contraires.

Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s’accordent ou il n’a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l’Ecriture et des prophètes : ils avaient assurément trop de bon sens. Il faut donc en chercher un qui accorde toutes les contrariétés.

Le véritable sens n’est donc pas celui des Juifs, mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.

Les juifs ne sauraient accorder la cessation de la royauté et principauté prédite par Osée, avec la prophétie de Jacob.

Si on prend la loi, les sacrifices et le royaume pour réalités on ne peut accorder tous les passages ; il faut donc par nécessité qu’ils ne soient que figures. On ne saurait pas même accorder les passages d’un même auteur, ni d’un même livre, ni quelquefois d’un même chapitre, ce qui marque trop quel était le sens de l’auteur ; comme quand Ezéchiel, ch. 20 dit qu’on vivra dans les commandements de Dieu et qu’on n’y vivra pas.

Preuves de Jésus-Christ 10 (Laf. 307, Sel. 338). L’Église a eu autant de peine à montrer que Jésus-Christ était homme, contre ceux qui le niaient qu’à montrer qu’il était Dieu, et les apparences étaient aussi grandes.

Preuves de Jésus-Christ 15 (Laf. 313, Sel. 344). Canoniques.

Les hérétiques au commencement de l’Église servent à prouver les canoniques.

Morale chrétienne 21 (Laf. 372, Sel. 404). Être membre est n’avoir de vie, d’être et de mouvement que par l’esprit du corps et pour le corps. Le membre séparé ne voyant plus le corps auquel il appartient n’a plus qu’un être périssant et mourant. Cependant il croit être un tout et ne se voyant point de corps dont il dépende, il croit ne dépendre que de soi et veut se faire centre et corps lui-même. Mais n’ayant point en soi de principe de vie il ne fait que s’égarer et s’étonne dans l’incertitude de son être, sentant bien qu’il n’est pas corps, et cependant ne voyant point qu’il soit membre d’un corps. Enfin quand il vient à se connaître il est comme revenu chez soi et ne s’aime plus que pour le corps. Il plaint ses égarements passés.

Il ne pourrait pas par sa nature aimer une autre chose sinon pour soi-même et pour se l’asservir parce que chaque chose s’aime plus que tout.

Mais en aimant le corps il s’aime soi-même parce qu’il n’a d’être qu’en lui, par lui et pour lui. Qui adhaeret Deo unus spiritus est.

Le corps aime la main, et la main si elle avait une volonté devrait s’aimer de la même sorte que l’âme l’aime ; tout amour qui va au-delà est injuste.

Adhaerens Deo unus spiritus est ; on s’aime parce qu’on est membre de Jésus-Christ ; on aime Jésus-Christ parce qu’il est le corps dont on est membre. Tout est un. L’un est en l’autre comme les trois personnes.

Pensées diverses (Laf. 730, Sel. 612). CC. Homo existens te Deum facis.

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CC. Scriptum est : Dii estis et non potest solvi Scriptura.

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CC. Haec infirmitas non est ad mortem. Et est ad mortem.

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Lazarus dormit. Et deinde manifeste dixit : Lazarus mortuus est.

Pensées diverses (Laf. 785, Sel. 645). Ne timeas, pusillus grex ; Timore et tremore.

Quid ergo, ne timeas, modo timeas.

Ne craignez point, pourvu que vous craignez, mais si vous ne craignez pas, craignez.

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Qui me recipit, non me recipit sed eum qui me misit.

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Nemo scit neque filius.

 

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