Pensées diverses VII – Fragment n° 8 / 10 – Papier original : RO 51-1

Copies manuscrites du XVIIe s. : C1 : n° 184 p. 419 v° à 421 v° / C2 : p. 395-395 v°

Éditions de Port-Royal :

     Chap. XVI - Diverses preuves de Jésus-Christ : 1669 et janvier 1670 p. 128-129 / 1678 n° 3 p. 128

     Chap. XXVIII - Pensées Chrestiennes : 1669 et janvier 1670 p. 271 / 1678 n° 69 p. 263

     Chap. XXXI - Pensées diverses : 1669 et janvier 1670 p. 331 / 1678 n° 26 p. 326

Éditions savantes : Faugère II, 191, VIII ; II, 370, XXXI ; I, 210, CI ; I, 196, LV / Havet XXV.93 bis, XIX.2, XXIV.43, VII.16 / Brunschvicg 741, 798, 895, 6 / Tourneur p. 133-3 / Le Guern 667 / Lafuma 811 à 814 (série XXIX) / Sellier 658

 

 

 

Les deux plus anciens livres du monde sont Moïse et Job, l’un juif l’autre païen, qui tous deux regardent Jésus-Christ comme leur centre commun et leur objet : Moïse en rapportant les promesses de Dieu à Abraham, Jacob, etc., et ses prophéties ; et Job : Quis mihi det ut, etc. Scio enim quod Redemptor meus vivit, etc.

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Le style de l’Évangile est admirable en tant de manières, et entre autres en ne mettant jamais aucune invective contre les bourreaux et ennemis de Jésus-Christ. Car il n’y en a aucune des historiens contre Judas, Pilate, ni aucun des Juifs.

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Si cette modestie des historiens évangéliques avait été affectée aussi bien que tant d’autres traits d’un si beau caractère, et qu’ils ne l’eussent affecté que pour le faire remarquer, s’ils n’avaient osé le remarquer eux-mêmes, ils n’auraient pas manqué de se procurer des amis qui eussent fait ces remarques à leur avantage. Mais comme ils ont agi de la sorte sans affectation et par un mouvement tout désintéressé, ils ne l’ont fait remarquer à personne, et je crois que plusieurs de ces choses n’ont point été remarquées jusqu’ici ; et c’est ce qui témoigne la froideur avec laquelle la chose a été faite.

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Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par conscience.

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Comme on se gâte l’esprit, on se gâte aussi le sentiment.

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On se forme l’esprit et le sentiment par les conversations, on se gâte l’esprit et le sentiment par les conversations. Ainsi les bonnes ou les mauvaises le forment ou le gâtent. Il importe donc de tout de le bien savoir choisir pour se le former et ne le point gâter. Et on ne peut faire ce choix si on ne l’a déjà formé et point gâté. Ainsi cela fait un cercle d’où sont bienheureux ceux qui sortent.

 

 

Suite de notes sur différents sujets, portant notamment sur le style du Nouveau Testament, la comparaison de Job et de Moïse et la connaissance par le sentiment.

 

Quis mihi det ut : Qui me donnera (qu’elles soient tracées dans un livre) ?

Scio enim quod Redemptor meus vivit : Car je sais que mon Rédempteur est vivant.

 

Analyse détaillée...

 

Fragments connexes

 

Misère 18 (Laf. 69, Sel. 103). Misère.

Job et Salomon.

Raisons des effets 17 (Laf. 99, Sel. 132). L’homme est ainsi fait qu’à force de lui dire qu’il est un sot il le croit. Et à force de se le dire à soi-même on se le fait croire, car l’homme fait lui seul une conversation intérieure, qu’il importe de bien régler. Corrumpunt bonos mores colloquia prava.Il faut se tenir en silence autant qu’on peut et ne s’entretenir que de Dieu qu’on sait être la vérité, et ainsi on se le persuade à soi-même.

Grandeur 6 (Laf. 110, Sel 142). Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur, c’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes et c’est en vain que le raisonnement, qui n’y a point de part, essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n’ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point, quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison ; cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non pas l’incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent.

Car la connaissance des premiers principes, comme qu’il y a espace, temps, mouvement, nombres, est aussi ferme qu’aucune de celles que nos raisonnements nous donnent et c’est sur ces connaissances du cœur et de l’instinct qu’il faut que la raison s’appuie et qu’elle y fonde tout son discours - Le cœur sent qu’il y a trois dimensions dans l’espace et que les nombres sont infinis et la raison démontre ensuite qu’il n’y a point deux nombres carrés dont l’un soit double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent et le tout avec certitude quoique par différentes voies - et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu’il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu’elle démontre pour vouloir les recevoir.

Cette impuissance ne doit donc servir qu’à humilier la raison, qui voudrait juger de tout, mais non pas à combattre notre certitude, comme s’il n’y avait que la raison capable de nous instruire ; plût à Dieu que nous n’en eussions au contraire jamais besoin et que nous connaissions toutes choses par instinct et par sentiment, mais la nature nous a refusé ce bien ; elle ne nous a au contraire donné que très peu de connaissances de cette sorte, toutes les autres ne peuvent être acquises que par raisonnement.

Et c’est pourquoi ceux à qui Dieu a donné la religion par sentiment du cœur sont bien heureux et bien légitimement persuadés, mais ceux qui ne l’ont pas, nous ne pouvons la donner que par raisonnement en attendant que Dieu la leur donne par sentiment de cœur, sans quoi la foi n’est qu’humaine et inutile pour le salut.

Preuves de Jésus-Christ 12 (Laf. 309, Sel. 340). Preuves de Jésus-Christ.

Jésus-Christ a dit les choses grandes si simplement qu’il semble qu’il ne les a pas pensées, et si nettement néanmoins qu’on voit bien ce qu’il en pensait. Cette clarté jointe à cette naïveté est admirable.

Dossier de travail (Laf. 388, Sel. 7). Jésus-Christ que les deux Testaments regardent, l’Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle, tous deux comme leur centre.

Dossier de travail (Laf. 403, Sel. 22). Misère.

Salomon et Job ont le mieux connu et le mieux parlé de la misère de l’homme, l’un le plus heureux et l’autre le plus malheureux. L’un connaissant la vanité des plaisirs par expérience, l’autre la réalité des maux.

Pensées diverses (Laf. 530, Sel. 455). Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment.

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Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment ; de sorte qu’on ne peut distinguer entre ces contraires. L’un dit que mon sentiment est fantaisie, l’autre que sa fantaisie est sentiment. Il faudrait avoir une règle. La raison s’offre mais elle est ployable à tous sens.

Et ainsi il n’y en a point.

Pensées diverses (Laf. 675, Sel. 554). Style.

Quand on voit le style naturel on est tout étonné et ravi, car on s’attendait de voir un auteur et on trouve un homme. Au lieu que ceux qui ont le goût bon et qui en voyant un livre croient trouver un homme sont tout surpris de trouver un auteur. Plus poetice quam humane locutus es. Ceux-là honorent bien la nature qui lui apprennent qu’elle peut parler de tout, et même de théologie.

 

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